SCÈNE II
JOB, GUANHUMARA
GUANHUMARA, voilée.
Qu'as-tu fait de ton frère ?
JOB, avec terreur.
Qu'est-ce que cette femme?
GUANHUMARA
Une esclave là-haut, Mais une reine ici. Comte, à chacun son lot. Tu sais, ce burg est double, et ses tours colossales Ont plus d'une caverne au-dessous de leurs salles. Tout ce que le soleil éclaire est sous ta loij Tout ce que remplit l'ombre, 6 burgrave, est à moi!
Elle marche lentement k lui.
Je te tiens. Tu ne peux m'échapper.
JOB
Qu'es- tu, femme?
GUANHUMARA
Je vais te raconter une action infâme.
C'était... — Voilà longtemps! beaucoup depuis sont morts.
Ceux qui comptent cent ans avaient trente ans alors.
Elle montre un coin du caveau.
Deux amants étaient là. Regarde cette chambre. C'était, comme à présent, une nuit de septembre. Un froid rayon de lune, entrant au bouge obscur. Découpait un linceul sur la blancheur du mur.
Elle se retourne et lui montre le mur éclairé par la lune.
Comme là. — Tout à coup, l'épée à la main...
î66 LES BURGRAVES.
JOB
Grâce!
Assez!
GUANHUMARA
Tu sais rhistoirc? Eh bien, Fosco, la place Où Donato tomba poignardé,
Elle montre le banc de pierre.
la voici. — Le bras qui poignarda,
Elle saisit le bras droit de Job.
le voilà.
JOB
Frappe aussi.
Mais tais-toi!
GUANHUMARA
L'on jeta. . .
Elle l'entraîne rudement vert la fenêtre.
— viens! — par cette fenêtre, Sfrondati, Tccuyer, et Donato, son maître j Et, pour faire passer leurs corps,
Elle lui montre les trois barreaux rompus.
l'un des bourreaux Avec sa main d'acier brisa ces trois barreaux.
Elle lui saisit la main de nouveau.
Cette main, aujourd'hui roseau, la voilà, comte!
JOB
Grâce!
GUANHUMARA
Quelqu'un aussi demandait grâce. O honte ! Une femme! tordant ses bras, criant merci! L'assassin en riant la fit lier —
Désignant du pied une dalle, ici!
Puis lui-même il lui mit au pied l'anneau d'esclave. Le voici.
Elle soulève sa robe et lui montre Panneau rivé à son pied nu. JOB.
Ginevra!