‹ Œuvres complètesChapitre 416 sur 475 · Horace, livre Ier, épitre xvu, vers 19, dit · texte numérisé non relu

Horace, livre Ier, épitre xvu, vers 19, dit

Scurror ego ipse mihi, populo tu.

Je ne regrette ni Jphigénie en Crimée, ni Hypermnestre!; je crains seulement plus encore pour la perte des fonds publics que pour celle des talents. La compagnie des Indes, le-ccommerce, la marine, me paraissent encore plus en décadence que le bon goût. Jamais on n’a tant fait de livres sur la guerre, et jamais nos armes n’ont été plus malheureuses. J'ai trente volumes sur le commerce, et il dépérit. Ni les livres sur l'esprit et sur la matière, ni les arrêts du conseil sur ces livres, ne remédieront à tant de maux.

Que dites-vous de la défaite de mes Russes ? C’est bien pis qu’à Narva; tout est mort, ou blessé, ou pris. Il y a eu trois batailles consécutives. Les Prussiens n’ont eu que trois mille hommes de tués : mais ils ont dix mille blessés, au moins. Si le comte de Daun tombait sur eux dans ces circonstances, peut-être ferait-il aux Prussiens ce que ceux-ci ont fait aux Russes. Il y a une tragédie anglaise dans laquelle le souffleur vient annoncer à la fin que tous les acteurs de la pièce ont été tués ; cette cruelle guerre pourra bien finir de même.

Nota qu'il n’est pas vrai qu’on ait battu trois fois les Russes, comme on le dit; c’est bien assez d’une.

Présentez, je vous en prie, mes très-tendres respects à M du Deffant, et souvenez-vous quelquefois du vieux Suisse Voltaire, qui vous aimera toujours.

3672. — À M. DARGET.

Aux Délices, # octobre 1758.

Je vous remercie, mon cher et ancien compagnon de Potsdam, d’avoir renvoyé la pancarte. Elle ne m’a pas paru si terrible : mais il est bon de prendre ses précautions dans un temps où l’on pend les gens pour des paroles.

Est-il permis du moins de vous écrire que, tous tant que vous êtes à Paris, vous ne savez ce que vous dites avec votre prétendue seconde bataille des Russes, et leur prétendue victoire? Chimères toutes pures, messieurs;je vous ai comparés aux petites filles, qui s’imaginent que les hommes sont toujours debout. Vous pensez qu’on donne des batailles tous les jours. Cette cruelle guerre n’est pas prête à finir. Je m’unis à votre Te Deum pour la déconfiture

1. Tragédie de Lemierre, représentée le 31 août 1758. 39. — ConnesPonDAnNCE. VII. 33

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des pirates anglais près de Saint-Malot; c’est toujours une consolation.

Vous souvenez-vous du petit Francheville, qui avait passé de mon taudis au palais du prince de Prusse ? Le prince Henri lui conserve ses appointements ; il m'a promis de me venir voir.

Le roi de Prusse m’a écrit deux lettres depuis son affaire avec les Russes. Je vous assure qu’il n’a pas le stvle d’un homme vaincu.

Je n’abandonne point du tout Pierre le Grand, quoiqu'on üit battu les troupes de sa fille; je suis trop fidèle à mes engagements.

Je n'ai jamais reçu le paquet du 25 de juillet dont vous parlez: mais je recevrai avec la plus grande satisfaction les lettres que vous voudrez bien écrire à votre ancien ami le campagnard, et heureux campagnard.

Aux Délices, £ octobre.

Que les Russes soient battus, que Louisbourg soit pris, qu'Helvétius ait demandé pardon de son livre, qu’on débite à Paris de fausses nouvelles et de mauvais vers, que le parlement de Paris ait fait pendre un huissier pour avoir dit des sottises, ce n’est pas ce dont je m'inquiète ; mais M. Ango de Lézeau, et quatre années qu’il me doit, sont le grave sujet de ma lettre. Peut-être M. Anss me croit-il mort; peut-être l’est-il lui-même. S'il est en vie. où est-il ? S’il est mort, où sont ses héritiers? Dans l’un et l’autre cai, à qui dois-je m'adresser pour vivre ?

Pardonnez, mon ancien ami, à tant de questions. Je me trouve un peu embarrassé; j'ai essuyé coup sur coup plus d’une ba»queroute. Notre ami Horace dit tranquillement :

Det vitam, det opes; æquum mi animum ipse parabo. (Lib. I, epist. xvmm, 112.)

Vraiment je le crois bien ; voilà un grand effort! Il n’avait pas affaire à la famille de Samuel Bernard et à M. Ango de Léreau. Ce petit babouin crut faire un bon marché: avec moi, parce que j'étais fluet et maigre; vivimus tamen, et peut-être Ango occidit dans sor marquisat.

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