‹ Œuvres complètesChapitre 6 sur 25 · SAINT-MARC · texte numérisé non relu

SAINT-MARC

Nous avons, en décrivant la Piazza, donné l'aspect général de Saint-Marc, tel qu'on peut le saisir au premier coup d'œil; mais Saint-Marc est un monde suf lequel on (''dirait dos volumes, et l'on nous permettra d'y revenir.

Comme la mosquée de Cordoue, avec laquelle elle i plus d'un point de ressemblance, la basilique de Saint- Marc a plus d'étendue que de hauteur, contrairement aux habitudes des églises gothiques, qui s'élancent vera le cie id renfort d'ogives, d'aiguilles et de flèches,

npole centrale n'a que cent dix pieds d'élé- M. Saint-Marc a conservé le caractère <lu christianisme primitif, lorsque, à peine sorti des catacombes, il n'ayant pas encore d'art formulé, de se bâtir iniv ..■<• les débris des temples antiques et les

données de V ri païen. Commencé en 979, sous le doge

.., 1,1 basilique de Saint-H

lentement inf à chaque Biècle de quelque nou-

de quelque nouvelle beauté, et, chose Bin

qui déi ange toute idée de proportion, i dé

. de chapiteaux, de ba • reliefs, d'émaux, de

lange de styl romain, bytantin,

araoe, gothique, produisentl'ensemble le plusharmonieux.

Ce temple incohérent, où le païen retrouverait l'autel de .Neptune avec ses dauphins, ses tridents, ses conques marines servant de bénitier, où le mahométan pourrait se croire dans le mirah de sa mosquée en voyant les légendes circuler aux parois des voûtes, comme des Souras du Coran, où le chrétien grec rencontrerait sa Panagia couronnée comme une impératrice de Constantinople, son Christ barbare au monogramme entrelacé, les saints spéciaux de son calendrier dessinés à la manière de Panselinos et des moines-peintres de la montagne sainte, où le catholique sent vivre et palpiter dans l'ombre des nefs illuminées du fauve reflet des mosaïques d'or la foi absolue des premiers temps, la soumission au dogme et aux formes hiératiques, le christianisme mystérieux et profond des âges de croyance ; ce temple, disons-nous, fait de pièces et de morceaux qui se contrarient, enchante et caresse l'œil mieux que ne saurait le faire l'architec« ture la plus correcte et la plus symétrique : l'unité résulte de la multiplicité. Pleins cintres, ogives, trèfles, colonnettes, fleurons, coupoles, plaques de marbre, hndsd'or et vives couleurs des mosaïques, tout cela s'arrange avec un rare bonheur et forme le plus magnifique bouquet monumental.

La façade tournée vers la place a cinq porches donnant dans l'église, et deux conduisant sous les galeries extérieures latérales; en tout, sept ouvertures, trois de chaque côté du grand porche central. La porte principale est marquée par deux groupes de quatre colonnes de porphyre et de vert antique au premier étage, et de six au second, qui supportent les retombées du plein cintre. Les autres porches n'ont que deux colonnes aussi à deux étages. Nous ne parlons ici que de la façade même, car l'épaisseur des porches est garnie d'autres colonnettes en marbre cipolin, jaspe, pentéli^ue et autres matières précieuses.

«8 VOYAGK EN ITALIE.

Noms allons examiner avec quelque détail les mosaïques et les ornements de ce merveilleux portail. En commençant par la première arcade «lu côté de la mer, nous remarquerons, au-dessus d'une porte carrée et fermée d'une grille, un placage byzantin noir et or en forme de reliquaire, avec deux anges accolés aux nervures de L'ogive. Plua haut, dans le tympan du plein cintre, se présente une grande mosaïque sur fond d'or, représentant le corps de sain! Marc enlevé des cryptes d'Alexandrie et i en fraude à la douane turque, entre deux Bêches de pore, animal immonde «pie les musulmans ont en horreur, et dont le contact les forcerait a des ablutions sans nombre. Les infidèles s'écartent avec des gestes de 1 t, et laissent emporter bêtement le corps du saint apôtre. Cette mosaïque a été exécutée sur les cartons de Pietro Vecchia, vers 1650. Dans la retombée de l'archivolte, à droite, est encastré un bas-relief antique, Hercule portant sur ses épaules la biche d'Erymanthe et foulant aux pieds l'hydre de Lerne, et, dans la retombée de gauche (au pointée vue du spectateur), par un de ces bj fréquenta à Saint-Marc, on voit l'ange Gabriel debout, ailé, nimbé et botté, s'appuyanl sur sa lance; singulier pendant au fils d'Alcméne et de Jupiter!

Ii.iii rcade est COUpée une porte non symé-

trique à l'autre. Cette porte est Burmontée d'une fenêtre

rivent deui trèfles quadrilobés et

qu'entoure un cordonnet d'émaux. La mosaïque du tym-

ut su!' fond d'or, comme toutes cell

Saint-Marc, a pour sujet l'arrivée, du corps de l'apôtre à

\ a, où il est i 'île du vai «eau par le

rincipaux de la ville; on volt le navire qui

n, !.. d'osier qui le renfermaient :

de h* tro Vecchia.

lint Démétrio . tirant .1 <lemi l'épêe du four*

j ré pri de 1 I te, d'un aspect tré

i.be, continue la li reliefs

enchâssés dans la façade de la basilique comme dans un mur du musée ..

Nous voici arrivé à la porte centrale, au grand porche, dont le contour entaille la balustrade de marbre qui règne au-dessus des autres arcades ; il est, comme cela devait être, plus riche et plus orné ; outre la masse de colonnes en marbre antique qui l'appuient et lui donnent de l'importance, trois cordons, dont deux intérieurs et l'autre extérieur, dessinent très-fortement son arc par leur saillie. Ces trois boudins d'ornements sculptés, fouillés et découpés avec une patience merveilleuse, se composent d'une spirale touffue de feuillages, de rinceaux, de fleurs, de fruits, d'oiseaux, d'anges, de saints, de figurines et de chimères de toutes sortes; dans le dernier, les arabesques jaillissent des mains de deux statues assises à chaque bout du cordon

La porte, garnie de valves de bronze constellées de mufles d'animaux fantastiques, a pour couronnement une niche avec des volets dorés, treillissés et troués à jour en manière de triptique ou de cabinet.

Un Jugement dernier de grande dimension occupe le haut de l'arcade. La composition est d'Antonio Zanchi, et la traduction en mosaïque de Pietro Spagna. L'œuvre date de 1680 environ, et a été restaurée en 1838 sur l'ancien dessin. Le Christ, qui rappelle un peu celui de Michel-Ange dans la Sixtine, fait la séparation des bons et des méchants. Il a près de lui sa divine mère et son disciple bien-aimé saint Jean, qui paraissent intercéder pour les pécheurs, et s'appuie sur sa croix que soutient un ange avec une sollicitude respectueuse. D'autres anges sonnent de la trompette à pleines joues, pour réveiller dans leur tombe les dormeurs obstinés.

C'est au-dessus de ce porche, sur la galerie qui fait le tour de l'église, que sont placés, ayant pour socles des piliers antiques, les célèbres chevaux qui ont orné un instant l'arc de triomphe du Carrousel. Les opinions sont

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très-p à leur endroit : les uns veulent que ce soit

une oeuvre romaine du temps de Néron, transportée à Constantinople au quatrième siècle; d'autres, une œuvre

pie dé nie de Chio, amenée par L'ordre de Théodose, au cinquième siècle, dans la même ville, où elle décorait l'hippodrome; et d'autres enfin affirment que ces chevaux sont de la main de Lysippe. Ce qu'il y a do certain, v\^t qu'ils Boni antiques, et que, l'an 1205, Marino Zeno, <|ui était podestat à Gonstantinople pour les Vénitiens, les fit enlever de l'hippodrome et les donna à Venise. Ce.> chevaux, de grandeur naturelle, un peu ramassés dans leur encolure, la crinière droite et coupée comme celle des chevaux du Parthénon, peuvent être classés parmi les plus beaux restes de l'antiquité. Ils sont historiques et vrais, qualité rare; leur mouvement montre qu'ils étaient atte-

quelque quadrige triomphal. Leur matière n'est pas moins précieuse que leur forme; ils sont, dit-on, en airain de Corinthe, dont on voit la patine verdâtre à travers un de dorure écaillé par le ten ps.

Lé quatrième porche offre dans sa partie inférieure la même distribution que l«' Becond. Le tympan de l'arcade est occupé par une mosaïque représentant 1<" do nateurs, les patriciens de Venise venant honorer le corps t '•' étendu sur nne châsse et recouvert d'une brillante draperie bleue ; à l'angle se i ache un groupe de Tmc- confus de B'être laissé dérober un tel trésor. Getle rae, une des plus éclatantes de Ion, a été faite par ! Ido del Pozzo, sur le de— in de Sébastien Rizzi, en forl belle. Le sénateur en robe de pourpre îi un air tout à util litianesque. Dans la retombée de l'archivolte « ] i j i avoisine le grand portail, on voit un saint byzantin, dans l'autre un an

le inconnu.-.

e porche est un dea plus curieux. Cinq pe* i treillage d'or, de découpure variée i la portion inférieure, Au [uatn

animaux évangéiiques en bronze doré, le bœuf, le lion, l'aigle, l'ange, aussi fantastiques de formes que des chimères japonaises, se jettent des regards louches, tandis qu'un cavalier étrange, sur une monture qui peut être Pégase ou le cheval pâle de l'Apocalypse, piaffe entre deux rosaces d'or. Les chapiteaux des colonnes sont aussi d'un goût plus sauvage, plus archaïque et plus touffu que partout ailleurs.

Plus haut, une mosaïque, ouvrage d'un artiste inconnu du douzième siècle, contient un tableau d'un grand intérêt, une vue de la basilique élevée pour recevoir les reli ques de saint Marc, telle qu'elle était il y a huit cents ans Les dômes, dont la perspective ne laisse apercevoir que trois, les porches de la façade ont à peu près la môme forme qu'aujourd'hui; les chevaux, récemment arrivés de Constantinople, sont déjà à leur place; l'arcade du milieu est occupée par un grand Christ byzantin avec son monogramme grec, et les autres sont remplies de rosaces, de fleurons et d'arabesques. Le corps du saint, porté sur les épaules par des prélats et des évêques, entre de profil dans l'église qui lui est consacrée. Une foule de personnages, des groupes de femmes vêtues, comme on se figure les impératrices grecques, de longues robes constellées d'émaux, se pressent pour voir la cérémonie.

La ligne de bas-reliefs disparates, dont nous avons dit les sujets, se termine de ce côté par un Hercule chargé du sanglier de Calydon et qui semble menacer un petit être grotesque à moitié enfoncé dans un tonneau. Sous ce basrelief s'allongent deux lions rampants, et, un peu plus bas, une figure antique en ronde-bosse tient une amphore renversée sur son épaule. Ce thème, donné sans doute par le hasard, a été heureusement repris dans le reste de l'édifice.

Cette rangée de porches qui forme le premier étage de la façade est bordée d'une balustrade de m?rbre blanc; le second contient cinq arcades, dont celle du milieu, plus

grande que les autres, B'arrondil derrière les chevaui de Lysipf ?, et, au lieu do mosaïque, est vitrée déterres ronds et ornée de quatre piliers antiques.

clochetons, composés de quatre colonnes à jour formant niche pour une statue d'évangéliste et d'un pinacle entoure d'une couronne dorée et surmonté d'une girouette, séparent ces arcades dont le tympan est en plein cintre, el donl les nervures s'effilent en pointe d'ogive. Les quatre mosaïques représentent l'Ascension, la Résurrection, .losus faisant sortir des limbes Adam et Eve et les patriarches, et la Descente de croix de Luigi (laetano, d'après les cartons de Maffeo Verona, en 1617. Dans les retombées des arcades sont placées des figures d'esclaves nus, de grandeur naturelle, portant sur l'épaule des urnes ci des amphores penchées comme s'ils voulaient verser u! dans quelque bassin l'eau prise à la fontaine; à s'ajustent des gouttières, et les s son! des gargouilles. Ils ont une grande variété de | < ses el mie superbe tournure.

Dam la pointe ogivale de la grande fenêtre du milieu, sur m: fond hlcn foncé semé d'étoiles, se détache le lion int-Marc, doré, nimbé, l'aile déployée, l'ongle sur un évangile ouvert où sont inscrits ces mots : Pax tthi, tvange lifta meus. 11 a l'air apocalyptique et formidable, rde la mer comme un dragon vigilant; aud de cette représentation symbolique de I èvangéliste,

fois sous sa forme humaine, se d an bout du pignon el semble recevoir les hommages dea statut cinq arcades -ont festonnées sur leur

volutes, do feuillages, do ri-

fleurons découpés en acanthe qui onl pour fleur un

ou un saint personnage en adoration. Sur chaque pi-

,. -. une statue, i uni Jean, saint , saint

1 ; Michel, i oifli s d'un nimbe en forme de

■ de l,i balustrade, il y a doux mâts

points en rougepour attacher les étendards les dimanches et les jours de fête ;-au coin du garde-fou, du côté du Campanile, est plantée une tête coupée, de porphyre sanguin.

La façade latérale, qui donne sur !a Piazzetta et touche au palais ducal, mérite qu'on l'examine. Si, malgré tout le soin et toute l'exactitude possible, notre description vous parait un peu confuse, ne nous en veuillez pas trop : il est difficile de peindre avec beaucoup d'ordre un édifice hybride, composite et disparate comme Saint-Marc. A partir de la porte de Bartholomeo, qui mène à l'escalier des Géants, dans la cour du palais des Doges, la basilique vous montre un flanc chamarré de plaques de marbre el de bas-reliefs antiques, byzantins, moyen âge, oiseaux, chimères, entrelacs, animaux de toutes sortes : lions, bêtes féroces poursuivant des lièvres; enfants engloutis à demi par des dragons qui ressemblent à la guivre de Milan, et tenant dans leur main un cartouche dont l'inscription «st presque effacée.

Une des curiosités de cet angle sont deux figures de porphyre, répétées deux fois d'une façon exactement pareille. Elles représentent des guerriers ayant à peu près le costume des croisés entrant à Constantinople , et sculptés d'une manière tout à fait primitive et barbare, comme les plus naïfs bas-reliefs gothiques. Ces hommes de porphyre, la main sur la garde de leur épée, ont l'air de se concerter pour une résolution violente : on a voulu y voir Harmodius et Aristogiton se préparant à frapper le tyran Hipparque. C'est l'opinion vulgaire. Le savant chevalier Mustoxidi y reconnaît les quatre frères Anemuria, qui avaient conspiré contre Alexis Comnène, empereur d'Orient. Ce pourraient bien être tout bonnement les quatre fils Aymon. Nous penchons vers cet avis. Selon d'autres, ces quatre bonshommes de porphyre seraient deux couples de voleurs sarrazins qui, ayant conçu le projet d'enlever le trésor de Saint-Marc, s'empoisonnèrent réciproquement pour avoir plus grosse part.

P4 TOYAGE BN 1TALTR.

Cesl de ce côté que sont plantés isolement deux gros piliers pris à l'église de Saint-Saba, à Saint-Jean d'Acre, tout couverts d'ornements bizarres et d'inscriptions en caractères cufiques assez frustes et dont le mystère n'est pas 6ien pénétré. On pou plus loin, à ['angle de la basilique, i! y a un gros bloc do porphyre en tonne de tronçon de cobnne, avec un socle et un chapiteau de marbre blanc,

ace de pilori mu- lequel on exposait autrefois les banqueroutiers. Cet usage est tombé on désuétude; niais il est rare cependant qu'on s'j assoie, et les Vénitiens, si prompts à s'établir sur lo premier socle ou sur le premier escalier iblenl l'éviter.

Une porte de bronze conduisant à la cbapello du baptistère occupe lo bas de la première arcade; elle a pour imposte une fenêtre à colonnettes, avec ogive et trèfles à quatre feuilles, deui boucliers d'émaux de couleurs vives, dont l'un est chargé d'une croix, et une rosace trouée on truelle de poisson, complètent la décoration do ce tym-

[Ue do saint Vilns dans une niche, un Igéliste louant un livre et uno plume, BC devinent

aux deui pointes inférieures de l'arcade. U*i petit fronton

coût de la Renaissance et dos plaques de marbre

blanc coupées par uno croix verte remplissent le vide du

ad porche. Un banc on brocatelle rouge de Vérone

de cette espèce de façade en épure, un Biége

ux on an rêveur qui, les pieds ou

il et li tète .1 l'ombre, d'après la méthode do Zafari,

■i rien on pense ;'« tout, en regardant à la l»

dn campanile la logette de Sansovino on la mer bleue et

: bout de la Piazzelta.

Sur les chapiteaux de rerl antique qui supportent cette

il deux n de l'Apocalypse,

entrevues par Baint Jean dans les

baiiie inations de l'Ile de Pathmos : l'un, qui a un bec

ii, comme un aigle, tient un.' petite géni

elle; l'autre, qui participe du lion

TOYAGE EN ITALIE. 95

et du griffon, enfonce ses ongles dans le corps d'un enfant posé en travers. Une des serres semble crever l'œil de la victime.

L'angle est formé par une colonne détachée et trapue, qui porte un faisceau de cinq colonnettes sur son large chapiteau. A la voûte de ce portail à jour et recouvert d'un placage de marbres variés, il y a un aigle en mosaïque, tenant un livre entre les serres.

Le second étage nous montre sur les pignons des arcades deux statues de vertus cardinales d'une belle tournure : la Force caressant un lion familier qui se dresse comme un chien joyeux, et la Fermeté tenant une épée d'un air de Bradamanle. Le sacristain baptise l'une du nom de Venise, et l'autre de reine de Saba.

Des incrustations de malachite, des émaux variés, deux petits anges de mosaïque déployant le linge qui garde la divine empreinte, une grande madone barbare présentant 6on fils à l'adoration des fidèles et flanquée de deux lampes qui s'allument chaque soir ; un bas-relief de paons déployant leur queue, venant peut-être d'un vieux temple de Junon ; un saint Christophe chargé de son fardeau, des chapiteaux tressés en corbeille et du plus charmant caprice : voilà les richesses que présente cet angle de la basilique aux promeneurs de la Piazzetta.

L'autre face latérale donne sur une petite place, prolongement de la Piazza. A l'entrée de cette place sont accroupis deux lions de marbre rouge, cousins germains de ceux de l'Alhambra par la fantaisie ignorante de leurs formes et la férocité grotesque de leurs mufles et de leurs crinières ; ils ont acquis un poli prodigieux, car depuis un temps immémorial les petits vauriens de la ville passent leurs journées à grimper dessus et s'en servent comme de chevaux de voltige. Au fond s'élève le palais du patriarche de Venise, de construction récente, assez maussade avoir, s'il ne disparaissait dans l'ombre de Saint-Marc; et, sur le flanc, l'ancienne façade de l'église de San-Basso.

M VOYAGE EN TTAT.TK.

Ce côté es! un peu moins chargé que l'autre : il est plaqué de disques, de mosaïques et d'émaux, de cadres,

d'arabesques de tous tes temps et de tous les pays, iux, paons, aigles à formes bizarres, comme les aierions et les merlettes du blason. le lion de Saint-Marc joue aussi son rôle dans celte ménagerie symbolique : le vide des porches est rempli, soit par de petites fenêtres entourées de palmes et d'arabesques, soit par des incrustations de fragments antiques ou byzantins; dans ces médaillons sont sculptés des hommes et des animaux luttant. En y regardant bien, on y trouverait peut-être le taureau mithriaquo frappé au col par le sacrificateur, pour qu'aucune religion ne manque à ce temple naïvement panthéiste. Mais, à coup sûr, voilà Cérès qui cherche sa fille, un pin brûlant dans chaque main pour Qambeau, et montée sur un char attelé de deux dragons cabrés. On dirait une idole hindoue, tellement le style en est archaïque

pelle les sculptures persépolitaines. C'est un étrange pendant pour un sacrifice d'Abraham en bas relief, qui doit remonter aui premiers temps de l'art chrétien.

Un autre bas-relief composé de deux files de moutons, six de chaque côté, regardant un trône et séparés par deux branches de palmier, nous a fort préoccupé, car

.niions voulu savoir ce qu'il signifie, et nous avons

l ut de vains efforts pour déchiffrer l'inscription en lettres gothiquei ou grecques abréviées qui en indique sans doute le sujet. Os moutons sont peut-être des vachi i le bas-relief aurait pour sujet le son-.' de Pharaon. On fragment antique, encastré dans le mur un peu plus

loin, montre une initiée aux nr posant

:me sur Ja palme mystique, C€ qui n'empêche

I i ai rej dans l'archivolte sur son

et les quatre évangélistes, saintMarc,

saint ] tint Matthieu, de continuer leur

n in ii' nr le tympans, les pignons el les voûtes, seuls

, u inimaui symboliqui

Le porche qui ouvre dans le bras de la croix formée par la basilique est entouré d'une épaisse nervure fouillée, tvidée, ciselée, charmante floraison de rinceaux, de feuillages et d'anges ; une délicieuse Vierge sert de clef de route ; au-dessus de la porte se contourne une ogive en cœur, échancrée à la base comme celles de la mosquée de Cordoue, fantaisie arabe corrigée à temps par une jolie Nativité toute chrétienne et d'un sentiment trèsonctueux. Au delà, nous a avons à mentionner qu'un saint Christophe, des apôtres et des saints dans des cadres de marbre blanc et rouge, en damier, et une jolie Notre-Dame de face, les mains ouvertes comme pour en laisser tomber les bénédictions, entre deux anges agenouillés qui l'adorent.

Nous avons, dans notre description, parlé d'une tête de porphyre enchâssée dans la balustrade, au-dessus du tronçon de colonne sur lequel on faisait asseoir les banqueroutiers. Suivant un conte populaire, dont nous ne garantissons nullement l'exactitude, le comte Carmagnola, après de grands services rendus à la république, ayant voulu s'emparer du pouvoir, pour concilier la justice et la reconnaissance, le conseil des Dix le fil décapiter et lui éleva un monument qui consiste en ce socle et cette tête de porphyre, étrange statue dont le corps manque et dont la tête, sur cette balustrade, semble exposée comme dans une cage un chef de malfaiteurs ; mais le pilori est Saint-Marc, le lieu sacré, le Capitole et le palladium de Venise. Quand il fallut mettre le héros à la torture pour obtenir de lui les aveux nécessaires, dans les idées du temps, à sa condamnation, on respecta ses bras, qui avaient combattu vaillamment pour l'État, et on lui mit le feu à la plante des pieds, mélange de déférence et de cruauté qui s'accorde assez bien avec la légende.

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