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pureté de langage et sans leur donner cet arrangement qu'un esprit bien fait cherche partout. Aussi, en parlant il ne lui échappait jamais d'expression basse ou mauvaise et celui qui l'écoutait n'était jamais embarrassé. Jose dire qu'il était un des hommes du royaume qui entendait le mieux notre langue. Je le dis sur le témoignage de Monsieur Patru, qui, accoutumé lui-même à être admiré, admirait les réflexions du Père La Colombière touchant les secrets les plus fins du style français. Cet excellent maitre dans l'art d'écrire et de parler a entretenu, durant plusieurs années, un commerce de lettres avec lui et, quand il lui écrivait, 11 lui donnait toujours des marques particulières de son estime : il semblait le consulter, lorsqu'il répondait à ses difficultés sur la langue.
Il est aisé de conjecturer quelles étaient les manières d’un homme qui avait ce caractère d'esprit. Son honnêteté et sa douceur accompagnaient tous ses mouvements et elles avaient quelque chose de si noble qu’elles relevaient les moindres de ses actions. On se laissait volontiers persuader qu'il avait de grands sentiments, lors même qu'il s’acquittait des devoirs ordinaires dans le commerce des hommes. Il savait plaire,
quand la bienséance lui permettait d’être agréable, et son sérieux grave et modeste n’avait rien de farouche et de rebutant. Si l'intérêt de la vérité l'obligeait à abandonner le sentiment des autres dans la conversation, il proposait sa pensée avec tant de circonspection et de respect, et tout ensemble avec tant de pénétration, de force et de bon sens qu'il engageait ordinairement tout le monde dans son parti, sans que personne se choquât d’être obligé d’y entrer. On eût dit qu'il songeait à apprendre, quand il enseignait. Son silence, son entretien, son maintien, son action, tout son extérieur était si peu gêné et si concerté, qu'en toute rencontre il paraissait un honnête homme et un parfait religieux.
Mais il ne faut pas s'étonner qu'il se possédât toujours assez pour prévenir toutes ces saillies qui surprennent quelquefois les plus modérés et les dérobent à eux-mêmes. C'était sa vertu qui réglait sa conduite et qui répandait dans toutes ses manières cet air qui charmait et qui édifiait également tous ceux qui avaient quelque accès auprès de lui. Son visage marquait toujours quelque pensée forte et sainte et une application singulière à l'étude de la perfection. Pénétré de la grandeur de Dieu et du néant des créatures,