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Cela était cffectivement

2. Éditeurs, de Cayrol et François. — Cette lettre, toute diplomatique, est fort curieuse.

aux armées de France; si les Hanovriens, aidés des Prussiens, font en 1758 ce queles pandours firent en 1742; s'ils nous chassent, si nos armées et notre argent sont dissipés, si enfin la Prusse victorieuse se réunit un jour avec l'Autriche contre la France, et si les anciennes haines l’emportent sur les nouveaux traités, la France aurait alors autant à craindre qu’à se repentir, et ce ne serait qu’en ruinant ses finances qu’elle pourrait résister sur mer et sur terre.

Prenons à présent la chose d’une autre face. Il peut se faire que le maréchal de Richelieu batte l’armée de Hanovre, que les Russes et les Suédois fassent la guerre sérieusement, que les Autrichiens, alors plus libres dans leurs opérations, pressent le roi de Prusse malgré toutes ses victoires.

Encore un autre cas plus vraisemblable. Que tous les succès soient balancés, que le roi de Prusse désire sincèrement la paix, comme je le crois, la France ne peut-elle pas alors conclure cette paix avec bienséance ? Mais, dans tous les cas possibles, le roi de Prusse peut-il se détacher des Anglais, qui lui érigent une statue, et qui vont lui donner des subsides ? La France peut-elle se détacher de la maison d’Autriche, pour n'avoir plus aucun allié? Il paraît qu’on s'est mis dans un labyrinthe dont aucun fil ne peut nous tirer, et qu’on n’en peut sortir que l’épée à la main.

En effet, que proposer ? Et à qui faire des propositions ? Serace aux Hanovriens, après la rupture de leur capitulation ? au roi de Prusse, après avoir été si honteusement battus par lui ? aux Autrichiens, après des traités si récents ? Peut-on négocier séparément avec quelque puissance ? Et n'’est-on pas réduit à attendre que tous les partis, également affaiblis et déchirés, désirent une paix nécessaire ?

La postérité aura peine à croire qu’un marquis de Brandebourg se soit soutenu seul contre la France, l’Autriche, la moitié de l'empire, la Russie, la Suède; mais enfin ce miracle est arrivé, il subsiste, et tout ce que la France peut faire aujourd’hui, c’est de se soutenir contre Hanovre. Cette humiliation est étrange et unique ; mais il la faut dévorer.

Je suis très-persuadé que si la personne respectable que vous connaissez, et qui connaît si bien l’Europe, avait été à la tête des affaires, elles ne seraient pas dans ces tristes termes. Plat à Dieu qu'il fit servir son génie et les ressources de sa prudence à finir glorieusement un tel embarras ?

Son Éminence aura incessamment une lettre de la sœur; mais que peut faire le frère ? Il désire la paix, oui; mais à condi-

tion qu’il gardera toute la Silésie, à condition qu'il restera uni avec Hanovre, dont il est garant. Encore une fois, je ne vois qu'un nuage épais, et je n’espère que dans les lumières de l'homme supérieur qui peut percer ce nuage.

Je vous ai confié mes doutes et mon ignorance; c’est tout ce que j'ai à vous présenter pour vos étrennes.

En voici bien d’une autre! A bon jour, bonne œuvre.

Le jour de l'an, une couturière, apprentie femme de chambre de ma nièce, déclare qu’elle est grosse d’un laquais, nommé André: pourrait-on recevoir la pauvrette à Lyon? Elle a l'honneur d'être huguenote, et mon laquais celui d’être papiste : franchement, il faudrait que monsieur le cardinal la convertit : elle est jeune, jolie; ce serait une œuvre pie ; mais, en attendant, il faut qu'elle accouche. Y a-t-il quelque âme honnête qui pût se charger d'elle et mettre son enfant aux orphelins de Lyon ? |

À Lausanne, 3 janvier.

Vos bouteilles, monsieur, sont arrivées; je n’ai d'autre chagrin que de ne les pas boire avec vous. J'en ai deux paniers à Lausanne, et les deux autres sont, je crois, à Genève. M. Cathala ou M. Tronchin vous feront toucher ce que je vous dois, mais ils ne pourront vous témoigner ma reconnaissance.

On dit Breslau repris par le roi de Prusse; il y a trois mois qu’il m’écrivait qu’il voulait mourir, et que je le consolais. A présent il renverse tout devant lui. Mais il ne boit pas de si bon vin de Bourgogne que moi. M”° Denis et moi, nous vous souhaitons bonne année et bonne vinée, à vous, monsieur, et à M Le Bault.

Recevez la respectueuse reconnaissance du Suisse

VOLTAIRE

3506. — A MADAME LA DUCHESSE DE SAXE-GOTHA 2. À Lausanne, # janvier.

À tous croates, pandours, housards, qui ces présentes ouvriront, salut, et peu de butin.

Pandours et croates, laissez passer cette lettre à Son Altesse sérénissime Mr: la duchesse de Saxe-Gotha, qui est aussi aimable, aussi bienfaisante, aussi noble, aussi douce, aussi éclairée que

1. Lettres de Voltaire à M. le conseiller Le Bault; Paris, Didier et C'*, 1868. 2. Éditeurs, de Cayrol et François.

vous êtes ignorants, durs, pillards et sanguinaires. Sachez qu'il n’y a rien à gagner pour vous si vous prenez ma lettre en chemin, et que ce n’est pas là un butin qui vous convienne. Vous me feriez une extrême peine, dont il ne vous reviendrait rien du tout. D'ailleurs il ne doit être rien de commun entre Mr la duchesse de Gotha et vous, vilains pandours. Elle est le modèle parfait de la politesse, et vous ne savez pas vivre ; elle a beaucoup d’esprit, et vous n’avez jamais rien lu, vous n’avez pas le moindre goût; vous cherchez à rendre ce monde-ci le plus abominable des mondes possibles, et elle voudrait qu’il fût le meilleur. Ille serait sans doute, si elle en était la maîtresse.

Il est vrai qu’elle est un peu embarrassée avec le système de Leibnitz; elle ne sait comment faire, avec tant de mal physique et moral, pour vous prouver l’optimisme ; mais c’est vous qui en étes cause, maudits housards ; c’est par vous que le mal est dans le monde; vous êtes les enfants du mauvais principe.

Je vous conjure, au nom du bon principe, de ne jamais entrer dans ses États ; j'espère encore y aller un jour, et je ne veux point y trouver de vos traces.

Madame, si ces messieurs sont un peu honnêtes, Votre Altesse sérénissime recevra sans doute mes profonds respects et mon très-tendre attachement en 1758. Monseigneur le duc, toute votre auguste famille, daigneront se souvenir de moi. La grande mattresse des cœurs ne m’oubliera pas. N’a-t-elle pas pris soin de quelque pauvre Français blessé à Rosbach ? ne lui a-t-elle pas donné des bouillons ?

Je veux finir, madame, par faire réparation à messieurs les housards. Je me flatte qu'ils n’ont point ravagé vos États, que Votre Altesse sérénissime est en paix au milieu de la guerre, et que la sérénité de sa belle âme se répand sur son pays. Je ne suis qu’un pauvre Suisse, mais il n’y a personne, danslestreizecantons, qui désire plus d’être à vos pieds que moi. Qu'on fasse la paix, et je fais un pèlerinage dans votre temple, qui est celui des Grâces. Je réitère à Votre Altesse sérénissime mon respect et mes vœux.

Le Suisse V.

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