FI, FUI, II Q01S L£SLRIJ, ULTOR F.R
ÎOYAGE EN ITALIE. 351
qui s'applique aussi bien à Persée qu'à l'artiste. Cette légende à double sens semble un avertissement du ciseleur spadassin à la critique, qui n'a qu'à se le tenir pour dit. Sans nous laisser influencer par ceLd rodomontade, nous admirerons franchement le Persée pour sa grâce héroïque et la sveltesse de ses formes délicates. Ces une charmante statue et un délicieux bijou ; elle vaut toute la peine qu'elle a coûté.
La Judith de Donatelio montre , au palais de la Seigneurie, la tête coupée d'Holopherne avec une fierté rébarbative assez alarmante, et tient, sous l'arcade de la Loggia, le même emploi que le Spartacus de Foyatier en face du palais des Tuileries. Seulement, la protestation du Spartacus est muette, et, pour que celle de Judith n'offrît aucune espèce d'ambiguïté, l'on a gravé sur la plinthe celte inscription peu rassurante : Exemplum salut publ. cives posuere MCCCCXV. Ces deux statues sont de bronze. Benvenuto, dans ses Mémoires, raconte d'une façon dramatique et touchante toutes les péripéties de la fonte du Persée et les angoisses terribles qu'il éprouva jusqu'à ce que le succès eût couronné l'œuvre. Pour liquéfier le métal, qui se figeait dans le creuset et ne voulait pas couler, l'artiste y jeta toute sa vaisselle, activa le feu avec ses meubles, épuisé, haletant, dévoré de fièvre et d'inquiétude, songeant à la joie de ses rivaux si l'opération manquait, et prêt à se jeter dans la fournaise si le moule crevait sous la pression du bronze. Aussi quelle joie, quel délire, quel triomphe et quel cordial repas avec les élèves et les compagnons lorsque l'œuvre sortit radieuse et pure de toutes ces épreuves ! — On montre encore à Florence la maison où le Persée a été fondu.
Benvenuto, qui, en sa qualité d'orfèvre ciseleur, avait assez travaillé pour les rois, les princesses et les seigneurs, voulut que son Persée conquît l'admiration populaire; car il le scella très-solidement dans le socle pour le soustraire au caprice de la grande-duchesse , qui désirait en
5à2 fOYAGE EN ITALIE.
ornor son apputemenf, préférant à ce riche sanctuaire 1? perpétuelle « xposition publique.
VEnlèvement des Stibines a été, pour Jean de Bologne, un admirable prétexte de déployer sa science du nu et ire voir la beauté humaine sous trois exprès ions différentes: une belle jeune femme, un jeune homme vigoureux, un vieillard superbe encore. Ce beau groupe de marbre rappelle le Borde enlevant Orythie, du jardin i uileries : c'est la même élégance vague, la même ingénieuse facilité d'arrangement. Sur la plinthe, un basrelief explique ce que le sujet pourrait avoir d'indécis et de peu intelligible.
bS fontaine de Neptune de l'Ammanalo, qui s'élève nionuinentalement à l'angle du palais de la Seigneurie, dans l'espace laissé vide par la maison rasée des (Jberii, n un a>pect riche et grandiose , quoiqu'elle soit inférieure au projet des autres artistes , repoussés au profit de l'architecte favori du grand-duc Cosme Ier. I.e dieu, de grandeur colossale , est debout sur une conque traînée par quatre chevaux marins, deux de marbre blanc, <l«'u\ de marbre veiné; trois tritons jouent à ses . cl l'eau retombe en jets nombreux dans un bassin octogone dont les quatre petits angles sont ornés de statues de bronze représentant Tbétis et Doris et des dieux marins, d'enfants jouant avec des coquillages, des coraux, de* madrépores el autres productions de la mer; huit i gaiement de bronze, des mascarons, des
cornes d'abondance complètent cette abondante décoration, où se pressent déjà le goût fastueux et mylhelo g'que «les fontaines du paie de Versailles, goul que* l'on croit français el qui n'est qu'italien de la déca-
qu< ti t de I o me de Uédicis, la meilleure tatre que le in de Bologne a eu le bonheur rare
itei d n ■ un li jte, a beaucoup d'ai
Le cheval m irche bien dans sou allure
de petit trot; l'homme est bien en selle, u n'est pas ridiculement historique, a le costume moitié réel, moitié de fantaisie du grand-duc , et produit un bon effet monumental. Cette statue est de bronze et a présenté d'assez grandes difficultés de jet; des bas-reliefs relatifs à l'histoire de Cosme plaquent les quatre faces du piédestal. On y remarque le portrait d'un bouffon nain aimé du duc.
11 faut signaler encore, sur cette place si riche, le palais Uguccioni , dont l'architecture est attribuée à Raphaël, pour son style suave et pur, qui est bien celui du maître, et le toit des Pisans , charpente historique que les Florentins firent exécuter aux Pisans prisonniers en signe d'abjection et de mépris, et qui recouvre l'hôtel des postes, aux barreaux duquel se presse , sous les bandes de sparterie, une foule nombreuse d'étrangers venant demander leurs lettres, d'après l'ordre alphabétique de leur nom. C'est aussi dans un coin de cette place que se trouve l'hôtel des diligences, avec son va- et-vient perpétuel de voitures.
Mais voilà assez de descriptions de statues et de palais; prenons une calèche et rendons-nous aux Caséines , les Champs-Elysées de Florence, pour voir des figures humaines et nous reposer du marbre, de la pierre et du bronze.
Le type florentin diffère essentiellement du type lombard et du type vénitien. Ce ne sont plus ces lignes régulières et pures, cet ovale un peu épais , ces riches attaches du col, cette heureuse sérénité de la forme, cette parfaite santé du beau, qui vous frappent dans les rues de Milan, où, comme le dit si bien Balzac, les filles
de portière ont l'air do fi lies de reine. On ne comprendrail pas à Florence celle Buperbe épitaphe païenne de nous ae savons plus quel comte dont la tombe portait pour toute inscription : Fu bello e Milanese; la grAee voluptueuse et la gaieté spirituelle de Venise sont absentes d'ici.
Qgures n'ont pas à Florence le caractère antique qui subsiste encore dans le reste de l'Italie après tant écles écoulés, d'invasions successives, un change" ment si radical de mœurs et de religion : elles sont visiblement plus modernes; s'il n'est pas permis de se méprendre, sur le boulevard de Gand, à un Napolitain ou à un Romain de pure race, un Florentin peut passer inaperçu parmi des Parisiens ; ce violent cachet méridional qui fait reconnaître les autres Italiens ne le trahira pas. 11 y a plus de caprice, plus d'inattendu
les traits des hommes et des femmes de Florence; la pensée, les préoccupations morales laissent sur leur face '1<'^ -illons appréciables, et en bouleversent les inépl its avec une irrégularité à laquelle gagne l'expression.
Les femmes de Florence, moins belles que les Milanaises, les Vénitiennes ou les Romaines, sont plus in-
ffltes et parlent davantage à l'idée; elles plairont surtout a l'écrivain psychologue ; leurs yeux sont voiles
ilancoli", J?ur Iront est parfois rêveur, et quelques-
offrent cet air de i uffrance, sentiment tout
i ! et tout cluéiu u, qu'on chercherait vainement dans
recque ou romaine; au milieu <lr> têtes
italienne.-, classiques, les tètes florentines sont bourru intime et favorable du mut ; elles
riment p&i seulement la race, mais l'individu; elles
■ ■ lusivemenl humaines, elles sont encore
b Korentins, André del Sarto, par exemple,
n'ont | i • du '1 ilien, celte placidité
VOYAGE lN ITALIE. 355
angélique de Raphaël ; ils reproduisent un type à la fois plus humble et plus cherché ; on sent la réalité à travers leur idéal ; ils ne posent pas sur leurs figures ce masque de régularité générale dont abusent quelquefois les autres grands maîtres italiens ; ils risquent plus souvent le portrait dans leurs compositions et ne craignent pas de traverser une certaine laideur pour arriver au caractère. En voyant leurs œuvres, on peut comprendre comment quelques-unes de leurs têtes, assurément moins belles que les types des peintres de Venise ou de Rome, peuvent produire une impression plus pénétrante et plus durable.
Ces généralités qui souffrent de nombreuses exceptions, car il y a des têtes florentines régulières, sont le résultat d'observations faites dans les rues, dans les théâtres, à l'église, à la promenade ; le visage humain n'est-il pas aussi digne d'attention que l'architecture? Le modèle ne vaut-il pas le tableau, et l'œuvre de Dieu, l'œuvre de l'art ? Et si nous avons regardé trop attentivement quelque belle promeneuse sous le nez, elle n'a pas dû s'en fâcher plus qu'une colonne ou une statue : notre conscience de voyageur sera notre excuse.
L'endroit de Florence le plus favorable à ce genre d'étude, trop souvent oublié par les touristes épris d'antiquité ou d'art, est sans contredit la promenade des Caséines, espèce de Champs-Elysées et de Hyde-Park toscan, où, de trois heures à cinq heures, afflue, en boghey, en tilbury, en phaéton, en américaine, en coupé, en landau et surtout en calèche, tout ce que la ville renferme de riche, de noble, d'élégant et même de prétentieux. Sur le fond florentin se dessinent de brillantes excentricités étrangères faciles à reconnaître.
Les Caséines, dont le nom signifie laiteries , sont situées extra-muros, en dehors de la porte de Frato, et s'étendent, le long de la rive droite de l'Arno, dans un espace d'à peu près deux milles jusqu'à l'endroit où le Terzolle se jette dans le fleure
A travers des massifs de vieux et grands arbres tels que pins-parasols, chênes verts, lièges et autres espèces du .Midi mêlées à des essences du .Nord, se dessinent des chemins sablés qui aboutissent à un rond-point formant ce que les Espagnols appelleraient le salon de cette promenade fashionable.
Ces grandes masses de verdure que borde, d'une part, nul fleuve Arno, et, de l'autre, l'encadrement bleu Apennins, dont on aperçoit les croupes lointaines piquées de points blancs par les villas et les hameaux, composent, sous cette belle lumière méridionale, un ensemble admirable et qu'il est difficile d'oublier. Les i. Mines ont quelque chose de plus naïvement agreste que les promenades équivalentes de Paris et de Londres, et le concours de l'élégance étrangère ne leur ôte pas cette bonhomie italienne si gracieuse dans sa nonchalance. Une maison de campagne du grand-duc, trèssimple et très-bourgeoise, est enfouie au milieu de cette Draiche verdure, que les peuples du Midi apprécient plus que nous, sans doute a cause de sa rareté. Nous avons retrouvé en Kspagne les mêmes admirations pour les ombragea du parc d'Aranjues, que le 'l'âge arrose, et qui inpli d'arbres du Nord.
Florence, il y a quelques années, surtout avant que rénementa politiques eussent effarouché les touristes opulents, était comme le salon de l'Europe; on y retrouvait en grand
Pumi ce Monde doré dota laiton des 1
C était 1 • que se rendaient de tous les points de l'.ic» mon tes anglais fuyant le brouillard natal, les r,
uni la neige d'un hiver de six mois, les Françaii ni i i la mode, l'Allemand cher-
chant le naïf d rt, les cantatrii
ref li ruines problé-
▼OYAGE EN ITALIE. *N
matiques, les reines déchues, les jolis ménages uni? à Gretna-Green ou tout simplement devant l'autel de la nature, les femmes séparées de leur mari pour une cause ou pour une autre, les grandes dames ayant fait un coup de tète, les princesses traînant à leur suite des ténors ou des jeunes gens à barbe noire, les dandys à demi ruinés par Bade ou Spa, les victimes du lansquenet et du crédit parisien, les vieilles filles rêvant quelque aventure incidentée, tout un monde interlope mêlé de beaucoup d'alliage, mais vif, spirituel, joyeux, ne cherchant que le plaisir et dépensant l'argent avec d'autant plus d'insouciance que le luxe italien est une économie relative.
Toute celte société fréquentait les bals hospitaliers du grand-duc et s'amusait beaucoup. Cette espèce de tolérance générale qui faisait accepter tout individu se présentant bien, mis convenablement et recommandé par une lettre quelconque, introduisait bien quelque aigrefin et quelque aventurière dans ce salon cosmopolite ; mais on en était quitte pour ne plus se saluer à Londres ni à Paris, et l'on jouissait dans la ville d'une liberté de bal masqué. Les intrigues et les amours allaient leur train sans trop de scandale; chacun était trop occupé pour avoir le temps de médire. D'ailleurs, accuser une femme d'avoir un amant eût semblé puéril ; la médisance n'eût commencé qu'à deux, et la calomnie à trois.
La promenade aux Cascines était un des épisodes importants de la journée. Il s'y tenait une espèce de bourse d'amour où se cotaient les actions des femmes. Madame de B... est en hausse; madame de V... est en baisse; madame de B... a quitté le petit baron de L... pour le prince D...; madame de V... a été trahie pour une seconde chanteuse de la Pergola ; c'est grave ! Les toilettes se discutaient et s'analysaient, plus négligemment cependant que partout ailleurs, car le plaisir était la grande affaire; mais les filles d'Eve pensent toujours un peu à la découpure de la feuiUs de figuier qui enveloppe leurs
charmes. Pourtant, —et cela tient sans doute a la vertu du climat, — on a vu aux Cascines des Parisiennes assez éprises pour n'être plus vaniteuses et ne regarder que leur amant
Ce mouvement d'étrangers s'est un peu ralenti : cependant, les Cascines offrent encore, de trois heures à sept heures, selon la saison, un spectacle de la plus joyeuse animation.
Lorsque nous y arrivâmes en calèche, car il serait de mauvais goût de s'y montrer à pied, quoique la distance qui sépare les Cascines de la ville soit très-petite, rassemblée était au grand complet ; il faisait beau, l'air était doux, et le soleil glissait quelques joyeux rayons entre de i s nuages poinmel- Le rond-point des Cascines représentait un immense salon, dont les calèches arrêtées figuraient les canapés fauteuils. Les femmes, en grande toilette, se renversaient sur le fond de leur voiture, dont le devant était encombré de fleurs, avec toute sorte de poses méditées pour faire ressortir leurs avantages, et de grâces de Céliméne à foire envie au Théâtre-Français.
Les amants en pied, les attentifs et les simples galants venaient rendre leur visite à la calèche de leur choix, comme on va voir dans sa loge une femme à l'Opéra, et ient debout Bur le marchepied.
I 1,'i que se décide l'emploi de la soirée, que s'imaginent les expédients, et (pie s'arrangent les rendez-vous, sans beaucoup de précaution ni de mystère; car nous n'avon trouvé di de cette féroce jalousie
italienne, si célèbre dans les mélodrames et les romans. se môlenl ai ition, du
intes, qu'ils maintiennent eu les ni poui le ir faire exécuter dea courbettes, prou : ins péril qui < ai toujours un p«i en liera
aune sim< Pendant ce lemps-la, les botquetiércs courent d
voiture à l'autre ou assaillent au passage cavaliers et piélons avec leurs corbeilles aussitôt vidées que remplies. Elles pratiquent à la lettre la recommandation de Virgile :
... Mambusdate lilia plenis.
Elles ont même l'air de les donner, quoiqu'elles les vendent en réalité ; on ne les paye pas sur-le-champ, mais on leur fait de temps à autre un petit cadeau d'argent ou d'autre chose, ce qui est plus gracieux pour la marchandise et la marchande, ces bouquetières étant ordinairement de jeunes et jolies filles, fleurs fraîches et jolies filles s'attirant par une harmonie naturelle.
Nous dessinerons, tout en gardant le secret des noms, quelques-unes des individualisés féminines les plus remarquables. Une princesse ru e (toutes les Russes sont princesses) trônait dans une superbe calèche doublée de velours violet et entourée de beaucoup d'adorateurs. Blanche comme la neige de son pays, les paupières brunies de khool, la lèvre rouge, le front encadré de cheveux ondes d'un blond marron devenu presque châtain sous le lustre des essences, couronnée d'une natte épaisse qui lui faisait comme un diadème sous l'auréole de son chapeau de dentelle, elle rappelait, par un certain air oriental et circassien, la fameuse Odalisque d'Ingres, popularisée par la lithographie de Sudre.
Les grandes dames russes ont, dans leur élégance, quelque chose de fastueux et de barbare, et dans leur pose, un calme impérieux, une nonchalance pleine de sérénité, qui leur viennent de 1 habitude de régner sur des esclaves et leur composent une physionomie à part très-aisément reconnaissable sous le vernis anglais ou français dont elles tâchent de se recouvrir. Celle-ci aurait eu l'apparence d'une Panagia grecque si, au lieu des arbres verts des Caséines, sur lesquels se détachait sa
3oO VOYAGE EN ITUIK.
tête immobile, on eût placé derrière elle le fond d'or gaufré d'un triptyque. Sa main étroite et petite, chargée de bagues énormes, scintillait dégantée sur le rebord de la calèche, comme une relique constellée de pierreries qu'on tend au baiser des fidèles. Dans l'angle de la voiture se tenait, piteusement rencognêe, une amie ou dame de compagnie de figure et de vêtements neutres, ombre îée de ce brillant tableau. Autrefois, les blondes Vénitiennes se faisaient suivre par un nègre. C'était plu* humain et d'un meilleur effet, au point de vue du coloris.
Dans une voiture anglaise, attelée de chevaux anglais, harnachés de harnais anglais, se tenait une Anglaise, entourée d'une atmosphère anglaise apportée de Hyde-Park par un procédé que nous ignorons ; les Caséines disparurent à nos yeux, la perspective bleuâtre des Apennins s'évanouit dans une brume soudaine, et la Serpentine river remplaça le fleuve Arno.
LU brusque contre-coup nous jeta de Florence à I ondres , et nous sentîmes sous notre mince habit un ■ouflle de bise septentrionale. Nous cherchâmes machinalement sur le coussin de notre voiture un paletot Lt, et pourtant celte femme était belle comme e->t belle une Anglaise réussie. — Jamais cygne plus flanc De lis-a son duvet de neige sur le lac de Virginia- I dans les féeriques gravures des Leepsake ; c'était une de ces créatures idéales et vaporeuses dans sa , on peu longues comme Lawrence en peint,
comme Westall en dessine : col mince el flexible, che-
reui d'or a x spirales allanguies, pleurant comme des
branches de saule autour d'un visage pétri *\r cold-
ream et de ro i; dis brillants comme des flls de soie
sur des prunelles d'un vague azur. En regardant cette
trente, qui dieérail peut-être un large
rurop ipoudré de point srrosé
;r\, on ne oouvait l'empéchei de peu er à Cym-
beline, à Perdita, à Cordelia, à Miranda, à toutes les poétiques héroïnes de Shakespeare. Deux adorables babys, un petit garçon fier et rêveur comme le portrait du jeune Lamblon , une petite fille échappée sans doute du cadre de Reynolds où les enfants de lady Londonderry sont représentés cravatés d'ailes en manière de chérubin sur un fond de ciel bleu, occupaient le devant de la voiture el jouaient gravement avec les « reilles d'un king's-charles aussi pur de race que celui que Van Dyck a placé dans son portrait d'Henriette d'Angleterre.
Un cavalier, roide comme un pieu, irréprochable de tenue, gentleman frotté de dandy, monté sur un cheval de sang bai cerise, luisant comme du satin, les guides rassemblées dans sa main, le pommeau de son styck entre les lèvres, se tenait près delà voiture de l'air le plus ennuyé et le plus splénétique du monde; il semblait ruminer un madrigal qui n'arrivait pas et qu'attendait la jeune femme avec une indulgente distraction.
Non loin de là causait avec un prince sicilien une autre Anglaise d'un type tout différent, presque italianisé et doré par le tiède soleil de Florence; une figure intelligente et fine , un beau front uni sous des cheveux noirs, une taille fluette pouvant porter la robe de •* femme et le gilet de l'amazone; espèce de Clorinde deiicate, d'ange douteux, entre la jeune fille et l'éphèbe, de l'espèce de ceux dont mademoiselle de Fauveau aime à faire se déployer l'aile au-dessus de quelque bénitier de style oioyen âge.
Une main de reine, un bras magnifique que le moulage a rendu célèbre nous fit reconnaître, au fond d'une voiture, une de nos anciennes amies parisiennes qui conserve à Florence, malgré un long exil, tout l'esprit et toutes les grâces qui faisaient rechercher ses mercredis de la rue du Mont-Blanc ; nous allâmes la saluer, heureux
fOYAGE IN ITALIE
retrouver un ùsa^o ami parmi ces belles inconnues, et uvs questions voltigèrent a l'envi sur nos lèvres, elle parlant de Paris, nous de Florence.
A propos de Florence , nous nous apercevons que , dans cttle galerie de portraits, nous n'avons pas mis de Florentines, (/est qu'il y en a, en effet, très-peu à Florence, et leurs figures, dont nous avons essayé d'esquisler le t\pe général , n'ont pas cotte espèce de beauté théâtrale qui se fait admirer de loin ; nous remarquerons seulement qu'elles portaient alors la taille trèsbasse et serrée dans des corsets longs d'une structure particulière qui se rapproche beaucoup des anciens corps français; ce qui imprimait à leurs mouvements une certaine roideur gênée, contraire à la désinvolture italienne Quelques unes se font la raie sur le côté comme les hommes; est-ce une coquetterie locale, ou le besoin poser des cheveux fatigués par le peigne? C'est ce que nous ne saurions décider. Cette bizarrerie inquiète d'aboi m'on puisse s'en rendre compte et change
beaucoup l'expression de la physionomie; mais on I ut et l'on finit | ar y trouver une certaine grâce.
celle omission dans notie galerie, esquissons la belle tète de la signora ***, Florentine pur san r, qu'on nous (it voir, au 'entre du rond-point, entourée d'une c >ur d'adorateurs. mds yeux tran-
quilles tl presque fixes, traits fermes et puis, sa bouche nettement découpée, les lignes puissantes et cou , rappelaient < elle Lucrezîa del tant aimée d'An lié del Sarto, et ces bcatu
rino, qu'on ne pi ut plus oublier dés qu'on une lois, et qui léhinnent le type llorenl i:i
ion plu peet. Pourquoi faut-il q grands
artistea d dus la tombe! Ils auraient
laissé au mon !•■ une im ij e immortelle.
NOUS lions en train de gfl daflfi
notre mémoire loi
VOYAGE i IS ITALIE. 363
tourner du même côté. Ce mouvement insolite était produit par l'entrée du jeune comte ***, qui débouchaii «o la grande allée, conduisant lui-même, avec une grâce et une précision incomparables, un pliaéton trainé par deux merveilleux petits chevaux noirs, d'une élégance, d'une prestesse et d'une docilité extraor.linoires ; ce charmant attelage décrivit sur le sable du rond-point un cercle qu'un compas n'eût pas fait plus exact, et le comte, jetant les guides à son groom, sauta légèrement à terre et alla rendre ses devoirs à la belle Florentine, dont nous venons tout à l'heure de crayonner les traits.
C'était un jeune Hongrois de vingt-deux ou vingt-trois ans, d'une beauté appollonienne, si souple, si dégagé, si svelte, si viril dans sa grâce féminine, que les plus robustes futilités auraient baissé les armes devant lui. Aussi était-il le lion de Florence, — sans aucune allusion à la mauvaise gravure ainsi nommée! — il possédait les costumes nationaux les plus merveilleux : dolmans soutachés , veste roide de broderies d'or , bottes de maroquin semées de perles, toques constellées de diamants et surmontées d'aigrettes de héron qu'il revêtait avec une complaisance charmante dans les soirées intimes pour satisfaire la curiosité féminine et un peu sa propre coque! terie, sans doute; coquetterie bien permise, car le costume hongrois, malgré sa profusion d'ornements , est d'une élégance héroïque et martiale qui éloigne toute idée de dandysme ridicule. Les femmes, vaincues, avouaient avec plaisir qu'elles étaient laides à côté du beau Hongrois, et que leurs plus riches toilettes de bal n'étaient que haillons comparées à ces splendides vêtements ruisselants d'or et de pierreries.
Une apparition mystérieuse intrigua beaucoup aussi, à cette époque, la curiosité cosmopolite de Florence : une femme seule, et du plus grand air, avait paru aux fascines, allongée dans le fond d'une calèche brune
fOYÀGE EN ITALIE
retrouver un ùsa^e ami parmi ces belles inconnue», el w% questions voltigèrent à l'envi sur nos lèvres, elle parlant de Paris, nous de Florence.
A propos ih4 Florence , nous nous apercevons que , dans cette galerie de poitrails, nous n'avons pas mis de Florentines, C'e.-t qu'il y en a, en effet, Irès-peu à Florence, et leurs figures, donl nous avons essayé d'esqwismt le t\pe général , n'ont pas celle espèce de beauté théâtrale qui se l'ait admirer de loin; nous remarquerons seulement qu'elles portaient alors la taille trèsbasse et serrée dans des corsets longs d'une structure particulière qui se rapproche beaucoup des anciens corps français; ce qui imprimait à leurs mouvements une certaine roideur gênée, contraire à la désinvolture italienne. Quelques unes se font la raie sur le côté connue les hommes; est-ce une coquetterie locale, ou le besoin poser des cheveux Fatigués par le peigne? C'est ce que nous ne saurions décider. Celte bizarrerie inquiète d'abord sans qu'on puisse s'en rendre compte et change uup l'expression de la physionomie ; mais on I ut et l'on finit par y trouver une certaine grâce. ;■ réparer celle omission dans notre galerie, esus la belle tète de la signora ***, Florentine pur sang, qu'on nous lit voir, au -'entre du rond-point, entourée d'une cour d'adora i grands yeui tran-
quilles et presque traits fermes et purs, sa
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cou , rappelaient celte Lucrezia del tant aimée d'An lié del Sarto, et ces beau'
rino, qu'on ne pi ut plus oublier dés qu'on
nue lois, el qui résument le type dorent in sous
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artistes doi m< le tombe! Ils auraient
laissé SU monde une im.i. e noir, u [elle.
Nous étions en irain de gi le pure il
notre mémoû i i vîmes tout
tourner du même coté. Ce mouvement insolite était produit par l'entrée du jeune comte ***, qui débouchait ko la grande allée, conduisant lui-môme, avec une ^râce et une précision incomparables, un phaétun traîné par deux merveilleux petits chevaux noirs, d'une élégance, d'une prestesse et d'une docilité extraordinaires ; ce charmant attelage décrivit sur le sable du rond-point un cercle qu'un compas n'eût pas fait plus exact, et le comte, jetant les guides à son groom , sauta légèrement à terre et alla rendre ses devoirs à la belle Florentine, dont nous venons tout à l'heure de crayonner les traits.
C'était un jeune Hongrois de vingt-deux ou vingt-trois ans, d'une beauté appollonienne, si souple, si dégagé, si svelte, si viril dans sa grâce féminine, que les plus robustes futilités auraient baissé les armes devant lui. Aussi était-il le lion de Florence, — sans aucune allusion à la mauvaise gravure ainsi nommée! — il possédait les costumes nationaux les plus merveilleux : dolmans soutachés , veste roide de broderies d'or , bottes de maroquin semées de perles, toques constellées de diamants et surmontées d'aigrettes de héron qu'il revêtait avec une complaisance charmante dans les soirées intimes pour satisfaire la curiosité féminine et un peu sa propre coqueiterie, sans doute; coquetterie bien permise, car le costume hongrois, malgré sa profusion d'ornements , est d'une élégance héroïque et martiale qui éloigne toute idée de dandysme ridicule. Les femmes, vaincues, avouaient avec plaisir qu'elk-s étaient laides à côté du beau Hongrois, et que leurs plus riches toilettes de bal n'étaient que haillons comparées à ces splendides vêtements ruisselants d'or et de pierreries.
Une apparition mystérieuse intrigua beaucoup aussi, à cette époque, la curiosité cosmopolite de Florence : ttne femme seule, et du plus grand a:r, avait paru aux Caséines, allongée dans le fond d'une calèche brune
VOYAGE EN ITALIB
è d'un grand chah1 do crêpe do chine blanc dont les franges lui venaient presque jusqu'aux pieds, coiffée d'un chapeau parisien signé madame I loyer en toutes lettres, et qui taisait \\\w fraîche auréole à son profil pui et fin, découpé comme un camée antique, ol c mtrastant par sou type grec, avec cette élégance toute modem*3 et celte tenue presque anglaise à force de distinction froide. Si n cou bleuâtre, tant il était blanc, te rose uni
joue, son œil d'un bleu clair semblaient la désigner pour une beauté du Nord; mais l'étincelle de cet wil de saphir était si vive, qu'il fallait qu'elle eût été allumée à quelque ciel méridional ; ses cheveux, soule-
q bandeaui crêpelés, avaient ces tons brunis et cette force vivat • qui caractérisent les blondes des pays chauds; l'un de ses bras était noyé dans les plis du châle, comme celui de la Mnémosyne, l'autre, coupé par un bracelet d'un effet tranchant, sortait demi-nu du dentelle d'une manche à sabot, et faisait badiner contre la joue du bout d'une petite main gantée, un eamellia d'un pourpre foncé, avec un geste de distraction idemmenl habituel : était-elle Anglaise, Italienne ou Française? C*est ce que nul ne pool résoudre, car
•me ne la connaissait. Elle fil le tour des Caséines,
■ta un instant sur le rond-point, ne paraissant ni occupée ni surprise d'un spectacle qui semblait de-
tre nouveau pour -Ile, el reprit le chemin de la ville.
Le lendemain, on l'attendit vainement, elle no reparul i rel de cette unique promenade? L inconnue venait-elle 6 quelque rend i-voua myslérieui ♦ don boni de l'Europe A l'autre? voulait-elle
de li pn quel |ue rivale auprès d'un infi-
On n'a jamais pu la savoir. Mais l'on n'a pas encore subi iVe«