NI
suivre dans les emplois de régent, de directeur et dans les autres fonctions, à quoi sa profession l’engageait. Et pour peu que je voulusse examiner son procédé, je trouverais, dans toutes ses démarches, des signes visibles d'un détachement incroyable des choses du monde, d’une spiritualité consommée et d’une grande sainteté. Car il avait l'œil à tous les mouvements de son cœur et il se défendait avec beaucoup de rigueur tout ce qui pouvait satisfaire en quelque manière son amour propre. On pourra juger, par ce trait particulier, jusqu'où il portait sa mortification. Il aimait extrêmement l'harmonie et il prenait plaisir à chanter. Cette inclination ne pouvait pas échapper à sa vigilance. S'en étant aperçu, il s’obligea, par vœu, à ne jamais la contenter et il ne chanta jamais plus. Mais ce n’est pas mon dessein d'étendre fort loin le caractère qu’on n’a obligé de tracer. Un jour peut-être la vie de cet illustre mort lui donnera un rang considérable dans l’histoire des Jésuites et ce n’en sera pas l’endroit le moins éclatant. Il me suffit maintenant de dire que ce serviteur de Dieu avait une idée fort vaste, mais fort juste, de la perfection, ‘et qu’il agissait selon l'étendue et la pureté de ses lumières pour y arriver.
RE Vi
Le Père La Colombière était à peu près tel que je viens de le représenter par cette ébauche, lorsque ses supérieurs le mirent dans les dernières épreuves qu'on a coutume de faire en la Compagnie durant une troisième année de noviciat. C’est là qu'il fit une étude encore plus réguhère et plus exacte d’une vertu héroïque. C’est là qu'il forma ces résolutions dont l'exécution l’a porté si avant dans le chemin de la sainteté et si loin des premiers vestiges qu'il y avait imprimés dès sa jeunesse.
Pour comprendre une vie tout à fait‘sainte en peu de paroles, je n'ai qu'à rapporter le vœu qu'il fit avec la permission de son directeur. Ce vœu est capable d’effrayer les plus spirituels, et je ne sache pas qu'il s’en soit jamais fait, du moins parmi les Jésuites, qui engage un religieux à une perfection plus éminente. Ceux qui ont quelque connaissance de leurs Constitutions auront, si je ne me trompe, la même pensée que moi : et les autres ne laisseront pas d'admirer ce qu'ils ne comprendront peut-être qu’à demi. J'avais cru d’abord qu'il serait mieux de publier ce vœu en abrégé et de retrancher, dans l'écrit où il est contenu, les endroits qui touchent certaines règles en général et qui pouvaient faire