‹ Œuvres complètesChapitre 88 sur 475 · Lettre · texte numérisé non relu

Lettre

2. Cette lettre, toujours mise au 13 août, ne peut être que du mois de septembre, puisque Voltaire y fait allusion à l’entréc soudaine de Frédéric en Saxe, et que ce coup se fit le 29 août. (G. A.)

3. Il s’agit de quatorze vers de Maynard qu'on attribuait à Voltaire, et qu’on appliquait au comte d’Argenson, surnommé la Chèvre.Voyez tome XIV, au Catalogue des écrivains du Siècle de Louis XIV, l'article Maynanp.

J'ai chez moi une de mes nièces qui se meurt. Je me meurs toujours aussi ; mais je vous aime de tout mon cœur.

Aux Délices, 13 septembre.

Mon cher ange, vous vous êtes tiré d’affaire très-courageusement avec notre conseiller d’État. Cet Apollon-Tronchin n’aurait pas réussi à Paris comme l’Esculape-Tronchin. Notre Esculape nous gouverne à présent ; il y a un mois que la pauvre M de Fontaine est entre ses mains. Je ne sais qui est le plus malade d’elle ou de moi; nous avons besoin l’un et l’autre de patience et de courage. M®° Denis espère que vingt-quatre mille Français passeront bientôt par Francfort; elle leur recommandera un certain M. Freytag, agent du Salomon du Nord, lequel s’avise quelquefois de faire mettre des soldats, avec la baïonnette au bout du fusil, dans la chambre des dames. Je voudrais que M. le maréchal de Richelieu commandât cette armée. Puisque les Français ont battu les Anglais, ils pourront bien déranger les rangs des Vandales. Avez-vous vu le vainqueur de Mahon dans sa gloire? S’est-il montré aux spectacles? A-t-il été claqué comme M'e Clairon ? On dit que Mr: de Graffigny va donner une comédie grecque, où l’on pleurera beaucoup plus qu’à Cénie. Je m'intéresse de tout mon cœur à son succès; mais des tragédies bourgeoises, en prose, annoncent un peu le complément de la décadence.

On dit que Marie-Thérèse est actuellement l’idole de Paris, et que toute la jeunesse veut actuellement s’aller battre pour elle en Bohême. Il peut résulter de là quelque sujet de tragédie. Je ne me soucie pas que la scène soit bien ensanglantée, pourvu que le bon M. Freytag soit pendu. On attend, dans peu de jours, la décision de cette grande affaire. On ne sait encore s’il y aura paix ou guerre. Le Salomon du Nord a couru si vite que la reine de Saba pourrait bien s'arrêter. La paix vaut encore mieux que la vengeance. Adieu, mon cher et respectable ami ; portez-vous mieux que moi, et aimez-moi.

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