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Le roi de Prusse

3. Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophie (par d'Alembert) ; 1753, in-12 ; réimprimés et augmentés. Les dernières éditions ont cinq volumes. (B.)

4. D'après ce début, on doit croire que cette lettre a suivi de près le n° 3522.

est de quelque utilité, et ne dit pas un mot de l'enfer, ni de la très-sainte et individuelle Trinité, ce livre est imprimé à Genève. On ne le lit point, je l’avoue; maïs il existe. De quoi s’avisent aujourd'hui les prédicants de Genève de renier leur foi? Craignent-ils de manquer de soutiens ? Ne pense-t-on pas comme eux dans toute l’Angleterre, dans la moitié de la Hollande, dans tous les États du roi de Prusse ? On touche à une grande révolution dans l'esprit humain, et on vous en a, monsieur, la princtpale obligation. L'article‘ dont on fait semblant de se plaindre est un coup important dont il ne faut pas perdre le fruit. Il démasque les ennemis de l’Église, et c’est beaucoup: il les force. ou à s’avilir en reniant leur créance, ou à convenir tacitement qu'on ne les a pas calomniés. En un mot, il serait infâme que le Dictionnaire encyclopédique se rétractât d’une assertion avancée en connaissance de cause par un témoin oculaire. Il est de la dernière importance que M. d’Alembert continue à vous aider, et qu'on ne souffre dans le Dictionnaire rien de ce qu'on a dit dans l’article en question. Ne vous laissez entamer par personne, et songez qu'il faut faire justice des Garasses.

Lausanne, 21 janvier.

Eh bien, mon ancien et tranquille ami, comment traite-t-on les cacouacs? La guerre est donc partout; et tandis qu’on s’extermine en Allemagne au milieu des neiges, on attaque de tous côtés les pauvres encyclopédistes à Paris. Je crois que je leur ai porté malheur en travaillant pour eux. Messieurs les prêtres de Genève se plaignent que M. d’Alembert leur fasse l'honneur de les ranger parmi les philosophes. Ils disent que ce nom n'a jamais convenu à gens de leur espèce, et ils demandent réparation. M. d’Alembert, de son côté, fatigué de toutes les criailleries de ses adversaires, et persécuté sourdement par les enfants d’Ignace, sans pouvoir plaire aux enfants de Calvin, renonce à lEncyclepédie ; mais il faut espérer qu’il ne persistera pas dans son dépit Il ne faut pas que le maréchal de Saxe quitte le commandement de l’armée parce qu'il a des tracasseries à la cour.

J'ai recu l’Iphigénie que M. de La Touche a eu la bonté de m'envoyer. Nous pourrions bien la jouer cet hiver dans notre

&. L'article GENEVE, par d'Alembert, dans l'Encyclopédie.

tripot de Lausanne. M. d’Alembert conseille à messieurs de Genève d’avoir dans leur ville une troupe de comédiens de bonnes mœurs : c’est ce que nous nous flattons d’être à Lausanne. Ma nièce et moi, nous avons de très-bonnes mœurs dont j'enrage : mais il faut bien à mon âge avoir ce petit mérite. Nous avons une fille‘ du général Constant, et une belle-fille de ce fameux marquis de Langalerie?, qui ont aussi les meilleures mœurs du monde, quoiqu’elles soient assez belles pour en avoir de trèsmauvaises. Enfin notre troupe est fort édifiante, et, de plus, elle est quelquefois fort bonne. On ne peut guère passer plus doucement sa vie, loin des horreurs de la guerre et des tracasseries littéraires de Paris. Ah ! mon ami, que les grosses gelinottes sont bonnes, mais qu’elles sont difficiles à digérer ! mon cuisiner et mon apothicaire me tuent. Adieu, je suis fâché de ne vous point revoir.

A Lausanne, 22 janvier.

J'ai reçu votre lettre du 13, mon cher et respectable ami, mais rien de M. de Choiseul?, J'ai présumé, par ce que vous me dites, qu'il s'agissait d’obtenir un congé pour monsieur son fils blessé et prisonnier. Je doute fort que le roi de Prusse voulût, à ma chétive recommandation, s’écarter des idées qu'il s’est prescrites, et je suis d'autant moins à portée de lui demander une pareille grâce pour M. de Choiseul, que je lui écrivis!, il y a huit jours, en faveur d’un Genevois qui est dans le même cas, et qui probablement restera estropié à Mersbourg.

Mais le roi de Prusse a une sœur qui doit avoir quelque crédit auprès de lui, et à qui je puis tout demander. Je lui ai écrit de la manière la plus pressante, et je lui ai recommandé M. le marquis de Choiseul comme je le dois. Ne doutez pas qu’elle n’en écrive au roi son frère : il ne doit lui rien refuser. Je crois que le roi de Prusse peut s'amuser actuellement à faire des grâces; il n’y a pas moyen de se battre avec six pieds de neige; aussi

4. Voltaire veut désigner M" Constant d'Hermenches, née de Scigneux, de laquelle il reparle dans la lettre 3563, ct qui était belle-fille du général Constant (voyez page 50.)

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