‹ Œuvres complètesChapitre 11 sur 65 · Théophile · texte numérisé non relu

Théophile

l\xviij Notice

« court est véritable, il s'est imaginé qu'il pouvoit estre « ce dernier faux prophète dont la vieillesse de l'E- « glise est menacée; et, quoy qu'il soit né pauvre et ce qu'il eust peu de fortune , il a été si présomptueux « que de se prendre pour celuy-là qui doit venir avec ■X des armées troubler la paix des consciences , et à qui a les démons gardent tous les trésors qui sont cachez ec sous la terre. Du temps qu'il se contentoit de faire « des fautes purement humaines , et qu'il ecrivoit avec ce des mains quin'eloient pas encore coupables, je lui ay ce souvent montré qu'il ne faisoit pas d'excellens vers , « et qu'il s'estimoit injustement un grand personnage, ce Mais , voiant que les règles que je lui proposois pour (c la reformation de son stile etoient trop sévères , et « qu'il ne pouvoit pas venir où je le voulois mener, il ce a jugé peut-estre qu'il devoit chercher un autre cheee min pour se mettre en crédit à la cour, et que de poêle ce médiocre il pouvoit devenir grand législateur. Si bien e< qu'on dit partout qu'après avoir renversé quantité de et foibles esprits et paru long-temps au milieu d'une raulcc tilude ignorante , il a fait à la fin comme un homme ce qui se jeteroit dans un précipice pour acquérir la ce réputation de bien sauter.

et Vous sçavez , Monsieur, ce que nous avons dit aucc tresfois de cette sorte de gens , et la foiblesse que ce vous m'avez monstrée aux principes de leur mauvaise ce doctrine : et véritablement quelque desbauché qu'eust ce esté mon esprit, jel'ay tousjours sousmis àl'authorité ec de l'Eglise et au consentement des peuples...»

Lettre à Boisrobert, 12 septembre 1623 ;

ce Au moins, quoy que vous faciez , ne permettes rien ce àvostre réputation, et surtout je vous prie que cène ft soit point à vous à qui on reproche d'avoir violé la ce chasteté de nostre langue et appris aux François des ce vices estrangers et inconnus à leurs pères. La poésie , ce que Dieu a choisie quelques fois pour rendre les ce oracles et pour expliquer ses secrets aux hommes , ce à tout le moins veut estre employée à un usage qui ce soit honneste , et ce n'est pas moins pécher de s'en

SUR Théophile. Ixxix

« servir à des choses sales que de desbaucher une a religieuse. Je vous dis cecy sur le subject de nostre « amy, dont j'ay peur que la fin ne sera pas naturelle , a s'il ne meurt bien tost de sa quatriesme verolle. « Voicy desjà la seconde fois qu'il est sorty de Paris par « une bresche et qu'il s'est sauvé d'un aussi grand a embrasement que celuy de Troye. Pour moy, je ne « puis comprendre quel est son dessein , car de faire la « guerre au ciel , outre qu'il seroit mal accompagné o en celte entreprise et qu'il n'a pas cent mains comme « les geans , il doit avoir appris que c'est une action « qui ne leur réussit pas , et qu'en Sicile il y a des « montaignes qui fument encore de leur supplice ; « nous ne sommes pas venus au monde pour faire des « loix , mais pour obeïr à celles que nous avons trouce vées et nous contenter de la sagesse de nos pères , a comme de leur terre et de leur soleil. Et certes, puisce que, mesmes aux choses indifférentes, la nouveauté ce est blasmée , et que les roys ne quitent point les lys ce pour prendre des tulipes en leurs armés, à combien ce meilleur droit devons-nous conserver les anciens fonce démens de la religion , qui est d'autant plus pure ce que par sa vieillesse elle s'approche davantage de ce l'origine des choses , et qu'entre elles et le prince cipe de tout bien il y a moins de temps qui l'ayt peu ee corrompre? A n'en point mentir, il n'y auroit pas ce grande apparence que despuis le commencement du ce monde la vérité eust attendu ? ? 9 ? pour se venir « descouvrir à luy au bordel et à la taverne, et sortir, ce avec la fumée du petum, par une bouche qui n'est ce pas si sobre que celle d'un Suysse. Je ne veux pas ce entreprendre sur la cour de Parlement, ny prévenir ce ses arrests par mon opinion. Aussi bien, dépenser ce rendre cet homme là plus coupable qu'il s'est fait luyce mesme, ce seroit jetler de l'encre sur le visage d'un ce more , et je doy cela à la mémoire du temps passé ce de le plaindre plustost comme un malade que de le ce traiter comme un enneray. 11 est vray qu'il a des ce qualitez qui ne sont pas absolument mauvaises , et ce je ne nye pas que je n'aye pris plaisir à sa liberté

Kxx Notice

« lors qu'elle ne se proposoit que les hommes pour « object, et quelle pardonnoit aux choses sainctes ; « mais si lost que j ouys dire qu'il avoit passé les « bornes du monde et qu'il s'attaquoit à ce qui est au- « dessus du ciel , dès l'heure mesme je rompis nostre «ï commerce ,etcreusque je ne pouvois faire autre chose « que de prier Dieu de luy renvoyer son bon sens et " d'avoir pitié de luy comme il en avoit eu des Juifs « qui le crucifîoient. Une autre fois je me donneray « bien garde de vous entretenir si long-temps et de « me lasser en vous ennuyant... »

Puis, après avoir rendu compte de son genre de vie : « Les premiers hommes parvenoient à une extrême vieil- « lesse , avec des viandes pures comme les miennes , et « de toutes celles qui sont sanglantes ils usoient seulece ment des meures et des cerises. Aussi , en ce temps- « là, la simplicité de leur vie estoit accompagnée d'un « parfait repos. La nature estant encore vierge de toute tes sortes de monstres , on ne parloit ny de Geryon , « ny du Minotaure , ny de y ?> y ?>... »

On connoît la terrible lettre de Théophile ; elle dut bien réjouir Garasse. Le grand épistolier garda un silence prudent. Il est probable que cette lettre contribua à la réconciliation d'Ogier et du jésuite.

La lettre à Hydaspe (son frère aîné), lettre XIV, est celle à laquelle répond Garasse. L'ouvrage d'Ogier, Jugement et censure de la Doctrine curieuse , n'est que le développement de cette lettre.

« Je vous l'ay dit mille fois, je me contente que le « serein me face mal aux yeux , sans qu'il faille que « j'aille voir des laides et que je lise des sottises ; « et neantmoins, pour m'obliger fort , vous m'avez con- « damné à passer dix jours sur vostre gros volume , « dont je n'ay jamais pensé trouver la fin, quoy que je « la souhaitasse comme le port après la tempeste. A « n'en point mentir, j'estime bien plus le silence des « chartreux que l'éloquence de cette sorte de gens (des « moynes) ; et il me semble qu'hors du service de l'E-

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