‹ Œuvres complètesChapitre 61 sur 65 · UN BERGER PROPHETE · texte numérisé non relu

UN BERGER PROPHETE

e vis dans ces lieux innocens Où les esprits les plus puissans , I Quittant leurs grandeurs souveraines , ' Suivent ma prophétique voix Dans le silence de nos bois Et dans le bruict de nos fontaines.

Icy mon désir est ma loy.

Mon entendement est mon roy, Je préside à mes advantures , Et , comme si quelqu'un des Dieux M'eust preste soname et ses yeux, Je comprends les choses futures.

J'ay veu quand des esprits mutins Sollicitoient nos bons daslins A quitter le soin de la France, Et deviné que leur malheur Trouveroit dans nostre valeur Le tombeau de leur espérance.

Je voy qu'un jeune potentat Bornera bien tost son estât Du plus large tour de Neptune ; Et son bon-heur, sans estre vain , Pourra voir avecques dédain Les caresses de la fortune.

APOLLON CHAMPrON.

oy de qui les rayons font les traits du tonnerre Et de qui l'univers adore les autels, [la guerre, Moy dont les plus grands Dieux redouteroient Puis-je sans deshonneur me prendre à des mor- J 'attaque malgré moy leur orgueilleuse envie, [tels?

Apollon champion. 277

Leur audace a vaincu ma nature elle sort: Car ma vertu , qui n'est que pour donner la vie , Est aujourd'huy forcée à leur donner la mort.

J'affranchis mes autels de ces fascheux obstacles , Et foulant ces brigands que mes traicts vont punir, Chacun d'oresnavant viendra vers mes oracles Et préviendra le mal qui luy peut advenir.

C'est moy qui , pénétrant la dureté des arbres , Arrache de leur cœur une sçavante voix, Qui fais taire les vents, qui fais parler les marbres, Et qui trace au destin la conduicte des roys.

C'est moy dont la chaleur donne la vie aux roses. Et fait ressusciter les fruicts ensevelis ; Je donne la durée et la couleur aux choses , Et fais vivre l'éclat de la blancheur des lys.

Si peu que je m'absente, un manteau de ténèbres Tient d'une froide horreur ciel et terre couvers ; Les vergers les plus beaux sont des objects funèbres , Et , quand mon œil est clos , tout meurt en l'univers.

Bi^LET.

\ENUS AUX REYNES.

orsque je sortis de la mer Moins couverte d'eau que de fiâmes, La beauté qui me fait aymer Me destina reyne des araes, Et me dit que je cederois A vos yeux, qu'elle a fait mes roys .

Le Soleil, monstrant son flambeau Par Cythere et par Amathonte, Lors qu'il eust veu le mien si beau, Il faillit à mourir de honle ;

278 Balet.

Mais vous emportez aujourd'huy L'avantage que j'eus sur luy.

L'estonnement qu'il eut aux cieux Lors que je me levay de Tonde, Je le ressens devant vos yeux, Qui sont les plus beaux yeux du monde; Astres des esprits bien-heureux , Dont mes Amours sont amoureux.

Mes petits Amours, mes Appas Et mes Grâces les plus parfaictes, Belles reynes,sontr-elles pas Aux raesmes places où vous estes?

Je sçay que véritablement Vostre cour est leur élément.

Les bords de Cypre, où mon autel, Autresfois en si belle estime, M'avoit rendu chaque mortel Tributaire d'une victime.

Sont déserts à cause de vous.

Qui recevez les vœux de tous.

Ces princes qu'un devoir d'amour Retenoit en ma servitude, Lassez d'un si mauvais séjour, En ont faict une solitude.

Et rendent à vos majestez Mon empire et leurs libertez.

Leur cœur, dégoûté de mes loix Aussi bien que de mon visage, Demande à captiver des roys Quelque plus glorieux servage.

Vous seules avez des liens Plus honorables que les miens.

Vos beautez font qu'avec raison Ces princes m'ont esté rebelles ; Craignez la mesme trahison,

Les Nautonniers. 279

Quand vous ne serez plus si belles; Mais si c'est par là seulement, Us sont serfs éternellement.

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