SECONDE SATYRE
ognois-tu ce fascheux qui contre la fortune Aboyé impudemment comme un chien à la lune. Et qui voudroit, ce semble, en destourner lé cours Par l'importunité d'un outrageux discours?
D'une sotte malice en son ame il s'afflige
Quand la faveur du roy ses favoris oblige.
Un homme dont le nom est à peine cogneu,
D'un pays estranger nouvellement venu ,
Que la fortune aveugle , en promenant sa roue,
Tira sans y penser d'une ornière de boue ,
Malgré toute l'envie au dessus du malheur,
D'un crédit insolent gourmande la valeur.
Et nous le permettons ! Et le François endure
Qu'à ses propres despens ceste grandeur luy dure!
Nos princes autrefois estoient bien plus hardis :
Où se cache aujourd'huy la vertu de jadis ?
Apprends, malicieux, comme tu sais mal vivre ,
2^2 Seconde satyre.
Qu'une fortune est d'or et que l'autre est de cuivre ;
Que le sort a des loix qu'on ne sçauroit forcer ;
Que son compas est droict, qu'on ne le peut fausser.
Nous venons tous du ciel pour posséder la terre,
La faveur s'ouvre aux uns , aux autres se resserre :
Une nécessité, que le ciel eslablit,
Deshonore les uns , les autres anoblit ;
Un ignoble souvent de riches biens hérite,
L'autre dans Thospital est tout plein de mérite.
Pour trouver le meilleur, il faudroit bien choisir ;
Ne crois point que les Dieux soient si pleins de loisir.
Encor si chaque infâme estoit marqué d'un signe
Qui de toutes vertus le fit trouver indigne.
Les roys qui soubs les dieux disposent du bonheur,
Enrichiroient tousjours le mérite et l'honneur.
Que si l'ame des dieux est la mesme justice,
Qu'elle a} me la vertu , qu'elle abhorre le vice*,
Les roys, qui sont leurs fils et lieutenans icy,
Peuvent juger des bons et des mauvais aussi;
Et, sans flater mon roy, je trouve bien estrange
Qu'un vulgaire ignorant et tiré de la fange
Contre sa majesté se monstre injurieux,
Dessus ses actions portant l'œil curieux.
Quant à moy, je repute une faveur bien mise
Envers le plus chetif que le roy favorise;
Quoy que tousjours bien pauvre et tousjours dédaigné,
Sur mon esprit l'envie encor n'a rien gaigné.
Qu'un homme de trois jours de soye et d'or se couvre ,
Du bruit de sa carrosse importune le Louvre;
Qu'un estranger heureux se mocque des François,
Qu'il ait mille suivans, pourveu que je n'en sois^,