‹ Œuvres complètesChapitre 351 sur 475 · Le cardinal de Tencin · texte numérisé non relu

Le cardinal de Tencin

ÿ. Tronchin, banquier à Lyon.

6. La comtesse de Grolée, sœur du cardinal de Tencin et tante de d'Art

si elle reste à Lyon, l’homme de confiance sera l’homme le plus propre à vous servir ; et vous croyez bien, mon cher ange, que je ne manquerai pas à l’encourager, quoiqu’un homme qui vous a vu et qui vous connaît n’ait assurément nul besoin d’aiguillon pour s'intéresser à vous.

Je suis charmé que M. le maréchal de Richelieu ait exigé du cardinal, votre oncle, l’action honnête qu'il fit quand il vous assura une partie de sa pension; mais s’il faut toujours envoyer de nouvelles armées se fondre en Allemagne, il est à craindre qu’à la fin les pensions ne soient mal payées. Heureux ceux dont la fortune est indépendante ! Je ne reviens point de votre singulière aventure de cette maison dans une île’ que les Anglais ont brûlée. Il faut au moins que, par un dédommagement très-légitime, la pension vous soit payée exactement.

Je ne sais si M. le maréchal de Richelieu a beaucoup de crédit à la cour ; je crois que vous le voyez souvent. Je ne suis pas trop content de lui. Je vous ai déjà dit qu'il s'était figuré que je devais courir à Strasbourg pour le voir à son passage, lorsqu'il alla commander cette malheureuse armée. M"° Denis était alors trèsmalade ; elle avait la fièvre. Vous vous souvenez que le roi de Prusse lui avait fait enfler une cuisse? il y a cinq ans: cette cuisse renflait encore ; les maux que les rois causent n’ont point de fin. M. de Richelieu a trouvé mauvais apparemment que je ne lui aie pas sacrifié une cuisse de nièce. Il ne m’a point écrit, et le bon de l'affaire est que le roi de Prusse m'écrit souvent. Cependant je veux toujours plus compter sur M. de Richelieu que sur un roi. Il est vrai que, dans mon agréable retraite, ni les monarques ni les généraux d’armée ne troublent guère mon repos.

Je suis toujours affligé que Diderot, d’Alembert, et autres, ne soient pas réunis, n'aient pas donné des lois, n’aient pas été libres, et je suis toujours indigné que lEncyclopédie soit avilie et défigurée par mille articles ridicules, par mille déclamations d’écolier qui ne mériteraient pas de trouver place dans le Mercure. Voilà mes sentiments, et, parbleu, j'ai raison.

Mille tendres respects à tous les anges. Je vous embrasse tant que je peux.

4. Les iles de Rhé et d'Aix, qui appartenaient alors à M. d’Argental, avaient été ravagées par les Anglais. Le roi en a fait depuis l'acquisition. (K.) 2. Voyez la lettre 3589.

3596. — À M. DE BRENLES.

Le pape et moi, mon cher ami, nous sommes encore un peu en vie. Sa Sainteté pisse, et ma profanéité ne digère point; mais je ne suis pas si plaisant que le pape. Son chirurgien s'appelle Ponce ; il sondait Benoît XIV, et Benoît lui disait : « Ah! Ponce. tu as crucifié le maître, et tu crucifies encore le vicaire. »

Je compte vous venir embrasser dès que ma santé me permettra d'aller à Monrion. Mille tendres respects à madame votre femme. Adieu : aimez vivant celui que vous avez daigné regretter mort', et comptez que mon âme sera à vous tant qu’elle sera dans son triste étui.

VOLTAIRE

3597. — À M. JEAN SCHOUVALOW.

Aux Délices, près de Genève, 20 avril.

Monsieur, je me console du retardement des instructions que Votre Excellence veut bien m’envoyer, dans l’espérance qu'elles u’en seront que plus amples et plus détaillées. La création de Pierre le Grand devient chaque jour plus digne de l’attention de la postérité. Tout ce qu’il a créé se perfectionne sous l'empire de son auguste fille l’impératrice, à qui je souhaite une vie plus longue que celle du grand homme dont elle est née. Je me flatte, monsieur, que ceux qui sont chargés par Votre Excellence du soin de rédiger ces mémoires n’oublieront ni les belles campagnes contre les Turcs, ni celles contre les Suédois, ni ce que votre illustre nation fait aujourd’hui. Plus votre empire sera biez connu, plus il sera respecté. Il n’y a point d'exemple sur la terre d’une nation qui soit devenue si considérable en tout genre, en s. peu de temps. Il ne vous a fallu qu’un demi-siècle pour embrasser tous les arts utiles et agréables. Cest surtout ce prodige uniquque je voudrais développer. Je ne serai, monsieur, que votre secrétaire dans cette grande et noble entreprise. Je ne doute ja: que votre attachement pour limpératrice et pour votre patrie a° vous ait porté à rassembler tout ce qui pourra contribuer à |. gloire de l’une et de l'autre. La culture des terres, les manuf:tures, la marine, les découvertes, la police publique, la dit pline militaire, les lois, les mœurs, les arts, tout entre dans vo!"

4. On avait fait courir le bruit de la mort de Voltaire; voyez la lettre F4 à

plan. Il ne doit manquer aucun fleuron à cette couronne. Je consacrerai avec zèle les derniers jours de ma vie à mettre en œuvre ces monuments précieux, bien persuadé que la collection que je recevrai de vos hontés sera digne de celui qui me l’envoie, et répondra à la grandeur et à l’universalité de ses vues patriotiques. J'ai, etc.

À Lausanne, 28 avril.

Madame, quoique les bords du lac de Genève soient trèsbeaux, on ne laisse pas d’y être malade; et c’est ce qui sauve souvent à Votre Altesse sérénissime des lettres importunes de ma part. Dieu a bien fait, madame, de me rendre malade ; sans quoi elle aurait plus de mes lettres qu’elle n’a eu chez elle de housards. On me flatte qu’elle est délivrée aujourd’hui de ces hôtes dangereux, et que les dindons de ses sujets sont en sûreté.

J'ignore assez ce qui se passe dans le monde, mais il se pourrait fairé que les visites des armées auraient beaucoup coûté à Vos Altesses sérénissimes. L'État de Berne a fort souvent de l’argent à placer; si elle en avait besoin pour quelques arrangements, et qu’elle voulût, dans l’occasion, m’honorer de ses commandements, je tâcherais de la servir d’une manière dont elle ne serait pas mécontente. Mais je présume que, malgré les irruptions que son pays a essuyées, la sagesse de son gouvernement la met à l’abri des ressources que le gouvernement de France est toujours obligé de chercher. Je ne cesse d’être étonné, madame, que le roi de France, qui n’est qu’auxiliaire dans cette guerre, et dont les troupes ont dû vivre si longtemps aux dépens d'autrui, ait pourtant emprunté trois cents millions depuis deux ans, tandis que le roi de Prusse, qui a soutenu les efforts de la moitié de l’Europe depuis le même temps, n’a pas mis un sou d'impôt sur ses sujets. Tout ce qui s’est passé doit être compté parmi les prodiges. Gustave-Adolphe fit des choses moins extraordinaires. Puissent ces grands événements être suivis d’une heureuse paix, dont il paraît que tout le monde a grand besoin!Il y a malheureusement plus de soldats que de laboureurs. Chaque puissance a beaucoup perdu, sans qu'aucune ait réellement gagné, et il ne résultera de toutes ces vicissitudes que du sang répandu et des villes ruinées.

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