XXX VI
aux derniers vœux. On y voit une candeur admirable, les sentiments dela plus éminente perfection. » (1)
Sous le titre de Sermons du P. de la Colombière, les dix premières éditions comprennent vingt-deux sermons sur les mystères et les fêtes de Notre-Seigneur, deux sermons pour le jour des morts, onze sermons sur les fêtes de la Sainte Vierge, les panégyriques de Saint Joseph, de Saint François de Borgia, de Saint Bonaventure, de Saint Étienne et de Saint Jean- Baptiste, un sermon de vêture et un de profession, trente-six sermons sur diverses vérités chrétiennes, loraison funèbre de Madame de Nérestang, abbesse de la Bénissons-Dieu, et dix méditations prêchées à Londres les vendredis de carême.
C’est en premier lieu à ces compositions que s’adressent les éloges décernés aux écrits du V. P. de la Colombiére ; ce sont elles qui l’ont rendu célèbre dans toute l'Europe. Monsieur de la Barmondière demanda hardiment à Monsieur Dugas si ces sermons égalaient ceux de Bourdaloue. Son ami lui répondit: « Vous me demandez si les sermons du P. de la Colombière ont la force, la profondeur, l’éloquence de ceux de Bourdaloue. Non, sans doute; mais, en revanche, beaucoup d’onction, de douceur et d’insinuation. »
Et c’est, pensons-nous, à cause de ce caractère des sermons plus accommodé aux besoins de la masse des fidèles, qu'un autre grand orateur, le P. de Ravignan,
(1) Correspondance manuscrite de M. Dugas et de M. de la Barmondière.
n'a pas craint de dire du V. P. de la Colombière : « C’est le roi des prédicateurs. »
Son premier historien, et plusieurs auteurs qui ont embrassé son sentiment, reconnaissent que « ses grandes occupations ne lui ont pas permis de donner à ses sermons toutes les grâces dont il était capable de les embellir et de les mettre dans cette perfection où il pouvait les porter. » (1) Mais les sujets sont traités d’une manière solide et édifiante. « Tout y respire la piété la plus tendre et la plus vive. Il y en a peu qui aient ce mérite dans un degré égal. » (2)
Un homme qui avait étudié de près les ouvrages du V. P. de la Colombière exprimait comme il suit son sentiment : &« Parmi ceux qui ont écrit dans ces derniers temps sur la morale chrétienne, on en voit qui excellent, les uns par la solidité du raisonnement, d’autres par la vivacité de l'imagination, presque tous par l’élégance de la composition, presque aucun par l’onction des sentiments. La réunion de tous ces caractères ne s'aperçoit guère nulle part, du moins autant que dans le P. de la Colombière. Profond, quand il raisonne, plein de feu, quand il peint, de douceur et de justesse, quand il expose; toujours il mêle l’onction à la profondeur de ses raisonnements, à la vivacité de ses images, à la noble simplicité de ses détails; et c'est ce qui forme cette manière d'écrire touchante et pathétique qui le caractérise. » (3)
(1) Préface déjà citée, p.
(2) P. Richard, O. P. Dictionnaire universel. (3) Préface de l'édition de 1757.
Heureux serions-nous si nous pouvions faire partager à nos lecteurs notre intime conviction que le V. P. de ia Colombière fut, et l’un des plus grands saints du xvue siècle, et un grand orateur, et un littérateur de mérite plus qu'ordinaire. Les lettrés puiseront dans son commerce des leçons de bien dire. Les prédicateurs pourront apprendre de lui l’art d'éclairer les intelligences et de toucher les cœurs de ceux qui les écoutent. Et les fidèles, illuminés par les pensées et réchauffés par les affections du parfait Ami du Cœur de Jésus, goûteront mieux les choses du ciel et pratiqueront plus facilement la générosité par laquelle les enfants de Dieu doivent répondre ici-bas à la libéralité infinie de leur Père qui règne et qui les a destinés à régner avec lui dans les cieux. |
Marseille, le 15 février 1902.