AU ROY
her object des yeux et des cœurs , Grandroy, dontles exploits vainqueurs N'ont rien que de doux et d'auguste, Usez moins de vostre amitié :
Vous perdrez ce tiltre de Juste Si vous usez trop de pitié.
Quand un roy, par tant de projects, Voit dans Tame de ses sujects Son authorité dissipée , Quoy que raisonne le conseil, Je pense que les coups d'espée Sont un salutaire appareil.
L'honneur d'un juste potentat Est de faire qu'en son estât La paix ayt des racines fermes.
Par là se doit-il maintenir Et demeurer tousjours aux termes De pardonner et de punir.
Contre ces esprits insensez Qui se tiennent intéressez En la calamité publique, Selon la loy que nous tenons.
Il ne faut point qu'un roy s'explique Que par la bouche des canons.
Les forts bravent les impuissans, Les vaincus sont obeïssans , La justice estouffe la rage :
1. Cette ode et la suivante sont de 1620. Une ligue de mécontents s'étoit formée, et la reine -mère étoit à la tête du parti. Elle s'étoit avancée jusqu'à La Flèche , où le cœur de Henri IV avoit été déposé, selon sa volonté, dans l'église du collège des jésuites. Les révoltés furent bientôt soumis , et les articles de la paix furent arrêtés le 9 août.
Au Roy. i4i
Il les faut rompre sous le faix.
Le tonnerre finit l'orage , Et la guerre apporte la paix.
Henry, destourne icy tes yeux , Et, regardantces tristes lieux Consacrez à ta sépulture, Considère comme ton cœur Se lasche , et contre sa nature Reçoit un ennemy vainqueur.
Toutesfois, grand astre des roys*, Celle qui te print autrefois Encore impunément te brave ; Ton cœur ne luy résiste pas , Et demeure tousjours esclave De ses victorieux appas.
Grande reyne, en faveur des lys Avec luy presque ensevelis , N'offencez point ses funérailles ; Pour lavoir , à quoy le dessein De venir rompre des murailles Si vous l'avez dans vostre sein ?
Merveilleux changement du sort ! Ce grand roy, que devant sa mort Vous gaigniez avecques des larmes , Est-il si puissant aujourd'huy Qu'il vous faille employer des armes Pour avoir empire sur luy ?
Quoy que ce grand cœur généreux, Forcé d'un respect amoureux.
Ait flechy devant vostre face , 11 n'est point si fort abbatu , Que son fils n'y trouve une place
1 . Les quatre strophes qui suivent ne se trouvent pas dans ja première édition.
i42 Sur la paix
Où faire luyre sa vertu.
Nous croyons que ces révoltez , A nostre abord espouvantez, Se défendront mal à la brèche; Et qui fera comparaison De vingt canons contre une flèche Dira que nous avons raison.