‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 302 sur 336 · TROISIÈME PARTIE. — LE CAVEAU PERDU · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — LE CAVEAU PERDU

Un seul mot de pardon, vieillard! mon cœur se fend! Rien qu'un seul mot.

' JOB, se levant et jetant son voile.

Otbert! mon Otbert! mon enfant!

OTBERT.

Sire Job !

JOB, le prenant dans ses bras avec emportement.

Non! vers lui tout mon être s'élance!

C'est trop me torturer par cet affreux silence ! Je ne suis qu'un vieillard, faible, en pleurs, terrasse. Je ne peux pas mourir sans l'avoir embrasse! Viens sur mon cœur!

Il couvre le visage d'Otbcrt de larmes et de baisers.

Enfant, laisse, que je te voie.

Tu ne le croirais pas, quoique j'aie eu la joie De te voir tous les jours depuis plus de six mois. Je ne t'ai pas bien vu. . .

Il le regarde avec des yeux enivrés.

Cest la première fois!

— Un jeune homme, à vingt ans, que c'est beau! — Que je baise Ton front pur! Laisse-moi te contempler à l'aise! -^— Tu parlais tout à l'heure, et moi, je me taisais. — Tu ne sais pas toi-même à quel point tu disais Des choses qui m'allaient remuer les entrailles. Otbert, tu trouveras pendue à mes murailles Ma grande épce à mainj je te la donne, enfant! Mon casque, mon pennon, tant de fois triomphant. Sont à toi. Je voudrais que tu pusses toi-même Lire au fond de mon cœur pour voir combien je t'aime ! Je te bénis! — Mon Dieu, donnez-lui tous vos biens, De longs jours comme à moi, moins sombres que les miens! Faites qu'il ait un sort calme, illustre et prospère. Et que des fils nombreux, pieux comme leur père. Soutiennent, pleins d'amour, ses pas fiers et tremblants, Quand ces beaux cheveux noirs seront des cheveux blancs!

Monseigneur!

JOB^ lui imposant les mains.

Je bénis cet enfant, cieux et terre, Dans tout ce qu'il a fait, dans tout ce qu'il doit faire!

Sois heureux! — Maintenant, Otbert, écoute et voi, Vois, je ne suis plus père, et je ne suis plus roij Ma famille est captive et ma tour est tombée 5 J*at dû livrer mes filsj j'ai, la tête courbée, Dû sauver T Allemagne j oui, — mais je dois mourir. Or, ma main tremble. Il faut m'aidcr, me secourir.

II tire du fourreau le poignard qu'Otbert porte k sa ceinture et le lui présente.

C'est de toi que j'attends ce service suprême.

OTBERT, épouvanté.

De moi! mais savez-vous que je cherche > ici-mcmc, Quelqu'un...

JOB

Fosco.»^ c'est moi.

OTBERT.

Vous!

Reculant et promenant ses yeux dans Tombre autour de lui.

Qui que vous soyez!

Spectres qui m'entourez, démons qui nous voyez, C'est lui! c'est le vieillard que j'honore et que j'aime! Prenez pitié de nous dans ce moment suprême! — Tout se tait! — Oh! mon Dieu! c'est Job! comble d'effroi!

Avec désespoir et solennité.

Jamais je ne pourrai lever la main sur toi, O vieillard! demi-dieu du Rhin! tête sacrée!

JOB

Mon Otbert, du sépulcre aplanis-moi l'entrée. Faut-il te dire tout.»^ Je suis un criminel. Ton épouse en ce monde et ta sœur dans le ciel, Elle est là! Régina! pâle, glacée et belle, Celle à qui tu promis de faire tout pour elle. De la sauver toujours, car l'amour est vertu. Quand tu devrais, au seuil du tombeau, disais-tu, Rencontrer le démon ouvrant l'abîme en flamme. Et lui payer cet ange en lui livrant ton âme! La mort la tient! La mort lève son bras maudit Dont l'ombre à chaque instant autour d'elle grandit! Sauve-la!

OTBERT, égaré.

Vous croyez qu'il faut que je la sauve ?

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