Der Freymtthige, Berlin, 1803, pages 89 et
heur des Français, etapplaudir à vos admirables actions, plaindre les vaincus et vous féliciter.
Je supplie Votre Majesté de daigner me faire parvenir une relation. Vous savez que depuis plus de vingt ans votre gloire en tout genre a été ma passion. Vos grandes actions m'ont justifié. Souffrez que je sois instruit des détails. Accordez cette grâce à un homme aussi sensible à vos succès qu’il l’a été à vos malheurs, qui n’a jamais cessé un moment de vous être attaché, malgré tous les géants dont on disséquerait la cervelle, et malgré la poix résine dont on couvrirait les malades.
Je ne sais si une âme exaltée prédit l'avenir. Mais je prédis que vous serez heureux, puisque vous méritez si bien de l'être.
Aux Délices, novembre.
Mr Denis est malade, mon cher ami; je lui lis, d’une voix un peu cassée, vos histoires amoureuses d'Égypte et de Syriet, Vous faites nos plaisirs dans notre retraite. M”° Denis est, à la vérité, un peu paresseuse; mais vous savez qu’une femme qui souffre sur sa chaise longue, au pied des Alpes, a peu de choses à mander ; c’est à vous, qui êtes au milieu du fracas de Paris, au centre des nouvelles et des tracasseries, à consoler les malades solitaires par vos lettres. Nous avons renoncé au monde; mais nous l’aimerions si vous nous en parliez. Nous pensons qu’un homme qui écrit si bien les aventures syriaques et égyptiennes pourrait nous égayer beaucoup avec les parisiennes: mais vous ne nous en dites jamais un mot. Cela refroidit le zèle de M Denis: elle dit qu’elle s'intéresse presque autant à ce qui se passe entre Mersbourg et Weissenfeld qu’à ce qui s’est fait à Memphis. Nous sommes consternés de la dernière aventure. Ma nièce croyait que cinquante mille Français pourraient la venger des quatre baïonnettes de Francfort. Elle s’est trompée.
Elle vous fait mille tendres compliments ; et je vous renouvelle, du fond de mon cœur, les sentiments qui m'’attachent à vous depuis si longtemps.
Nous avons une comédie nouvelle, que nous jouerons à Lausanne ; y voulez-vous un rôle ?
1. Les Dangers des passions (par Thibouville), 1758 (fin 1757), deux volumes in-12. (B.)
3456. — À DOM FANGÉ!,
ABBÉ DE SÉNONES. 20 novembre.
Il serait difficile, monsieur, de faire une inscription digne de loncle et du neveu: à défaut de talent, je vous offre ce que me dicte mon zèle :
Des oracles sacrés que Dieu daigna nous rendre, Son travail assidu perça l'obscurité ;
Il ft plus : il les crut avec simplicité,
Et fut, par ses vertus, digne de les entendre.
Il me semble, au moins, que je rends justice à la science, à la foi, à la modestie, à la vertu de feu dom Calmet ; mais je ne pourrai jamais célébrer, ainsi que je le voudrais, sa mémoire, qui me sera infiniment chère, etc.
Aux Délices, 20 novembre.
Je vois par vos lettres, mon ancien ami, que la rivière d’Ain en a englouti une vers le temps de la mort de M» de Sandwich: Car je n'ai jamais reçu celle par laquelle vous me parliez de la mort et du testament de cette philosophe anglaise, de votre pension remise, etc. Je vous répète qu'il se noya dans ce temps-là un Courrier, et que jamais on n’a retrouvé sa malle.
Je crois qu’on serait moins affligé à Paris et à Versailles si les courriers qui ont apporté la nouvelle de la dernière bataille s'étaient noyés en chemin. Je n’ai point encore de détails, mais on dit le désastre fort grand, et la terreur plus grande encore. Le roi de Prusse se croyait perdu, anéanti sans ressource, quinze
jours auparavant, et le voilà triomphant aujourd’hui : c’est un de ces événements qui doivent confondre toute la politique. La postérité s’étonnera toujours qu’un électeur de Brandebourg, après une grande bataille perdue contre les Autrichiens, après la ruine totale de ses alliés, poursuivi en Prusse par cent mille Russes vainqueurs, resserré par deux armées françaises qui pou- Vaient tomber sur lui à la fois, ait pu résister à tout, conserver ses conquêtes, et gagner une des plus mémorables batailles qu'on