SUR LA PAIX DE L'ANNÉE
ODE
a paix, trop long-temps désolée, Revient aux pompes de la cour, Et retire du mausolée Les jeux, les dances et l'amour.
Au seul esclat de nos espées
Les tempestes sont dissipées ,
Tous nos bruits sont ensevelis :
Mon prince a faict cesser la guerre ,
Et la grâce a rendu la terre
Pleine de palmes et de lys.
Nostre estât, d'un triste visage ,
Désespéré de son salut,
Sans le roy ne trouvoit l'usage
D'aucun remède qui valut:
Grand roy, que vos vertus sont grandes
Et bien dignes de nos offrandes !
Que vos travaux ont eu de fruict !
Toute la terre en est semée.
Et la voix de la Renommée
N'en sçauroit faire assez de bruict.
Et bien ! races desnaturées ,
Qu'avez-vous plus à murmurer?
Les fureurs se sont retirées ,
DE l'AMSÉE 1620. 143
Le desordre n'a peu durer; Vos estendars sont nostre proye, Vos flammes sont nos feux de joye.
Le roy triomphe du mal-heur, Et jamais on n'a veu monarque Qui gravast de meilleure marque Son jugement ny sa valeur.
La trahison, confuse et blesme.
Ne sçait plus sur quoy ravager :
Mon prince a mis tout ce qu'il aime Loing de la honte et du danger; Il a reprimé la licence Dont on pressoit son innocence, Et ses desseins laborieux , Qui ne vont point à l'advanture, Ont fait voir que sa créature Estoit aussi celle des dieux.
Dans nos victorieuses armes , Si la clémence Teust permis.
Et plus de sang , et plus de larmes , Eussent marqué ses ennemis ; Et dirois bien à quels supplices S'attendoient leurs noires malices , Mais il est las de les punir ; Il est honteux de leur diffame Et seroit fasché que son ame En eust gardé le souvenir.
il suffit que la paix est ferme , Que ces esprits audacieux Ont enfin achevé le terme De leurs complots séditieux ; Il suffit que rien n'importune Ny sa vertu , ny sa fortune , Que le ciel rit à son plaisir.
Que sa gloire a lassé l'envie ,
i44 Sur la paix
Et que sa grandeur assouvie Ne trouve ny but , riy désir.
Traislres outils de nos folies, Instrumens de flamme et de fer, Que vos races ensevelies Se recachent dedans fenfer.
Aussi bien nos Dieux tutelaires, Dont ces révoltes ordinaires Ont armé les mains tant de fois, Jurent que le premier rebelle Sera la victime éternelle De Tinjure de tous nos roys.
Espérer encore des grâces Et croire, en de pareils forfaits, Que vous ny vos futures races Puissiez jamais trouver de paix , C'est doubter que vos felonnies Ne soient proches d'estre punies; C'est ne sçavoir point de prison.
S'imaginer qu'un a deux testes , Que le ciel n'a point de tempestes, Ou qu'il ayme la trahison.
Mais je faux en mes deffiences:
Nostre mal vous a fait patir.
Et je croy que vos consciences L'ont fait avec du repentir.
Auriez-vous bien la barbarie De confesser que la furie Vous ait fait venir sans remors.
Au travers du fer et des flammes.
Où tant de généreuses âmes Ont accreu le nombre des morts?
Je vis de quel sanglant orage L'enfer se desborda sur nous , Et voulus mal à mon courage
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De m'avoir fait venir aux coups ; La campagne estoit allumée , L air gros de bruict et de fumée , Le ciel confus de nos débats , Le jour triste de nostre gloire , Et le sang fit rougir la Loire De la honte de nos combats.
C'est assez fait de funérailles; On void un assez grand tableau De chevaux , d'hommes , de murailles , Que la flamme a jette dans l'eau ; C'est assez, le ciel s'en irrite , Et, de quelque si grand mérite Dont l'honneur flatte nos exploits , 11 n'est rien de tel que de vivre Soubs un roy tranquille , et de suivre La saincte majesté des loix.