Mémoires de Lekain, page
oncle Alzire, Zaire, Mérope, afin de lui donner envie de vous donner encore une pièce. Pensez à cela; nous saurons nos rôles à votre arrivée, et nous surprendrons tout le monde : pensez-y sérieusement ; mais gardez-moi un secret inviolable, je vous le demande en grâce. Adieu, monsieur, soyez bien sûr que personne ne vous admire avec plus de plaisir que moi.
Denis.
A Monrion, 4 février.
Je ne sais si mon héros aura déjà recu un fatras d'histoire qui commence à Charlemagne, et même plus haut, et qui finit par le vainqueur de Mahon!. Vous n'aurez guère, monseigneur, le temps de lire dans votre année d’exercice ?; cet exercice a éte violent dans ces dernières horreurs. Vous voyez des choses bien extraordinaires, mais vous en verrez des exemples dans Île fatras que j'ai l'honneur de vous envoyer. Il est en feuilles. Je n'ai point de relieur à Monrion, et je crois que vos livres ont une reliure particulière.
Le roi de Prusse vient de m'écrire une lettre* tendre ; il faut que ses affaires aillent mal. L’autocratrice* de toutes les Russies veut que j'aille à Pétersbourg. Si j'avais vingt-cinq ans, je ferais le voyage.
Lekain veut en faire un; et il se flatte que vous lui donnerer permission d’aller prêcher à Marseille à Pâques‘. Je n’ose vous en supplier. Il n'appartient point à un Suisse de parler des acteurs de Paris. Ce n’esi pas assurément le temps de parler de comédie : il y a des tragédies bien abominables en France, qui prennent toute l'attention. Ce pauvre marquis d’Argenson, que vous appeliez le secrétaire d'État de la république de Platon, est donc mort‘? Il était mon contemporain: il faut que je fasse mon paquet. Jouissez, mon héros, de votre gloire et d’une vie heu-
1. Les éditions de 1756 et 1757 de l'Essai sur l'Histoire générale (ou Essai sur les Mœurs) comprenaient, comme Beuchot l’a dit dans son Avertissement «2 tête de l’Essai sur les Mœurs (tome XI), le Siècle de Louis XIV ; les événemects ÿ étaient conduits jusqu’en juin 1756. C'était au chapitre cxCvI que se trouvait ‘e passage dont Voltaire parle ici, et qu'il a replacé, sauf quelques mots, dans .e chspitre xxx du Précis du Siècle de Louis XV ; voyez tome XV, pages 338-340.