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longue expérience dans la direction. Il examina cet écrit avec beaucoup d'attention et, persuadé que le Père La Colombière pourrait aller, avec la grâce de Jésus-Christ, à ce degré de perfection, où il vivrait, il n'eut pas de peine à lui permettre de prononcer son vœu. Le serviteur de Dieu voua donc tout ce qui était contenu dans son projet. Après quoi il ne se sentit point plus gêné qu'auparavant et 1l n’eut jamais de scrupule sur l'observation des lois rigoureuses qu'il s'était faites. Ceux qui ont demeuré avec lui et qui ont appris, depuis sa mort, ce qu'il avait voué, portent aussi témoignage qu'ils ne l’ont jamais vu se démentir de sa promesse dans la moindre chose. Je ne dois rien ajouter à cela.
On le tira de ce second noviciat et on l’envoya à Paray, ville du duché de Bourgogne, pour y gouverner la résidence de la Compagnie. Il y vécut en apôtre et les peuples de la province lhonorèrent comme un saint. Aussi ne ménageait-il, ni son repos, ni ses forces, ni sa vie, pour travailler à leur salut. Il sut si bien profiter de leur respect et de leur confiance, qu'il soumit à Dieu tous les esprits et tous les cœurs que son honnéteté, sa douceur, ses discours et ses exemples lui avaient gagnés à lui-même. La Pro-
vidence a permis qu'il soit retourné dans ce méme lieu pour y mourir. La grande idée qu'on avait conçue de sa vertu éclata, à sa mort, par des témoignages singuliers de vénération. Le magistrat demande son corps pour lui consacrer un monument dans l’église de la paroisse. Le supérieur de la résidence ne jugea pas à propos de priver notre église de ce trésor précieux. On lui rendit avec empressement ces honneurs qui distinguent la sainteté; et, aujourd’hui, son tombeau est comme le dépositaire des vœux et de la piété des fidèles d’alentour. ,
Tandis que le Père La Colombière donnait tant de gloire à Dieu dans sa résidence, ses supérieurs songealent à ouvrir un champ plus vaste à son zèle et à ses rares talents. Mais Dieu avait des desseins sur lui : il voulut disposer lui-même de son serviteur. On souhaite dans ce temps d’avoir un Jésuite pour prédicateur à la chapelle de Son Altesse Royale, Madame la Duchesse d’York, et le Révérend Père de la Chaise, confesseur du roi, fut prié de le nommer. Comme il avait une grande estime pour le Père La Colombière, il n’hésita point à le choisir pour un emploi si important. On a sujet de croire que tout cela ne se fit pas sans une inspiration par-
üculière du ciel. Le Père La Colombière fut aussitôt prêt à partir et il alla en Angleterre comme un homme qui n'avait d’autres intérêts que ceux de Dieu. Quoique Messieurs ses parents ne fussent pas bien éloignés, il ne voulut point les voir avant son départ. Il ne déclara à personne le choix qu'on avait fait de lui; il n’en écrivit à qui que ce soit. Son indifférence pour toutes sortes d'emplois et le plaisir d'exécuter l’ordre qu'il avait reçu furent tous les préparatifs de son voyage.
Il trouva à Londres, de nouveaux sujets d'exercer des vertus sublimes de la pratique desquelles il s'était fait, par son vœu, une obligation indispensable: et Le désir qu'ilconçut d’avoir quelque part aux maux qui menaçaient les catholiques d'Angleterre servit encore d’aiguillon à son ardeur dans le service de Dieu. Celui qui écrira ses actions ne sera pas en peine de soutenir son ouvrage par de grandes choses, s’il raconte les effets éclatants de son zèle, de sa prudence et de sa piété, s'il parle des apostats qu'il a ramenés à l'Eglise, des catholiques qu'il a tirés du grand monde, des impies qu'il a touchés, qu'il a convaincus par ses discours pleins de force et de sagesse. Ce qu'il a entrepris, le succès de son
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entreprise, toute la suite de son ministère fournira une belle matière à son historien. Sans m'engager à un dénombrement si long, je recueillerai seulement quelques actions, peu considérables en apparence, mais que les personnes spirituelles sauront estimer et sur quoi elles pourront former quelque idée des traits plus remarquables que je ne raconte pas.
Le Père La Colombière eut son logement, à Londres, dans le palais du roi. Il n’entra toutefois que dans les endroits par où 11 fallait passer pour se rendre à l’appartement de Madame la Duchesse d’York. Sa chambre avait vue sur la place devant le palais, et jamais 1l ne s’approcha de la fenêtre, jamais il ne jeta les yeux sur les objets divertissants qu'elle lui présentait. Il est sorti de Londres sans avoir assisté à aucun spectacle, sans avoir vu la moindre curiosité de la ville, sans avoir été une seule fois à la promenade. Il n’y a visité que des malades ou des personnes à qui il espérait d’être utile. Il n’y a même conversé qu'avec ceux qui le consultaient pour les affaires de leur salut.
Tous les moments de la journée lui apportaient quelque nouvelle peine et, comme il cherchait lui-même de quoi se mortifier sans cesse,