‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 9 sur 336 · SCENE VIL GILBERT, FABIANl · texte numérisé non relu

SCENE VIL GILBERT, FABIANl

FABIANl, revenant.

Qui va là ?

GILBERT

On vient d'assassiner un homme.

Non , un juif.

Qui a tué cet homme?

Pardieu! vous ou moi.

Monsieur!...

FABIANI

GILBERT

FABIANI

GILBERT

FABIANI

Pas de témoins. Un cadavre à terre. Deux hommes à côté. Lequel est l'assassin.^ Rien ne prouve que ce soit Tun plutôt que l'autre, moi plutôt que vous.

GILBERT

Misérable! l'assassin, c'est vous.

FABIANI

Eh bien, oui, au fait! c'est moi. — Après .^

GILBERT

Je vais appeler les constables.

FABLVNI.

Vous allez m'aider à jeter le corps à l'eau.

GILBERT

Je vous ferai saisir et punir.

FABIANI

Vous m'aiderez à jeter le corps à l'eau.

GILBERT

Vous êtes impudent!

Croyez-moi, effaçons toute trace de ceci. Vous y êtes plus intéressé que moi.

GILBERT

Voilà qui est fort!

FABIANI

Un de nous deux a fait le coup. Moi, je suis un grand seigneur, un noble lord. Vous, vous êtes un passant, un manant, un homme du peuple. Un gentilhomme qui tue un juif paye quatre sous d'amende j un homme du peuple qui en tue un autre est pendu.

GILBERT

Vous oseriez. . .

FABIANI

Si vous me dénoncez, je vous dénonce. On me croira plutôt que vous. En tout cas, les chances sont inégales. Quatre sous d'amende pour moi, la potence pour vous.

GILBERT

Pas de témoins! pas de preuves! Oh! ma tête s égare! Le misérable me tient, il a raison!

FABIANI

Vous aiderai-je à jeter le cadavre à Teau ?

"Vous êtes le démon!

Gilbert prend le coq>s par la téte^ Fabiani par les pieds; ils le portent jusqu'au parapet.

FABIANI

Oui. — Ma foi, mon cher, je ne sais plus au juste lequel de nous deux a

tué cet homme. (Ils descendent derrière le parapet. Fabiani reparaît.) Voilà qui

est feit. Bonne nuit, mon camarade. Allez à vos affaires. (Il se dirige vers la

maison, et se retourne, voyant que Gilbert le suit.) Eh bien, qUC VOuleZ-VOUS .^

quelque argent pour votre peine .'^ En conscience,. je ne vous dois rien 5 mais

tenez. (Il donne sa bourse k Gilbert, dont le premier mouvement est un geste de refus, et qui accepte ensuite de Tair d'un homme qui se ravise.) Maintenant, allcz-VOUS-Cn.

Eh bien, qu'attendez- vous encore ?

GILBERT

Rien.

FABIANI

Ma foi, restez là si bon vous semble. A vous la belle étoile, à moi la belle

fille. Dieu vous garde! (Il se dirige vers la porte de la maison et paraît se disposer ï rouvrir.)

GILBERT

OÙ allez- VOUS ainsi ?

Pardieu! chez moi.

Comment! chez vous?

Oui.

FABIANI

THéATl^E. — ni. 3

IHrRIMSBlK RlTIOniLB.

GILBERT

Quel est celui de nous deux qui rcve ? Vous me disiez tout à Theure que l'assassin du juif, c'était moi, vous me dites à présent que cette maison-ci est la vôtre ?

FABIANI

Ou celle de ma maîtresse, ce qui revient au même.

GILBERT

Répétez-moi ce que vous venez de dire!

FABUNL

Je dis, l'ami, puisque vous voulez le savoir, que cette maison est celle d'une belle fille nommée Jane, qui est ma maîtresse.

GILBERT

Et moi je dis, mylord, que tu mens! je dis que tu es un faussaire et un assassin! je dis que tu es un fourbe impudent! Je dis que tu viens de prononcer là des paroles fatales dont nous mourrons tous les deux, vois-tu, toi pour les avoir dites, moi pour les avoir entendues!

FABIANI

Là, là! Quel est ce diable d'homme.^

GILBERT

Je suis Gilbert le ciseleur. Jane est ma fiancée.

FABIANI

Et moi, je suis le chevalier Amyas Pawlet. Jane est ma maîtresse.

GILBERT

Tu mens, te dis-je! Tu es lord Clanbrassil, le favori de la reine. Imbécile, qui croit que je ne sais pas cela!

FABIANI, k part.

Tout le monde me connaît donc cette nuit! — Encore un homme dangereux, et dont il faudra se défaire!

GILBERT

Dis-moi sur-le-champ que tu as menti comme un lâche, et que Jane n'est pas ta maîtresse.

FABIANI

Connais-tu son écriture ?

Il tire un billet de sa poche.

— Lis ceci.

A part, pendant que Gilbert déploie convulsivement le papier.

— Il importe qu'il rentre chez lui et qu'il cherche querelle à Jane, cela donnera à mes gens le temps d'arriver.

GILBERT, lisant.

« Je serai seule cette nuit, vous pouvez venir. » — Malédiction! Mylord, tu as déshonoré ma fiancée, tu es un infâme! Rends-moi raison!

FABIANI, mctunt Vépée \ la main.

Je veux bien. Où est ton épée ?

GILBERT

O rage! être du peuple! n'avoir rien sur soi, ni épée ni poignard! Va, je t'attendrai la nuit au coin d'une rue, et je t'enfoncerai mes ongles dans le cou, et je t'assassinerai, misérable!

FABLU^I.

Là, là! vous êtes violent, mon camarade!

GILBERT

Oh! mylord, je me vengerai de toi!

FABIANL

Toi! te venger de moi! toi si bas, moi si haut! tu es fou! je t'en défie.

GILBERT

Tu m'en défies ?

FABIANI

Oui.

GILBERT

Tu verras!

FABIANI, k part.

Il ne faut pas que le soleil de demain se lève pour cet homme.

Haut.

— L'ami, crois-moi, rentre chez toi. Je suis fâché que tu aies découvert cela 5 mais je te laisse la belle. Mon intention, d'ailleurs, n'était pas de pousser

TamourCttC plus loin. Rentre chez toi. (Il jette une clef aux pieds de Gilbert.) — Si

tu n'as pas de clef, en voici une. Ou, si tu l'aimes mieux, tu n'as qu'à frapper quatre coups contre ce volet, Jane croira que c'est moi, et elle t'ouvrira. Bonsoir. (Il sort.)

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