Éditeurs, de Cayrol et François
2, On venait d'établir des loteries en se passant des parlements. 3. Éditeurs, de Cayrol et François.
mieux, et qui sont employés et récompensés. Ce siècle-ci est plus fécond en loteries qu’en grands hommes : il y aura toujours des jeunes gens qui rempliront les grandes places, il n’y en aura pas qui aient votre gloire. C’est surtout chez les étrangers que cette gloire est mise à son prix : la cabale et l'envie ne peuvent séduire ceux qui sont sans intérêt, et qui n’en croient que les faits et la renommée. Je voudrais que vous entendissiez les voyageurs que je vois quelquefois dans mes ermitages allobroges et suisses: vous seriez content d’eux et de vous ; mais quoique vous puissiez avoir quelques jaloux en France, vous devez y avoir bien peu de rivaux, et je doute qu’il y ait beaucoup d'hommes que le public ose placer à vos côtés. Vous prétendez qu’il n’y a de bon que la santé; je sens mieux que vous, mon héros, de quel prix elle est, puisque je l’ai perdue; mais, de grâce, comptez la gloire dont vous jouissez pour quelque chose. Achille, dans Homère, dit que la gloire est une chimère, quand il est en colère; mais, dans le fond de son cœur, il l’aime à la folie.
Le Salomon du Nord en aura beaucoup, je parle de gloire et non de folie, s’il se tire du précipice sur le bord duquel il s’est mis; il y est avec plus de deux cent mille hommes, et c'en est assez pour attendre les événements. Les Russes ne paraissent point : il semble fort difficile aux Aütrichiens de pénétrer dans les défilés de la Silésie, de la Lusace, et de la Saxe. Je crois que vos troupes pourront aller sans obstacles jusqu’au fond de la Westphalie, et c’est assurément une grande perte pour lui. Il vous attend peutêtre à Magdebourg : s’il vous donne bataille dans les plaines, auprès de cette ville, il paraît qu’alors il joue un jeu avantageux: car, s’il est battu, il couvre tout son pays par delà Magdebourg: et, s’il vous arrive un malheur, où sera votre retraite?
Il faut que j'aie une terrible confiance en vos bontés pour oser vous dire les rêveries qui me passent par la tête. Pardon, monseigneur, si moi, qui ne connais que les événements passés, et encore assez mal, j'ose parler ainsi du présent devant vous. C'est à celui qui a fait de grandes choses à juger de la grande scène qui s'ouvre. La pièce est belle et bien intriguée: si vous étiez acteur, je répondrais du cinquième acte.
M Denis et moi nous sommes réunis toujours dans nos transports pour vous.
Recevez les tendres respects du Suisse, etc.
3352. — A MADAME LA DUCHESSE DE SAXE-GOTHA t.
Aux Délices, près de Genève, 21 avril.
Madame, la bonté de votre cœur vous fait regretter un ministre?, et celle de votre esprit vous met en état de vous passer de tout ministre. Votre Altesse sérénissime saura conserver en paix ses États dans la guerre qui les environne. On dit que le Hanovre donne enfin l'exemple de la neutralité; si cela est vrai, c'est une nouvelle bien importante. Je voudrais espérer, pour l'intérêt du genre humain, que cette neutralité pût acheminer à une bonne paix. Mais l’armée française, dans le pays de Clèves et dans Wesel, ne permet pas de douter qu’il n’y ait à présent d’autre chemin à la paix que celui de la gperre.
J'avoue que j'ai peine à voir la véritable raison pour laquelle le roi de Prusse a évacué une place telle que Wesel. Elle me parut, il ya quelques années, très-bien fortifiée : rien n’y manquait; elle pouvait arrêter une armée au moins six semaines. A-t-il eu un besoin pressant de ses troupes qui gardaient cette place? ou veut-il attirer les Français en Westphalie, et peut-être sous Magdebourg, pour leur livrer bataille avec avantage ? Je me garderai bien de vouloir rien deviner. Votre Altesse sérénissime pourrait m'éclairer, si elle daignait m'honorer de ses lumières ; mais jusque-là, je suis dans une entière obscurité.
On fait plus de libelles en vers et en prose contre le roi de Prusse qu'il n’y a de régiments qui marchent contre lui. Je me flatte qu’il ne me soupçconnera d'aucun de ces indignes ouvrages. Il m'a rendu toutes ses bontés: il sait combien je le respecte ; et heureusement il a trop de goût pour m’imputer ces sottises, qui sont indignes d’un honnête homme, et même d’un écrivain médiocre.
Ce n’est point aux particuliers à se mêler des querelles des princes. La seule chose dont je me mêle, madame, est d’être attaché pour ma vie à Votre Altesse sérénissime et à toute votre auguste maison, avec le plus profond et le plus tendre respect.
Elle me permet de ne pas oublier la grande maîtresse des cœurs ?.