D^la maison de Thémines
A FEU M. DE LoSIfiRES. l65
Que d'exposer mal à propos 1 A l'effort d'une violence Ma renommée et mon repos.
0 destin, que tes loix sont dures !
L'innocence ne sert de rien.
Que le sort d'un homme de bien.
A de cruelles adventares !
Ce grand Duc redouté de tous, Dont je ne souffre le couroux Pour aucun crime que je sçache.
Me menasse d'un chastiment Contre qui l'ame la plus lasche Fremiroit de ressentiment.
Il est bien aisé de me nuire.
Car je ne puis m'assujectir Au soucy de me garantir, Quoy qu'on fasse pour me destruire.
Je sçay bien qu'un astre puissant, A tous ses vœux obeyssant, Force les plus fiers à luy plaire, Et que c'est plus de dépiter La menace de sa colère Que le foudre de Jupiter.
Mais que la flamme du tonnerre Vienne esclatter à mon trespas.
Et le ciel fasse sous mes pas Crever la masse de la terre, Mon esprit sans estonnement S'appreste à son dernier moment ; Plus je sens approcher le terme, Plus je désire aller au port.
Et tousjours d'un visage ferme Je regarde venir la mort.
Ainsi, quoy que ce ûer courage Menace mon foible destin,
lG6 Au MARQUIS DE BOQUIGUANT.
Sans estre poltron ni mutin
Je verray fondre cet orage,
Et conjure ton amitié
De n'avoir ny soin ny pitié.
Quelque mal-heur qui m'importune.
Dieu nous blesse et nous sçait guérir.
Et les hommes ny la fortune
Ne nous font vivre ny mourir.