s’agit de Maupertuis
accablé d’amitiés et de présents. J'ai été obligé de le renvoyer. Je ne me suis jamais trompé sur son caractère, et je sais combien il est difficile de trouver des hommes.
Je vous avoue que j’en prendrais bien volontiers un de votre main ; mais j'ai toute ma famille auprès de moi, et un très-grand nombre de domestiques, de sorte qu’il ne me reste pas un logement à donner. M Denis vous fait les plus tendres compliments. Je vous prie, mon cher ami, de ne nous pas oublier auprès de M. et de Me de Klinglin.
Je vous plains toujours d’être à Colmar, et, en vous regrettant, je me sais bon gré d'être aux Délices. Je ne connais en vérité d’autre chagrin que celui d’être séparé de vous. Vous avez une femme aimable, de jolis enfants. Soyez heureux, s’il est possible de l'être. Je vous embrasse tendrement. V.
Aux Délices, juillet.
Mon héros, je vais aussi brûler de la poudre ; mais je tirerai moins de fusées que vous n'avez tiré de coups de canon. Ma prophétie a été accomplie encore plus tôt que je ne croyais, en dépit des malins qui niaient que je connusse l’avenir et que vous en disposassiez si bien. Je vous vois d’ici tout rayonnant de gloire.
Ce n’est plus aux Anacréons
De chanter avec vous à table;
La mollesse de leurs chansons N'’aurait plus rien de convenable
A vosillustres actions.
]1 n’appartient plus qu’aux Pindares De suivre vos fiers compagnons, Aux assauts de cent bastions, Devers les îles Baléares.
J'attends leurs sublimes écrits;
Et s’il est vrai, comme il peut l'être, Qu'il soit parmi vos beaux esprits Peu de Pindares dans Paris,
Vos succès en feront renaître.
Ïls diront qu’ua roi modéré Vit longtemps avec patience
4. C’est à tort, croyons-nous, qu'on a toujours donné à cette lettre la date du 37 juillet; elle doit être du 7. (G. À.)
L’attentat inconsidéré
D'un peuple un peu trop enivré De sa maritime puissance;
Qu'on a sagement préparé
La plus légitime vengeance ;
Et qu'enfin l'honneur de la France Par vos exploits est assuré.
Mais pour moi, dans ma décadence, Faible et sans voix je me lairai; Jamais je ne me mélerai
De ces querelles passagères.
Je sais qu'aux marins d’Albion Vous reprochez, avec raison, Quelques procédés de corsaires; Ce ne sont pas là mes affaires.
Milton, Pope, Swift, Addison,
Ce sage Lock, ce grand Newton, Sont toujours mes dieux tutélaires.
Deux peuples en valeur égaux Dans tous les temps seront rivaux, Mais les philosophes sont frères.
Vos ministres, par leurs traités, Ont assujetti la fortune:
Vos vaisseaux, de héros montés, Ont battu les fils de Neptune; Une prudence peu commune
À conduit vos prospérités ;
Mais la politique et les armes
Ne font pas mes félicités.
Croyez qu'il est encor des charmes Sous les berceaux que j'ai plantés.
Je vis en paix, peut-être en sage, Entre ma vigne et mes figuiers; Pour embellir mon ermitage, Envoyez-moi de vos lauriers:
Je dormirai sous leur ombrage.