AU PRINCE D'ORANGE
ODE
n espritlasche et mercenaire, Qui d'une gloire imaginaire Flatte les cœurs ambitieux, Lorsqu'il parle de vos louanges.
Met les hommes plus vicieux
A la comparaison des anges.
Aussi bien, nue et sans appas,
la pauvre Muse n'ose pas
Parmy les pompes où vous estes
Faire venir la vérité ;
Et, si les bouches des poètes
î. Maurice, comte de Nassau, mort le iZ avril 1695. Il étoil devenu prince d'Orange le 21 février 1618, par la mort de son frère aîné Philippe.
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Ne quittent leur sévérité.
Elles demeureront muettes.
Prince, je dis sans me louer Que le ciel m'a voulu douer D'un esprit que la France estime, Et qui ne fait point mal sonner Une louange légitime Quand il trouve à qui la donner.
Mais le vice, à qui tout aspire, Maistrise avecques tant d'empire Ceux qui gouvernent l'univers.
Que chez les plus heureux monarques, 0 honte de ce temps pervers !
A peine ay-je trouvé des marques Qui fussent dignes de mes vers.
Et, depuis que la cour advoue Ces âmes de cire et de boue Que tout crime peut employer , Chacun attend qu'on le corrompe, Et les grands donnent le loyer Tant seulement à qui les trompe.
Lorsque la force du devoir Pousse mon ame à décevoir Quelqu'un à qui je fais hommage, Si quelques fois pour un mortel Je tire une immortelle image, C'est afin qu'il se rende tel Qu'il se voit peint en mon ouvrage.
Mais quand je pense à ta valeur, 0 que mon sort a de mal-heur î Car mesme de nouveaux Orphées Ne pourroient, en flattant les dieux , Dire si bien que tes trophées Ne méritent encore mieux.
Quels vers faut-il que je prépare ?
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En quel si beau marbre de Pare Dois-je graver des monumens Qui soient fidelles à ta gloire?
Quels si religieux serniens, Jurant tes faits à la mémoire, Feront croire que je ne mens?
LT.spaigne, mère de lorgueil.
Ne preparoit vostre cercueil Que de la corde et de la roue, Et venoit avec des vaisseaux Qui portoient peintes sur la proue Des potences et des bourreaux.
Ses trouppes à pleine licence Venoienl fouler vostre innocence, Et l'appareil de ses efforts Craignoit de manquer de matière, Où vos champs, tapissez de corps, Manquoient plustost de cymetiere Pour le sepulchre de ses morts.
Les vostres que mordit sa rage Mourant disoient en leur courage :
0 nos terres ! o nos citez !
Si vous n'estes plus asservies, Ayant gaigné vos libertez, Nous voulons bien perdre nos vies.
0 vous que le destin d'honneur Retira pour nostre bon-heur. Belles âmes, soyez apprises Que l'horreur de vos corps destruicts N'a point rompu nos entreprises.
Et que nous recueillons les fruicts Des peines que vous avez prises.
Nos ports sont libres, nos rempars Sont asseurez de toutes parts ; Picorans jusqu'au bout du monde.
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Si nos victorieux nochers Trouvent des ennemys sur Tonde, Ce sont les vents et les rochers.
Ainsi ta gent victorieuse, Dessus la tombe glorieuse Des braves dont tu fus le chef , Maurice, vante ta prouesse.
Et dans les pleurs de son meschef Verse des larmes de liesse.
Toy seul, grand prince, es le vainqueur : Car, si les tiens raonstrent du cœur, Tout ce qui les y faict résoudre Sont tes yeux, dont le feu reluit Dans le sang et parmy la poudre, Comme aux orages de la nuict Brillent les flammes de la foudre.
Sans toy, qui ne devoit douter Que ce peuple, au lieu de gouster La douceur d'un repos durable, De sa foible rébellion Retomberoit plus misérable En la vengeance du lion ?
La liberté qu on a veu naistre Du grand Mars dont tu pris ton estre, Après luy veuve de support, Si tu n'eusses esté son frère.
Par quel secours que de la mort Esperoit- elle se deffaire Des mains d'un ennemy si fort ?
Tu l'arrachas du précipice.
Faisant voir que tout est propice A qui tu daignes secourir.
Et qu'ayant ton destin pour elle, Parce que tu ne peux mourir, La liberté n'est pas mortelle.
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Mais que , pour te déifier, Il te falut sacrifier De sang au ténébreux monarque !
Que pour espargner le denier Qu'on paye aux rives de la Parque, Tu fis riche le nautonnier Qui conduict la mortelle barque !
Hercule, à qui les immortels Ont donné rang à leurs autels.
N'a pas mieux mérité sa feste.
Et, si le sort l'eust assailly Des forces qu'il t'a mis en teste.
Il eust sans doute defailly.
Ostende, où les soldats d'Ibere, En riant de vostre misère, Pleuroient la cause de la leur, Voyant le sort qui t'accompagne Vendre tant mesme le mal-heur A creu que le démon d'Espaigne S'entend avecques ta valeur.
Les ans qu'on mit pour ses ruynes Furent les jours dont tes machines, Regaignerent un plus beau lieu , Et c'est ainsi que tes journées.
Comme on les conte pour un dieu, Valent autant que des années.
A Nuiport, où ton œil charmoit La frayeur et la desarmoit, On vit Bellone, au sang trempée. Dans le choc se précipiter Et par fois qu'elle estoit frappée , Au lieu de Mars et Jupiter, Ne reclamer que ton espée.
Aux coups que le canon tiroit, Le ciel de peur se retiroit,
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La mer se veid toute alumée,
Les astres perdirent leur rang,
L'air s'estouffa de la fumée,
La terre se noya de sang.
Parmy la nuict de ces tumultes.
Quelque grand Dieu que tu consultes
Alors que tout semble périr.
Vint aux coups afin de te suivre,
Sans besoin de te secourir :
Car, pour ne t'empescher de vivre,
La Parque auroit voulu mourir.
L'ennemy, battu sans retraitte,
N'avoit au bout de sa deffaicte
Que ta clémence pour support; Ainsi par fois, après l'orage.
Les nochers ont trouvé le port Sur les rochers de leur naufrage.
A bien chanter tant de combats , Où jamais tu ne succombas.
Je voudrois consacrer mes veilles ; Mais ton esprit, trop retenu , Se fascheroit à tes oreilles Si je Tavois entretenu De la moindre de tes merveilles.
Aussi bien n'est-il pas besoin Que mon poëme soit tesraoin De tes exploits si manifestes :
Car, quelque part qu'on puisse aller.
Si quelqu'un n'a point veu tes gestes , Il en a bien ouy parler.
L'horison de la gent sauvage N'a point de mont ny de rivage Où ne soit adoré ton los , Que dans ton nom l'Hyperborée A faict voir à nos mattelots
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Haut escrit en lettre dorée Sur le fer de ses javelots.
Puis que sa gloire est accomplie , Grands destins, je ne vous supplie , Que de faire continuer L'honneur où je le vois paroistre, Sans le faire diminuer, Quand vous ne le pouvez accroistre.
Mais le ciel, que tu dois orner , Maurice, tasche de borner Le fil sacré de tes journées :
11 ta desjà marqué le lieu Où tu dois, après cent années , Assis un peu plus bas que Dieu , Fouler aux pieds les destinées.
Les Muses, en ra'ouvrant les cieux , M'ont fait voir que ces demy-dieux A qui la terre faict offrande , Fors le bien de ton amitié , N'ont point félicité si grande , Qui ne te peut faire pitié.
Les astres , dont la bienveillance Se sent forcer de ta vaillance , Sont apprestez pour t'accueillir; Desjà leur splendeur t'environne.
Dieu comme fleurs les vient cueillir.
Pour t'en donner une couronne Qui ne pourra jamais vieillir.
Au DCC DE LUYNES. 167