‹ Œuvres complètesChapitre 30 sur 65 · A MONSEIGNEUR LE DUC DE LUYNES · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE DUC DE LUYNES

ODE

scrivains tousjours empeschés Après des matières indignes, Coulpables d'autant de péchez Que vous avez noircy de lignes ,

Je m'en vay vous apprendre icy

Quel deust estre vostre soucy,

Et dessus les justes ruines

De vos ouvrages criminels,

Avecques des vers éternels

Peindre l'image de Luynes.

Je confesse qu'en me taisant

D'une si glorieuse vie.

Je m'estois rendu complaisant

Aux injustices de l'envie ,

Et meritois bien que le roy,

En suitte du premier effroy

Dont me fit pallir sa menace ,

M'eus t fait sentir les cruautez

Qu'on ordonne aux desloyautez

Qui n'ont point mérité de grâce.

A qui plus justement qu'à luy,

Se doivent nos sainctes louanges?

Quel des humains voit aujourd'huy

Sa vertu si proche des anges?

Ceux que le ciel, d'un juste choix,

Faict entrer dans l'ame des roys,

Ils ne sont plus ce que nous sommes,

Et semblent tenir un milieu

Entre la qualité de Dieu

Et la condition des hommes.

l58 Au DUC DE LUYNES.

Un chacun les doit estimer Ainsi qu'un ange tutelaire.

La vertu, c'est de les aymer; L'innocence est de leur complaire ; Les mouvemens de la bonté.

C'est proprement leur volonté.

Les suivre, c'est fuir le vice ; Bien vivre, c'est les imiter; Et ce qu'on nomme mériter.

C'est de mourir pour leur service.

Grand Duc , que toutes les vertus Recommandent à nostre estime , Et que les vices abatus Tiennent pour vainqueur légitime, Bénits soient par tout l'univers Les doctes et les sages vers Où ta gloire sera semée , Et jamais ne soient innocens Ceux qui refuseront l'encens Aux autels de ta renommée !

Un nombre d'esprits furieux De ta prospérité s'irrite , Et fait des querelles aux cieux Pour avoir payé ton mérite.

Appaisez-vous, foibles mutins :

En despit de vous les destins Luy seront à jamais propices; Puis que mon prince en prend le soing, Sçachez que sa fortune est loing Du naufrage et des précipices.

Si son ame estoit sans appas , Si sa valeur estoit sans marques , Et que sa vertu ne fust pas Nécessaire auprès des monarques , On pourroit avec moins de tort

Au DUC DE LUYNES. iSiJ

Blasraer son favorable sort ;

Mais toutes nos ingratitudes

S'accorderont à confesser

Que sa prudence a faict cesser

La honte de nos servitudes.

Quand le ciel parmy nos dangers

Avoit horreur de nos prières ,

Que les yeux des plus estrangers

Donnoient des pleurs à nos misères ,

Quand nos maux alloienl jusqu'au bout,

Que TEstat, branslant de par tout,

Estoit prest à changer de maistre ,

Il fist mourir nostre douleur

Et perdre espérance au mal-heur

De la faire jamais renaislre.

Ce grand jour, où tant de plaisirs Succédèrent à tant de peines , Qui fit changer tant de désirs Et qui r'appaisa tant de haines :

Tous nos cœurs sans fard et sans fiel , Enclinans où l'amour du cFel Poussoit vos volontez unies, Ravis de ce commun bonheur, Firent des vœux à son honneur Pour noscalamitez finies.

Ceux qui mieux ont senti l'effect D'une si louable victoire, Honteux du bien qu'il leur a faict , Ont du mal à souffrir sa gloire :

Ils arrachent à leurs esprits Le ressentiment du mespris , Dont la grandeur estoit foulée.

Quand leur foiblesse avec raisoa Souhaittoit Theureuse saison Que ce grand duc a r'appellée.

ifio Au DUC DE LUYNES.

Le remors vous doit bien punir, Vostre ame est bien peu libérale , De luy nier le souvenir D'une grâce si générale.

Que vos fureurs changent d'object; Aussi bien, cherchant le suject De la hayne qui vous anime, Vous ne trouverez point de quoy, iSinon que la faveur du roy Tienne lieu de honte et de crime.

Ceux qui veillent à rechercher Quelque juste suject de blasme Ne peuvent point luy reprocher Un deffaut du corps ny de lame:

Pour moy, lors que je pense à luy, Ceste envie qui pousse autruy De mes sens bien loing se retire.

Tous mes vers vont au compliment, Et ne sçaurois trouver comment Il se faut prendre à la satire.

S'il est coulpable, c'est d'avoir •< Trop de justice et de vaillance ; D'aymer son prince, et recevoir Les effects de sa bien-veillance.

Grand duc, laisse courir le bruit Et gouste doucement le fruict Que la bonne fortune apporte.

Tous ceux qui sont tes ennemis, Voudroient bien qu'il leur fust permis D'estre criminels de la sorte.

Jamais à leurs funestes vœux Un Dieu propice ne responde!

J amais sinon ce que tu veux Ne puisse reiissir au monde !

Que tousjours de meilleurs succez

A M. DE Montmorency. 161

Te donnent de nouveaux accez A des félicitez plus grandes, Et qu'en fin les plus enragez, A ta dévotion rangez.

Te viennent payer des offrandes !

Page 1