À M. DE FORMONT
3 octobre.
Mon cher philosophe, votre souvenir m’enchante: vous étes un gros et gras épicurien de Paris, et moi, un maigre épicurien du lac de Genève; ilest bon que les frères se donnent quelquefois signe de vie. M” du Deffant est plus philosophe que nous deux, puisqu'elle supporte si constamment la privation de la vue, et qu’elle prend la vie en patience. Je m'intéresse tendrement, non pas à son bonheur, car ce fantôme n'existe pas, mais à toutes les consolations dont elle jouit, à tous les agréments de son esprit, aux charmes de sa société délicieuse. Je voudrais bien en jouir. sans doule, de cette société délicieuse, j'entends de la vôtre et de la sienne; mais allez vous faire ..…… avec votre Paris : je ne l'aime point, je ne l’ai jamais aimé. Je suis cacochyme : il me faut des jardins, il me faut une maison agréable dont je ne sorte guère, et où l’on vienne. J'ai trouvé tout cela, j'ai trouvé les plaisirs de la ville et de la campagne réunis, et surtout la plus granée indépendance. Je ne connais pas d'état préférable au mien : il : aurait de la folie à vouloir en changer. Je ne sais si j'aurai ce‘:e folie; mais, au moins, c’est un mal dont je ne suis pas attaque à présent, malgré toutes vos grâces.
1. Les trois derniers alinéas de cette lettre semblent appartenir à une s=°lettre que ce qui précède. (B.)