QUI M'ENCOURAGENT A FAIRE CE VŒU
1° Je ne trouve pas plus de peine à observer tout ce que ce vœu renferme, qu'un homme, porté naturellement au plaisir, en doit avoir à garder la chasteté, laquelle l’engage à tant de combats et à tant de vigilance;
2° Dieu, qui a inspiré nos règles à Saint Ignace, a prétendu qu’elles fussent observées. Il n’est donc pas impossible de le faire, non pas même d’une impossibilité morale. Or le vœu, bien loin d'en rendre l’observation plus difficile, la facilite au contraire, non seulement parce qu'il éloigne les tentations, par la crainte de commettre un péché grief, mais encore parce qu'il engage Dieu à donner de plus forts secours dans l’occasion;
3° Berchmans a passé cinq ans en la Compagnie, sans que sa conscience lui reprochât linfraction d’auçune règle. Pourquoi, avec la grâce
AU
de Dieu, ne le ferai-je pas, en un âge où l’on doit avoir plus de force et où on est moins exposé aux respects humains qui sont les plus dangereux ennemis qu'on ait à combattre;
4° Je n’appréhende pas que cela m'ôte le repos de l’âme et me soit une pierre de scandale. Pax multa diligentibus legem tuam et non est illis scandalum. C’est un article de foi, et, par conséquent, plus on aime cette loi, plus on se trouve tranquille. Ambulabo in latitudine, quia mandata tua exquisivi. Le soin exact d’obéir aux plus menues observances met l’esprit en liberté, au lieu de lui causer de la contrainte;
5° Il me semble que, depuis quelque temps, je vis à peu près comme je serai obligé de vivre après ce vœu. C’est plutôt par le désir de nr’engager à persévérer que par celui de faire quelque chose de nouveau et d’extraordinaire; que j'ai pris cette pensée;
6° II me semble que la seule pensée de faire ce vœu me détache des choses du monde, à peu près comme si Je sentais la mort s'approcher;
1 Je ne m’appuie, ni sur ma résolution, ni sur mes propres forces, mais sur la bonté de Dieu, laquelle est infinie, et sur sa grâce, qu'il ne manque Jamais de communiquer abondamment
et d'autant plus qu'on s'efforce de faire davantage pour son service. Non delinquent omnes qui sperant in e0;
8° Il me semble que cela ne m'engage qu’à un peu plus de vigilance que je n’en ai; car, à cette heure même, il me semble que je ne voudrais pas rompre aucune de ces règles de volonté délibérée ; |
9 Pour aller au-devant des scrupules, je puis ne m'engager à rien dans le doute;
10° Je puis m’engager sous cette condition que si, après quelque temps je trouve que ce vœu me cause du trouble, l'engagement cessera; sinon, qu'il ne finira qu'avec ma vie:
11° Quand on a congé, on ne rompt point la règle, du moins lorsqu'il s’agit d’une règle extérieure, car il faudrait être bien malheureux pour aimer mieux rompre une règle et déplaire à Dieu, quand même il n’y aurait pas d'obligation de péché mortel, que de dire un mot au supérieur;
12° Je ne prétends pas être obligé à rien, en toutes les occasions où un autre pourrait se dispenser de la règle sans rien faire contre la perfection ;
13° La pensée de cet engagement me réjouit, bien loin de m’effrayer. Il me semble que, bien
loin de me rendre esclave, je vais entrer dans le royaume de la liberté et de la paix. L’amour propre n’osera plus me chicaner, lorsqu'il y aura un si grand péril à suivre ses mouvements. II me semble que je touche à mon bonheur et que j'ai enfin trouvé le trésor pour lequel 1l faut tout donner;
14 Ce n’est point une ferveur passagère; 11 v a longtemps que je médite ce dessein; mais Je m'étais toujours réservé de l’examiner à fond en cette rencontre, et plus le temps s'approche de l’exécuter, plus j'y découvre de facilité et plus je me sens de force et de résolution;
15° Nonobstant tout cela, j'attendrai la résolution de Votre Révérence avant que de passer outre. C’est pourquoi je la supplie d'examiner un peu cet écrit et de faire réflexion surtout à ces dernières considérations, dans lesquelles elle trouvera peut-être les marques de l'esprit de Dieu. Sinon, elle n’a qu’à me dire qu’elle ne juge pas à propos que j'exécute ce projet, et j'aurai pour son sentiment le même respect que je dois à la parole de Dieu.
Le directeur, dans les mains de qui ce projet fut mis, était extrémement sage, d’une vertu exemplaire, d’une grande droiture d’âme et d’une