‹ Œuvres complètesChapitre 61 sur 475 · s’agit de Maupertuis · texte numérisé non relu

s’agit de Maupertuis

accablé d’amitiés et de présents. J'ai été obligé de le renvoyer. Je ne me suis jamais trompé sur son caractère, et je sais combien il est difficile de trouver des hommes.

Je vous avoue que j'en prendrais bien volontiers un de votre main; mais j'ai toute ma famille auprès de moi, et un très-grand nombre de domestiques, de sorte qu’il ne me reste pas un logement à donner. M° Denis vous fait les plus tendres compliments. Je vous prie, mon cher ami, de ne nous pas oublier auprès de M. et de Me de Klinglin.

Je vous plains toujours d’être à Colmar, et, en vous regrettant, je me sais bon gré d’être aux Délices. Je ne connais en vérité d’autre chagrin que celui d’être séparé de vous. Vous avez une femme aimable, de jolis enfants. Soyez heureux, s’il est possible de Pêtre. Je vous embrasse tendrement. V.

Aux Délices, juillet.

Mon héros, je vais aussi brûler de la poudre; mais je tirerai moins de fusées que vous n’avez tiré de coups de canon. Ma prophétie a été accomplie encore plus tôt que je ne croyais, en dépit des malins qui niaient que je connusse l’avenir et que vous en disposassiez si bien. Je vous vois d’ici tout rayonnant de gloire.

Ce n’est plus aux Anacréons

De chanter avec vous à table;

La mollesse de leurs chansons N’aurait plus rien de convenable

A vosillustres actions.

11 n'appartient plus qu'aux Pindares De suivre vos fiers compagnons, Aux assauts de cent bastions, Devers les îles Baléares.

J'attends leurs sublimes écrits;

Et s’il est vrai, comme il peut l’être, Qu'il soit parmi vos beaux esprits Peu de Pindares dans Paris,

Vos succès en feront renaître.

Ïls diront qu'un roi modéré Vit longtemps avec patience

4. C’est à tort, croyons-nous, qu'on a toujours donné à cette lettre la date du 27 juillet; elle doit être du 7. (G. A.)

Aux Délices, 5 juillet.

(A vous seul.)

Pardonnez à mes importunités, mon héros. Je me flatte que vous prendrez, ce mois-ci, le rocher et les Anglais. Tant mieux que la besogne soit difficile, vous en aurez plus de gloire. Vous connaissez Paris et Versailles ; vous savez comme on a murmuré que la ville de l’Europe la plus forte après Gibraltar n'ait pas été prise en quatre jours ; et, si vous aviez pu l'emporter d'emblée, op aurait dit : Gela était bien aisé. Vous triompherez des difficultés, des Anglais, des sots, et des jaloux.

Tronchin est revenu de Paris; il en a été l’idole, et jamais idole n’a reçu plus d’offrandes. Il a tout vu, tout entendu: il connaît tous ceux qui osent vous porter envie. Une certaine personne: lui a parlé avec une confiance étonnante. « Je n'ai qu’un reproche à me faire, lui a-t-elle dit, c’est d’avoir fait du mal à M. de M...*; mais j'ai été trompée, etc., etc. »

On a parodié la petite lettre que j'avais eu l'honneur de vous écrire; tant mieux encore. Je vais préparer des fusées, et je compte donner un feu le jour que j'apprendrai que vous êtes entré dans la place. En vérité, vous devriez bien me faire savoir par un de vos secrétaires dans quel temps à peu près vous souperez dans le fort Saint-Philippe; vous feriez là une bonne œuvre. Élève du maréchal de Villars et son successeur, battez les ennemis de la France et les vôtres.

Il y a dans le monde un petit coin de terre où vous êtes adoré. Le lac de Genève retentit de votre nom. Recevez mes vœux, mon encens, mon attachement, mon tendre respect.

Aux Délices, 6 juillet.

Mon cher ami, il est vrai que l’homme en question* s’est conduit avec ingratitude envers ma nièce et moi, qui l’avions

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