À M. LE BARON DE ZURLAUBEN
À Lausanne, 14 mar:.
Monsieur, il y a longtemps que je respectais votre nom. et votre Histoire militaire des Suisses?, en France, m'a inspiré pour votre personne l'estime qu’on ne peut lui refuser. Je conviens avec vous que Benjamin * de Rohan était un grand et digne chef de parti. Il prenait de l'argent des Espagnols, superstitieux catholiques, pour faire révolter les calvinistes fougueux de France; il en prenait ensuite du roi de France pour faire la paix. Il faisait toujours étaler une grande Bible sur une table dans tous les cabarets où il couchait : d’ailleurs entendant mieux que personne la manière dont on faisait la guerre dans ce temps-là. J'ai fait mention de lui dans une Histoire générale, au chapitre‘ du mi nistère du cardinal de Richelieu; mais je n’en ai parlé, dans ce tableau des malheurs de l’univers, qu’autant qu’on le peut d'un ambitieux subalterne qui n’a troublé qu’une petite province dans un coin du monde, et qui n’a pas réussi. Il aurait fait de plus grandes choses sur un plus grand théâtre, surtout s’il eût employé contre les ennemis de l’État le génie qu’il employa contre sa patrie. Les hommes qui n’ont pas changé le destin des États n'ont aujourd’hui qu’une place bien médiocre dans les niches du temple
1. Béat-Fidèle-Antoine-Jean-Dominique baron de La Tour Châtillon-rur-Ls.ben (sur Lauben), né à Zug le 3 août 1720, mort le 13 mars 1799, militaire s: service de la France, et autour d'un grand nombre d'’écrits, la plupart en fran”a:.