‹ Œuvres complètesChapitre 58 sur 65 · SONNET DE THÉOPHILE · texte numérisé non relu

SONNET DE THÉOPHILE

Sur son exil.

uelque si doux espoir où ma raison s'appuye. Un mal si découvert ne se sçauroit cacher : J'emporte, mal-heureux, quelque part où je fuye, Un traict qu'aucun secours ne me peut arracher.

Je viens dans un désert mes larmes espancher, Où la terre languit, où le soleil sennuye. Et d'un torrent de pleurs qu'on ne peut estancher Couvre l'air de vapeurs et la terre de pluye.

Parmy ces tristes lieux traînant mes longs regrets,

2/0 Sonnet

Je me promené seul dans l'horreur des forests Où le funeste orfraye et le hibou se perchent.

Là, le seul reconfort qui peut ra'entretenir, C'est de ne craindre point que les vivans me cherchent Où le flambeau du jour n'osa jamais venir.

SONNET

Sur le mesme snbjecty faicl dans les Landes de Castel-Jaloux,

e passe mon exil parmy de tristes lieux [sine ; Où rien de plus courtois qu'un loup ne m'avoi- Où des arbres puants formillent d'escurieux. Où tout le revenun'est qu'un peu de résine,

Où les maisons n'ont rien plus froid que la cuisine, Où le plus fortuné craint de devenir vieux, Où la stérilité faict mourir la lésine, Où tous les elemens sont mal-voulus des cieux ,

Où le soleil, contrainct de plaire aux destinées, Pour estendre mes maux allonge ses journées. Et me faict plus durer le temps de la moitié.

Mais il peut bien changer le cours de sa lumière. Puis que le roy, perdant sa bonté coustumiere, A destourné pour moy le cours de sa pitié.

SONNET

Sur le mesme suhject.

ourtisans qui passez vos jours dans les délices Qui n'esloignez jamais la demeure des roys, Qui ne sçavez que c'est de la rigueur des loix, Vous seuls à qui le ciel a caché ses malices,

Sonnet. 271

Si vous trouvez mauvais qu'au fort de mes supplices Les souspirs et les pleurs m'eschappent quelquefois , Parlez à ces rochers, venez dedans ces bois Qui de mon desespoir vont estre les complices.

Vous verrez que mes maux sont sans comparaison Et que j'invoque en vain le temps et la raison Aux tourmens infinis que le destin m'ordonne.

Je sens de tous costez mon espoir assailly. Pourquoy veux-je espérer aussi qu'on me pardonne ? On ne pardonne point à qui n'a point failly.

SONNET

Sur le mesme subject.

sprits qui cognoissez le cours de la nature. Vous seuls à qui le ciel apprend sa volonté. Et dont les sentimens trouvent de la clarté Dans la plus noire nuict d'une chose future ;

Célestes, qui voyez mon ame à la torture, Qui sçavez le dédale où le sort m'a jette , Quand est-ce que je dois r'avoir ma liberté? Dittes-moy qui de vous entend mon advanture ?

Ange, qui que tu sois, vueille songer à moy, Et lors que tu seras de garde auprès du roy. De qui le cœur dévot est tousjours en prière ,

Arreste-moy le cours de son inimitié.

Et dis-luy que, s'il veut exercer sa pitié. Il n'en trouva jamais de si belle matière.

«72 Epigramme.

SONNET

ous dont Tame divine aspire aux choses saintes, Et qije le Ciel a faict Tobject de son amour, I Verserez-vous des pleurs et ferez-vous des plaintes Quand pour Tamourde Dieu vous laisserez le jour ?

Les coulpables esprits ont tousjours raille craintes Lors qu'il leur faut quitter ce vicieux séjour, Et leurs yeux criminels avecques des contrainctes Approchent de l'esclat de la céleste cour.

Mais vostre époux, qui sceut parfaictement bien vivre, S'est pieu dans les assauts que le trespas nous livre ; Il est dedans le ciel , où vous irez aussi ;

11 est où vos pensers incessamment séjournent : Pourquoy donc voulez-vous que ses esprits retournent? Ils sont plus avec vous que s'ils estoient icy.

EPIGRAMME

este femme a faict comme Troye:

De braves gens , sans aucun fruict, Furent dix ans à ceste proye ; Un cheval n'y fut qu'une nuict.

Epigrammes. 273

EPIGRAMME*

e quatrain est fort magnifique , Mais défectueux en cela Qu'on ne l'a point mis en musique Pour chanter un sol la mi la.

EPIGRAMME

e doute que ce fils prospère ; Mars et l'Amour en sont jaloux, Pource qu'il est beau comme vous Et courageux comme son père.

EPIGRAMME

race à ce comte libéral .

Et à la guerre de Mirande ,

Je suis poëte et caporal.

0 Dieux! que ma fortuneest grande!

0 combien je reçois d'honneur Des sentinelles que je pose !

Le sentiment de ce bon-heur Faict que jamais je ne repose :

Si je couche sur le pavé , Je n'en suis que plustost levé.

Parmy les troubles de la guerre Je n'ai point un repos en l'air , Car mon lit ne sçauroit branler Que par un tremblement de terre.

1. Nous tirons cette épigramme du Parnasse sattjrique^ p. 3oi. Elle a été citée depuis dans des recueils comme étant de Théophile.

274 Sur un balet du Uoy.

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