‹ Œuvres complètesChapitre 102 sur 475 · Voyez une des notes de la lettre · texte numérisé non relu

Voyez une des notes de la lettre

3. Voltaire, parlant des revers du roi de Prusse, dit qu'il a rendu enfin lelivre de poésie, par allusion aux mauvais traitements que Freytag avait fait essuyer à Voltaire sous prétexte de ravoir l’œuvre de poésie.

J'espère que vous verrez bientôt M" de Fontaine, qui a été sur le point de mourir aux Délices pour avoir abusé de la santé que Tronchin lui avait rendue, et pour avoir été gourmande. M. le maréchal de Richelieu me mande que ce qui paraît faisable à votre amitié et à la bonté de votre cœur ne l’est guère à la prévention. Je m'en suis toujours douté, et je crois connaître le terrain. Il faut que votre archevêque reste à Conflans, et moi aux Délices ; chacun doit remplir sa vocation. La mienne sera de vous aimer, et de vous regretter jusqu’à mon dernier moment.

On me mande qu’il y a une édition infâme de la Pucelle!, que cet honnête homme de La Beaumelle avait fait imprimer, et qu’on débite dans Paris ; mais heureusement les mandements font plus de bruit que les Pucelles.

Vous ne m'avez jamais parlé de l’état de M. de La Marche. Je voulais qu’il vint se mettre entre les mains de Tronchin, mais on dit qu’il est dans un état à ne se mettre entre les mains de personne. O pauvre nature humaine ! à quoi tiennent nos cervelles, notre vie, notre bonheur! Portez-vous bien, vous, Mr: d’Argental, et tous les anges; et conservez-moi une amitié qui embellit mes Délices, qui me console de tout, et qui seule peut me rendre quelque génie.

Aux Délices, près de Genève, 2 novembre.

Madame, Votre Altesse sérénissime daigne m’envoyer le détail des malheurs qui environnent vos frontières. Ils ne pénètrent point jusqu’à vos États, et c’est une grande consolation. Qui sait même si la fortune, qui change si souvent la face de la terre, ne pourrait pas amener les choses au point que la branche aînée? reprit les droits dont Charles-Quint l’a dépouillée autrefois? Je ne souhaite de mal à personne; mais il m’est permis de souhaiter du bien à l’héroïne à laquelle je suis si attaché. Mais, probablement, tout se bornera à du sang répandu dans les gorges de la Bohème, et à de l’argent pris dans la Saxe. On dit que les Saxons payent au soldat prussien sept groschen par jour et un richdaller à chaque officier. Il faut fournir encore toutes les provisions, qui sont immenses; et, quelque ordre que le roi de Prusse mette

1. Il est douteux que La Beaumelle ait été l'éditeur de la Pucelle. (B.) 2. Éditeurs, Bavoux et François.

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