Ici recommence le texte de Mole
SUR Théophile. Ixxv
l'église , des anges et des saints ; — qu'il ne peut nier avoir composé une autre satyre commençant :
Que mes jours ont un mauvais sort !
Que ma planette est mal logée !
Que la fortune est enragée De me persécuter si fort !
« Comme aussi celle adresséeà un marquis, commençant :
Marquis, comment te portes-tu?
Comme quoi passes-tu la vie?
« Si , étant banni de la cour , par commandement du roi (en marge : « de la lettre du procureur général de Bordeaux »), il se retira chez son père, en A génois ; — s'il fut pas souvent au château d'Estillac, prèsd'Agen; — si un jour il ne dit pas publiquement qu'il avoit fait partie d'aller voir des diables ; — si, étant allé au logis d'une fille que Ion disoit être possédée, il ne fil pas effort en son endroit ; — s'il ne dit pas publiquement que c etoit rêverie et sottise de croire qu'il y eût des diables, et que ce que Ton en disoit n'étoit que pour abuser le monde en marge : « Issoudun..., Bourges ») ; — s'il fut mis en justice et comment il en sortit; — s'il n'est pas auteur d'un vers commençant :
J'ai vu le croissant à main gauche, etc.;
s'il n'est pas auteur d'un ode commençant :
Heureux tandis qu'il est vivant ;
a Qu'elle est imprimée fo.... de son premier volume ; mais qu'il l'a baillée écrite de sa main en autre façon révélée par le témoin. — S'il n'a pas dit, en plusieurs lieux, qu'il ne vouloit point d'amitié avec beaucoup de personnes, pour ce qu'ils n'étoient paillards , ni ivrognes, ni etc. ; comme aussi que, par les poursuites que l'on avoit fait contre lui , on l'avoit banni du bordel ; mais que l'on s'en repeutiroit; — qu'il a diten plusieurs lieux qu'il ne croyoit ni à Dieu ni à diable. »
La réponse se trouve dans les Apologies de Théophile. Le procès dura deux ans, deux ans de souffrances noblement supportées.
Ixxvj Notice
Six mois s'écoulèrent sans qu'il pût se faire entendre. Une visite du procureur général ne changea rien aux mauvais traitements qu'essuyoit le prisonnier , malgré d'expresses recommandations, l.es premiers interrogatoires furent suivis de quatre nouveaux mois de caciiot. Les seconda amenèrent la confrontation de Sajot , et rendirent les ennemis du poète plus intraitables , son procès plus long et plus difficile à juger. 11 sentit alors la nécessité de se taire : car jusque là il composoit pour sa défense vers et prose que ses amis firent imprimer en 1624. L'injure du P. Voisin avoit produit cet acharnement des jésuites contre un homme que le P. Garasse lui-même appeloit ce malheureux. En effet. Garasse étoit un de ces hommes convaincus, un de ces instruments si commodes entre les mains de la société , et si propres à jeter feu et flammes à propos , sauf à être désavoués après coup. Cet âpre disputeur mourut infirmier, victime de son dévoûment*.
Bientôt l'accusateur et l'accusé eurent à se défendre contre le même adversaire : nous voulons parler de Balzac, qui eut ce raffinement de Wc/»ef^ d'attaquer son ancien ami dans l'adversité, et fut assez maladroit pour rejeter sur son ancien régent ses folies de jeune homme. Cet homme , qui iietoit jamais assez paranymplié , dut s'en repentir. Garasse etThéophile se réunirent pour l'accabler. Balzac venoit de publier ses lettres*.
Il est dit, dans l'advis de l'imprimeur au lecteur , que le « stile est si beau , si fort et si net, qu'il surce passe, au jugement des mieux sensez, l'éloquence de a tous les siècles... »
1. Son nom vivra grâces à la onzième lettre de Pascal , qui s'est souvenu de la Somme théologique. A cet endroit même on trouve un argument du P. Le Moine bien favorable à Théophile : « Que la Sorbonne lia point dejurisdiclion sur le Parnasse^ « et que les erreurs de ce paîs-là ne sont sujettes ni aux censures a ni à Vinquisition. » Théophile regardoit du moins cette opinion comme probable.
2. Lettres du sieur de Balzac^ Paris, chez Toussainct du Bray, 1624, in-8..
SUR Théophile. Ixxvij
En outre , il y a, en têle du volume, des vers espagnols : Al unico éloquente , el sefwr de Balzac^
La lettre IX, à monsieur levêque d'Ayre , est celle où il est question de Théophile :
« Avec trois gouttes de meschant sang qui me reste, a j'ay toutes les passions de ceux qui se portent bien, « et les tyrans qui bruslent les villes au premier mouit vement de leur colère , et qui se permettent tout ce « qui est deffendu par les loix , ne font rien plus que « moy que de jouir des choses que je désire, et d'exécuter « les desseins qui me demeurent en la volonté à cause « que leur puissance me manque. Ny la fièvre, ny la « sciatique , ny la gravelle , n'ont peu encore vaincre « mon esprit et le rendre capable de discipline; et si « le temps avoit adjousté la vieillesse à mes autres « maux, je croy que je voudrois voir des objects sales a avec des lunettes et me faire porter aux lieux où je ne « pourrois pas aller de moy-mesme. .
ce A tout le moins vous trouverez en moy de l'obeis- « sance et de la docilité , si je n'ay acquis de plus « fortes habitudes, et, dans la corruption de ce siècle, « où presque tous les esprits se révoltent de la foy , « vous aurez à faire à un* homme qui ne veut rien croire c( de plus véritable que ce qu'il a appris de sa mère et « de sa nourrice. En ce qui ne regarde pas mesrae la « religion , si j'ay eu autrefois quelques sentimens paru ticuliers , je les quitte de bon cœur, afin de me recon- « cilier avecque le peuple , et ne paroistre pas ennemy « de ma patrie pour un petit mot ou une chose de peu « d'importance. Si 9 ç» y 9* eust suivy cette maxime, « il vivroit en sûreté parmy les hommes et ne se- « roit pas poursuivy à outrance comme la plus fa- « rouche de toutes les bêtes ; mais il a mieux aimé finir « par une tragédie que d'attendre une mort qui fust in- « connue au monde et ne faire rien que des choses a ordinaires. A ce que j'apprens , et si le bruit qui