‹ Œuvres complètesChapitre 403 sur 475 · Voyez l’Avare, acte II, scène vi · texte numérisé non relu

Voyez l’Avare, acte II, scène vi

ici-bas plus longtemps que Fontenelle. Elle n’est pas déjà si bien aujourd’hui avec le public.

Je vous garderai le secret le plus exact, et j'ai l'honneur de vous le demander de même à mon égard, surtout par une raison qui nous intéresse tous deux. J'ai tiré jadis cet avantage du malheur de mes pères, huguenots dès le temps de Calvin, que leur terre est de l’ancien dénombrement. Nous n’en sommes fâchés ni vous ni moi, pour qui les édits bursaux n'ont pas des attraits vainqueurs. On a bien voulu me continuer ce droit en dernier lieu dans le renouvellement du cadastre; apparemment qu'on ne m'a pas cru assez bon catholique pour édifier notre ami Helvétius'. Quoi qu'il en soit, le droit, selon la teneur du privilége, est pour ma famille, ou en cas de vente à un Genevois, Suisse, etc. Autrement, il se perd et ne se recouvre pas par réachat. Or on pourrait bien ne pas vous trouver assez bon huguenot pour être privilégié. Au reste, il ne s'agit que de manier ceci un peu délicatement, ce qui ne sera point du tout difficile.

Je suis si fidèle au secret que je n’en ai sonné mot à Mæe de Brosses, de peur qu’elle ne se mit de la conversation. Mais, comme Dieu permet que tout se découvre, elle s’avisera sans doute alors de demander la chaîne du marché. Je ne sais pas de combien. C'est une femme à prétentions. Elle ira peut-être croire qu'une chaine si belle devrait étre éternelle. Agissons politiquement. Commencez par me corrompre. En fait de terres, je suis vénal comme un Anglais. Quand nous serons tous deux contre elle, nous Ja réduirons. Je retiens encore le droit d'aller un jour passer quelques moments dans votre nouvel ermitage, à vous entendre parler de l'histoire présente et passée. Vous avez sur l'Oder un ami qui n’est pas le mien. Les Russes me vont donner huit jours d’insomnie, et Louisbourg m'en a dejà coûté autant. Je ne puis me mettre dans la tête la sage maxime italienne : Per il tempo e per la Signoria non pigliarti malinconia.

3658. — À M. DARGET.

Aux Délices, 16 septembre 1758.

Mon ancien ami, vous n’avez point répondu à la lettre que je vous écrivis de Manheim ?. Vous sentez que, dans les circonstances présentes, il est bien triste que cette lettre par laquelle j'avais répondu avec confiance à vos ouvertures ait été imprimée dans les journaux et falsifiée. Vous me feriez un plaisir extrême de me renvoyer ma lettre, afin que je pusse la confronter avec celle qui a couru, et que j'eusse une pièce justificative toute prête. Je sens que vous avez été aussi indigné que moi de cet abus que les journalistes se permettent de publier les secrets des particuliers

1. Dont le livre de l'Esprit venait de paraitre, et commencait à faire bruit. 2. C'est le n° 3633.

sans en demander la permission. C’est violer un des premiers droits de la société ; et quand la fausseté est jointe à cette hardiesse, c’est un crime. Je crois que le journaliste n’a pas eu mauvaise intention, mais il ne m’a pas moins nui. Il m’a écrit, il a fait une espèce de désaveu ‘ que je dois à vos soins et à votre probité, et dont je vous remercie. Je n’ai point voulu irriter cet homme par des plaintes, qui sont inutiles quand la chose est faite, et qui ne peuvent qu’aigrir. Il ne s'attendait pas que le roi de Prusse remporterait sur les Russes une victoire si complète et si mémorable*. Il faut à présent se taire sur les succès inouïis de ce monarque, et sur les malheurs de la France. Vous me feriez plaisir de me mander s’il est vrai qu’il y ait plusieurs édits pécuniaires, et si on continue de payer les rentes de l'Hôtel de Ville et de la compagnie des Indes. Vous avez du moins une planche dans le naufrage général. Vous êtes bien placé à l’École militaire, école dont on a grand besoin. Je vous souhaite tout le bonheur que vous méritez, et suis à vous pour jamais bien tendrement.

Le Suisse V.

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