‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 298 sur 336 · TROISIÈME PARTIE. — LE CAVEAU PERDU · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — LE CAVEAU PERDU

GUANHUMARA

Front mort, main froide, œil cave. Oui, mon nom est charmant en Corse, Ginevra! Ces durs pays du nord en font Guanhumara. L'âge, cet autre nord, qui nous glace et nous ride. De la fille aux doux yeux fait un spectre livide.

Elle lève son voile et montre k Job son visage décharné et lugubre.

Tu vas mourir.

JOB

Merci !

GUANHUMARA

Vieillard, attends avant De me remercier. — Ton fils George est vivant.

JOB

Ciel! que dis-tu?

GUANHUMARA

C'est moi qui te l'ai pris.

JOB

Par grâce!...

GUANHUMARA

Il avait ce collier au cou.

Elle tire de sa poitrine et lui jette un collier d'enfant, en or et en perles, qu'il ramasse et couvre de baisers. Puis il tombe k ses genoux.

JOB

Pitié! j'embrasse Tes pieds! Fais-le-moi voir!

GUANHUMARA

Tu vas le voir aussi. C'est lui qui va venir te poignarder ici.

JOB, se relevant avec horreur.

Dieu! — Mais en as-tu fait un monstre en ta colère, Pour croire qu'un enfant voudra tuer son père.'*

GUANHUMARA

C'est Otbert!

JOB, joignant les mains vers le ciel.

Sois bcni> mon Dieu! Je le rêvais.

Mais en lui tout est noble, il n'a rien de mauvais j Tu comptes follement sur mon Otbcrt.

GUANHUMARA

Écoute.

Tu marchais au soleil, j'ai fait la nuit ma route. Tu ne m'as pas senti m'avancer en rampant. — Éveille-toi, Fosco, dans les plis du serpent! — Tandis que l'empereur t'occupait tout à l'heure, J'étais chez Rcgina, j'étais dans ta demeure 5 Elle a bu, grâce à moi, d'un philtre tout-puissant 5 J'étais seule avec elle... — et regarde à présent!

Entrent par le fond de la galerie k droite deux hommes masqués, vêtus de noir et porunt un cercueil couvert d'un drap noir, qui traversent lentement le fond du théâtre. Job court vers eux. Ils s'arrêtent.

JOB

Un cercueil!

Job écarte le drap noir avec épouvante. Les hommes masqués le laissent faire. Le comte lève le suaire et voit une figure pâle. C'est Régina.

Régina!

A Guanhumara.

Monstre! tu l'as tuée!

GUANHUMARA

Pas encore. A ces jeux je^suis habituée.

Elle est morte pour tous 5 pour moi, comte, elle dort.

Si je veux. . .

Elle fait le geste de la résurrection.

JOB

Que veux-tu pour l'éveiller.^

GUANHUMARA

Ta mort.

Otbert le sait. C'est lui qui choisira.

Elle étend sa main droite sur le cercueil. •

Je jure.

Par l'éternel ennui que nous laisse l'injure, Par la Corse au ciel d'or, au soleil dévorant. Par le squelette froid qui dort dans le torrent.

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