A M. LE MARQUIS DE BOQUIGUANT
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ous pour qui les rayons du jour .Sont amoureux de cet empire j^ Que Mars redoute et que l'Amour W^ Ne sçauroit voir qu'il ne souspire, C'est bien avecques du subject Qu'un grand roy vous a faict l'object D'une affection infinie, Et que toutes les nations Ont permis que vostre génie Forçast leurs inclinations.
Les faveurs que vous méritez Ont obligé mesme l'envie D'accroistre vos prosperitez,
1. George Villiers, marquis, puis duc de Buckingham, né le 20 août 1692, mort le 23 août 1628, célèbre par son ambassade de XC25, avoit déjà traversé la France avecle prince de Galles , plus tard Charles I*"""^ lorsqu'il étoit allé chercher une femme en Espagne (mars 1623). Le duc intercéda pour le poète en 1625.
Au MARQUIS DE BOQUIGUANT. 167
En disant bien de vostre vie ; Lorsqu'elle veut parler de vous, Sans artifice et sans courroux Elle se produit toute nue, Et, ses vains désirs abatus, Fadct gloire d'estre recogneue Pour triomphe de vos vertus.
Personne n est fasché du bien Dont vostre sort heureux abonde, D'autant qu'il ne vous sert de rien Qu a faire du plaisir au monde.
Ainsi le céleste flambeau, ûui fut rorneraent le plus beau Qu'enfanta la masse première, N'a jamais eu des envieux , Car il n'use de sa lumière Que pour en esclairer nos yeux.
Chaque saison clonne ses fruicts :
L'automne nous donne ses pommes; L'hvver donne ses longues nuicts.
Pour un plus grand repos des hommes ; Le printemps nous donne des fleurs ; Il donne l'ame et les couleurs A la feuille qui semble morte; Il donne la vie aux forests ; Et l'autre saison nous apporte Ce qui faict jaunir nos guerets.
La terre pour donner ses biens Se laisse fouiller jusqu'au centre ; Et pour nous les champs indiens Se tirent les thresors du ventre.
L'onde enrichit de cent façons Nos vaisseaux et nos hameçons ; Et cet élément si barbare, Pour se faire voir libéral,
l68 Au MARQUIS DE BOQUIGUANT.
Arrache de son sein avare L'ambre, la perle et le coral.
Ce qu'on dit de ce grand thresor Découlant de la voix d'Alcide , C'estoient vrayement des chaînes d'or, Qui tenoient les esprits en bride.
Cognoissant ces divins appas, Alexandre donnoit-il pas Tout son gain de paix et de guerre?
Ce prince, avec tout son bonheur, S'il n'eust donné toute la terre , Ne s'en fust jamais faict seigneur.
Les zephirs se donnent aux flots , Les flots se donnent à la lune , Les navires aux matelots.
Les matelots à la fortune.
Tout ce que l'univers conçoit Nous apporte ce qu'il reçoit.
Pour rendre nostre vie aisée ; L'abeille ne prend point du ciel Les doux presens de la rosée Que pour nous en donner le miel.
Les rochers , qui sont le tableau Des sterilitez de nature.
Afin de nous donner de l'eau Fendent-ils pas leur masse dure ?
Et les champs les plus impuissans Nous donnent l'yvoire et l'encens ; Les déserts les plus inutiles Donnent de grands tiltres auxroys.
Et les arbres les moins fertiles Nous donnent de l'ombre et du bois.
Marquis , tout donne comme vous :
Vous donnez comme celuy mesme DoHt les animaux sentent tous
Contre l'H Y VER. i6-)
La libéralité supresrae.
Dieu nous donne par son amour, Avecques les presens du jour, Les traits mesmes de son visage ; Ce monde, ouvrage de ses mains, N'est point basty pour son usage, Car il l'a fait pour les humains.
Que le ciel reçoit de plaisir Alors qu'il voit sa créature Vivre dans un si beau désir Et si conforme à sa nature !
Je voudrois bien vous imiter ; Mais, ne pouvant vous présenter Ce que la fortune me cache, Puisque tout donne en l'univers.
Je veux que tout le monde sçache Que je vous ay donné des vers.