Sans doute celle de Nicéphore
été le confident de Monseigneur et de M'e Choïn, et qui parle du duc d'Orléans comme s’il avait souvent soupé avec lui.
Si jamais on imprime les Mémoires du marquis de Dangeau, on verra que j'ai eu raison de dire qu’il faisait écrire les nouvelles par son valet de chambre. Le pauvre homme était si ivre de la cour qu’il croyait qu’il était digne de la postérité de marquer à quelle heure un ministre était entré dans la chambre du roi. Quatorze volumes sont remplis de ces détails. Un huissier y trouverait beaucoup à apprendre, un historien n’y aurait pas grand profit à faire. Je ne veux que des vérités utiles. J’ai cherché à en dire depuis le temps de Charlemagne jusqu’à nos jours. C’est peutêtre l'emploi d’un homme qui n’est plus historiographe, car ceux qui l'ont été ont rarement dit la vérité. Il y en a à présent de bien agréables à dire à M. le maréchal de Richelieu. étais fâché que ma prophétie courût, parce qu’on pouvait me soupconner d’en avoir fait les honneurs ; mais j'étais fort aise d’être le premier à lui rendre justice. Il eut la bonté de me mander, le 29 du mois passé, l’accomplissement de ma prophétie. Nous autres voisins du Rhône, nous savons toujours les nouvelles quelques jours avant vous autres Parisiens.
M. le duc de Villars avait encore Me Clairon il y a trois jours. Je lui ai écrit, à cette Idamé; et si ma santé le permettait, j'irais l'entendre à Lyon; mais je sens que je ne me transplanterais que pour venir vous voir, mon cher ange. Je pourrais bien faire cette partie l’année prochaine, avec quelques héros à cothurne et quelques héroïnes. Il n’est pas mal de se tenir quelque temps à l'écart : c’est presque le seul préservatif contre l’envie et contre la calomnie, encore n'est-il pas toujours bien sûr.
Je ne sais pas comment Sémiramis aura réussi sans Mie Clairon. Si la demoiselle Dumesnil continue à boire, adieu le tragique! I1 n’y à jamais eu de talents durables avec l’ivrognerie. Il faut être sobre pour faire des tragédies et pour les jouer.
On me paraît de tous côtés très-indigné contre La Beaumelle. Plusieurs personnes même trouvent assez étrange que cet homme soit tranquille à Paris, et que je n’y sois pas ; mais ces gens-là ne voient pas que tout cela est dans l’ordre. Adieu, mon divin ange; mes nièces vous embrassent. Mw de Fontaine est un miracle de Tronchin ; si cela continue, vous la reverrez avec des tetons. Il fait bien chaud pour jouer Sémiramis; mais Crébillon ne fera-t-il pas jouer la sienne ? c’est un de ses ouvrages qu’il estime le plus. Adieu ; mille respects à tous les anges.
Aux Délices, 16 juillet.
Mon héros et celui de la France, en vertu du petit billet’ dont vous daignâtes m’honorer après votre bel assaut, j’eus l'honneur de vous dire tout ce que j'en pense, et de vous écrire à Compiègne. Vous allez être assassiné de poëmes et d’odes. Un jésuite de Mâcon, un abbé de Dijon, un bel esprit de Toulouse, m'’en ont déjà envoyé. Je suis le bureau d’adresses de vos triomphes. On s'adresse à moi comme au vieux secrétaire de votre gloire.
Ce qui me fait le plus de plaisir, c’est une Histoire de la révolution de Gênes, très-sagement écrite et très-exacte, qui paraît depuis peu enitalien. On m’en a apporté la traduction en français; on vous y rend toute la justice qui vous est due*. Je vais incessamment la faire imprimer. J'avoue qu’il y a un peu d’amourpropre à moi de voir que l’Europe vous regarde des mêmes yeux que je vous ai vu depuis plus de vingt ans; mais, en vérité, il y a cent fois plus d’attachement que de vanité dans mon fait.
On dit que M. le duc de Fronsac* était fait comme un homme qui vient d’un assaut, quand il a porté la nouvelle. Il était, avec les grâces qu’il tient de vous, orné de toutes celles d’un brûleur de maisons. Il tient cela de vous encore. Demandez à votre écuyer si vous n’aviez pas votre chapeau en clabaud, et si vous n’étiez pas noir comme un diable, et poudreux comme un courrier, à la bataille de Fontenoy.
Je vous importune; pardonnez au bavard.
Aux Délices, 2 juillet 1756.
Je ne suis qu’un petit prophète, monsieur ; et vous êtes un vrai poëte, cui mens divinior atque os magna sonaturum. Il faut avouer que M. le maréchal de Richelieu doit être plus flatté de vos éloges que de ceux d’un homme qu’on pourrait regarder comme séduit par un attachement de tant d'années.
Je crois que M. de La Marche ferait mieux de venir à Genève,