ELEGIE, A M. DE M
esjà trop longuement la paresse me flatte , Et je sens qu'à la fin elle devient ingratte ; J'ay donné trop de temps à mon propre plaisir, Pour trop de liberté j'ay manqué de loisir. Je veux effrontément, avecques mon salaire, Nourrir à tes dépens le soucy de me plaire. Je ne puis estre esclave et vivre en te servant Comme un maistre d'hostel , secrétaire ou suivant : Telle condition veut une humeur servile , Et pour me captiver elle est un peu trop vile; Mai> puis que le destin a trahi mon esprit , Et que loing du Pérou la fortune me prit , Je dois aymer mon joug , m'y rendre volontaire , Et dedans la contraincte obéir et me taire ; C'est d'un juste devoir surmonter la raison , Et trouver la franchise au fond d'une prison. Or je suis bien heureux sous ton obeyssance : En ma captivité j'ay beaucoup de licence , Et tout autre que toy se lasseroit enfin D'avoir si librement un serf si libertin. Le soin de te servir est ce qui moins m'aflige , Et l'honneur de te voir est ce qui plus m'oblige . Ton entretien est doux , agréable et sçavant , Aux plus doctes discours qu'on peut mettre en avant ; Tes regards sont courtois , tes propos amiables ,