‹ Œuvres complètesChapitre 161 sur 475 · Burigny s’en est peut-être servi · texte numérisé non relu

Burigny s’en est peut-être servi

À Monrion, près de Lausanne.

Votre dernière lettre, monsieur, est remplie de goût et de raison. Elle redouble l'estime et l’amitié que vous m'avez inspirées. Il est vrai qu’il y a bien des charlatans de physique et de littérature dans Paris; mais vous m’avouerez que les charlatans de politique et de théologie sont plus dangereux et plus haissables. L'homme‘ dont vous me parlez est du moins un philosophe ; il est très-savant, il a été persécuté : il est au nombre de ceux dont il faut prendre le parti contre les ennemis de la raison et de la liberté. |

Les philosophes sont un petit troupeau qu'il ne faut pas laisser égorger. Ils ont leurs défauts comme les autres hommes; ils ne font pas toujours d'excellents ouvrages; mais, s'ils pouvaient se réunir tous contre l'ennemi commun, ce serait une bonne affaire pour le genre humain. Les monstres, nommés jansénistes et molinistes, après s’être mordus, aboient ensemble contre les pauvres partisans de la raison et de l'humanité. Ceux-ci doivent au moins se défendre contre la gueule de ceux-là.

On m'avertit que le libraire Lambert achève d'imprimer un énorme fatras; et dans ce chaos il y a quelque germe de philosophie. Je me flatte qu’il vous le présentera ; il me fera un trèsgrand plaisir de vous donner cette faible marque des sentiments que je vous dois. Cette philosophie dont je vous parle exclut les formes visigothes de votre très-humble. Je vous embrasse.

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