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Oeuvres complétes Volume 1

Les écrits de saint François de Sales , pleins d'une doctrine céleste y sont dans V Église une vive lumière, qui montre un chemin sûr et aisé pour arriver à la perfection chrétienne K Tel est le bel éloge qui a été fait des Œuvres du saint évêque de Genève; et ce qui donne à cet éloge un prix inestimable, c'est que c'est l'Église elle-même , éclairée de Dieu , qui l'a prononcé. Aussi ces écrits n'ont-ils cessé d'être considérés comme un des plus riches, des plus précieux trésors des âmes pieuses, qui contient les plus utiles inspirations qu'elles puissent recevoir d'en-haut ; car nous pouvons bien leur appliquer les expressions dont leur auteur même se sert en parlant d'un autre illustre docteur de piété , Louis de Grenade. J'y trouve tout, disait sainte Françoise de Chantai ; et Alexandre VII; en en recommandant d'une manière pressante la lecture assidue à son neveu, ne fait pas difficulté de dire que s'il y a en lui quelque chose de bien , c'est à eux surtout , après Dieu , qu'il

» Suis etiam scriptis coelesti doctrina refertis Ecclesiam illustravit, quibus îter ad christianam perfectionem tutum et planura demonstrat, Brev, rom»i die 29 jan., in festo S. Franc. Sal., lect. YI,

n PRÉFACE.

en est redevable. Il ajoute : « Si la vertu, disait un ancien^ pouvait être représentée avec ses couleurs propres , elle attirerait puissamment tous les cœurs et les contraindrait de l'aimer. Or c'est à quoi, à mon avis , a réussi François de Sales : tant il exprime suavement et au vif, tant il met bien sous lesyeux sa beauté, sa majesté, son éclat et ses grâces * ! »

Les ouvrages de saint François de Sales ne sont guère moins remarquables au point de vue littéraire. S'il est vrai en général qu'un auteur se peint dans ses écrits et dans son style, il n'en est assurément aucun dont on puisse le dire avec plus de vérité que du saint évêque de Genève, dont le cœur si aimant et si expansif cberchait naturellement à s'épancher, et dont la simplicité colombine ne savait ce que c'était que l'artifice et le déguisement. Nous sommes donc assurés d'avoir dans ses écrits la peinture fidèle de son âme. Or combien doit être belle , combien délicieuse la peinture de l'âme de saint François de Sales, c'est-à-dire, d'une des âmes les plus belles, les plus richement douées sous le double rapport des qualités de l'esprit et du cœur, que la nature et la grâce de concert aient jamais formées ! Aussi un bon juge en cette matière, Fénelon, ne craint pas de mettre son style naïf, avec la simjplicité aimable qu'il présente, au-dessus de toutes les grâces de l'esprit ]^rofane, a Tel est l'ascendant de la vérité, dit un autre critique , telle est la puissance de la bonne foi , telle est la force

1 Voyez la lettre d'Alexandre VU à son neveu, du 1" avril 1642, imprimée 1^ la suite de cette préface.

pénétrante de l'onction qui anime toutes les pages de ses nombreux écrits , que la persuasion s'insinue dans les cœurs les plus froids , dans les esprits les plus rebelles , et que , comme dans Montaigne, dans Charron et dans Malherbe, des locutions surannées ne produisent d'ordinaire d'autre effet que de graver plus profondément dans la mémoire la pensée de l'illustre écrivain , et de lui doniïer une couleur spéciale , distincte , et merveilleusement appropriée au sujet qu'il traite*. » Enfin, l'Académie française, à l'époque même où elle relevait les fautes de langage échappées à Corneille dans son premier chefd'œuvre, ne balançait pas à proposer pour modèles les ouvrages de saint François de Sales.

Il n'est donc pas étonnant qu'il en ait été fait un grand nombre d'éditions, à partir des premières années qui suivirent la mort de l'auteur. Parmi les anciennes, les plus remarquables nous paraissent être celles de 1641 et 1663, pubhées toutes deux à Paris ^.

La première fut procurée par les soins du commandeur Noël Brulard de Sillery, très-zélé pour la mémoire de saint François de Sales , et dont les éminentes vertus lui avaient gagné à un haut degré l'estime de sainte Françoise de Chantai , qui le <Urigeait dans les voies intérieures , et l'avait asso-

' Journal des Débats du 9 décembre 1823.

2 On cite encore celles de 1631, 1637 et 1652; cette dernière est ornée de figures.

Nous ne parlons ici que des éditions générales des Œuvres, nous reservant de faire connaître les éditions particulières de chaque ouvrage à mesure que Toccasion s'en présentera.

cié à Tordre de la Visitation. Il en comgea les dernières épreuves peu de jours avant sa mort. Elle est en deux volumes în-folio, dont le second renferme les Sermons, qui paraissaient pour la première fois, avec plusieurs fragments et lettres également inédits. Elle est précieuse , bien qu'elle se ressente de Tétat de maladie du commandeur pendant qu'il y travailla, et que les fautes d'impression y soient assez nombreuses.

L'édition de 1663 est de même en deux volumes in-folio, dont le premier parut chez Sébastien Huré , et le second chez Frédéric Léonard ; le titre en fut renouvelé en 1 669 , avec le nom de Frédéric Léonard seulement. Cette édition, d'une belle exécution typographique, enrichie, comme s'exprime le titre, dejplusieurs emblèmes et figures symboliques, etc., est aussi plus exacte et plus complète que toutes les précédentes. Il ne faut pas la confondre avec une autre de la même année 1663, publiée également chez Frédéric Léonard, mais bien inférieure, tant sous le rapport typographique que sous celui de la correction. Le papier de cette dernière est moins beau, et le caractère plus petit , sauf pour les Sermons, où c'est même caractère et même pagination ; la vignette et l'initiale de la première page sont seules différentes , et beaucoup moins belles.,

Le même libraire a encore donné au public d'autres éditions de saint François de Sales en petit format. Celle de 1672 renferme les Controverses, qui manquent dans les éditions iji-folio, faites avant que ce traité fût connu.

Les éditions anciennes des Œuvres de notre saint, dont

nous venons de parler, sont encore les meilleures pour ce qu'elles renferment; malheureusement elles sont devenues de plus en plus incomplètes à mesure qu'il a été fait de nouvelles découvertes. D'ailleurs elles ont des défauts qu'on ne saurait dissimuler. D'abord elles laissent toutes plus ou moins à désirer sous le rapport de la correction : la ponctuation , en particulier, y est très-négligée , et semble souvent mise au hasard ; on y remarque même déjà quelques altérations dans le style , et elles présentent assez souvent des leçons fautives; de plus, elles manquent d'ordre dans la distribution des matières. On regrette aussi de ne pas y trouver, pour les Lettres, les noms des personnes à qui elles sont adressées, chose cependant qui contribue si puissamment à Tintérét. Quelle différence, en effet, entre cette vague indication : A une darm vefve, et celle-ci : A madame de Chantai I

Les éditions modernes sont, à la vérité, plus complètes que les anciennes ; mais , outre qu elles ne laissent guère moins à désirer sous le rapport de Tordre , elles présentent un texte si fautif que c'est à peine croyable. Dans maint endroit, on s'est permis de corriger saint François de Sales ; et on conçoit que souvent on n'ait réussi qu'à le défigurer, sinon à le rendre inintelligible. Quant aux fautes dues à la négUgence, elles sont innombrables *. Les Lettres , qui sont une des parties les

1 Qu'on nous permette de citer au hasard quelques exemples ; nous les prenons dans l'édition de M. Biaise, Paris, 1833-1835, la plus estimée, croyonsnous, des éditions modernes. Dans le Traité de l'Amour de Dieu, nous y lisons dès les premières pages (tom. I) ;

yt PRÉFACE.

plus intéressantes de la collection , ont été encore plus maltraitées que le reste. On y a substitué Torthographe moderne à l'ancienne , et encore moins respecté le style qu'ailleurs ; puis on a cru se mettre à couvert en alléguant pour excuse que les originaux ayant j^éri , on n'avoit pas pu reproduire exactement l'ancien langage : comme si , au défaut des originaux, on n'eût pas du se conformer aux premières éditions, qui en tenaient lieu ! Mais qu'est-ce que ces altérations, à côté de la négligence ou de la licence des imprimeurs , qui , ici surtout, s'est donné libre carrière, ajoutant, retranchant,

Page 1, ligne 3 : élection de la souveraine dilection, au lieu de: reyne de de la souveraine dilection.

Page 2, ligne U : je vous dédie, au lieu de : je voue, dédie,

— 3, — 19 .-voulant, — venant.

—■ 4, — 3 : l'affection, — l'affliction.

— 6, -— 14 : ne permet pas, — ne permettent pas. ^Ibid.,— 16 : au crédit, — avec crédit; etc., etc.

Donnons encore un échantillon des altérations faites à dessein par une fausse délicatesse, qui prétendait corriger. On lit dans le même Traité, tom. I :

Page 72, ligne 8 : la mammelle, au lieu de : le tetin.

Page 175, ligne 7 : il prend une eau cordiale infiniment précieuse, il ouvre de force les lèvres et les dents serrées de ceste bien-aimée princesse, et faisant couler dans sa bouche ceste précieuse liqueur, il la fit enfin revenir à soi ; au lieu de: il prend une eau cordiale infiniment précieuse, et, en ayant remply sa bouche, il ouvre de forc^. les lèvres et les dentz serrées de cette bienaymée princesse; puis, soufflant et jettant cette précieuse liqueur qu'il tenoit en sa bouche dedans celle de sa pauvre pasme'e, et esplwjant au nés, sur les temples et sur l'endroit du cœur d'icelle le reste de la phiole, il la fit en fin revenir à soy.

Page 203, ligne 12 : tant en effect qu'en espérance, au lieu de : qu'en effect, qu'en espérance.

Il serait facile de multiplier les exemples; mais il faut nous restreindre. Est-il donc permis d'altérer ainsi, sans même en avertir, le texte d'un auteur, et d'un auteur tel que saint François de Sales?

transposant, laissant parfois de côté des demi-lignes, des membres de phrase entiers, de sorte que certains passages n'ont plus de sens ; on trouve même des phrases coupées au beau milieu, nous ne dirons pas par un point, mais par un alinéa * I

1 Nous avons comparé quelques pages des Lettres avec rédition originale imprimée à Lyon en 1628 et les premières qui l'ont suivie; voici le résultat. Nous lisons dans l'édition de M. Biaise, tom. I :

Page 83, ligne 16 : Vous n'y verrez rien de moi, au lieu de : Vous n'y verres rien de moy, Madame.

Ibid. , ligne 23 : je confesse n'y avoir contribué que de ma faible énonciation et ma voix , au lieu de : ... que ma faible enonciation et ma voix.

Pag. 84, ligne 29 : dans le précieux gage que ce grand prince vous a laissé de votre mariage, laquelle étant une image vivante du père...; au lieu de : ... de vostre mariage,ye veux dire, en Madamoyselle de Mercœur, laquelle, etc.

Page 80, ligne 5 : que je \[Xij)résente les nécessités, au lieu de . que je lui représente les nécessités.

Page 87, ligne 20 : de ces bailliages, au lieu de : à ces bailliages.

Ibid., ligne 27 : arrosées, au lieu de : arrousées.

Page 88, ligne 2 : donc, au lieu de : duquel.

Ibid., ligne 18 : en l'étendue de celui-ci, au lieu de : en l'estendue d'iceluy,

Ibid. , dernière ligne du texte : dans toutes leurs actions , au lieu de : ea toutes leurs actions.

Page 90, ligne 26 : les progrès, au lieu de : le progrés.

Ibid., ligne 27 : nostre saint -père commande, au lieu de : nostre saint Père jne commande.

Ibid., ligne dern. : de votre royaume, au lieu de : de vostre grand royaume.

Page 91, ligne 24 : 11 regarde le salut non seulement des âmes, au lieu de: il regarde le salut des âmes , qui s'estend jusques à l'éternité, et non seulement des âmes.

Page 92, ligne 6 : et puis (je dois ce témoignage à la vérité) je vous dirai, nu lieu de : et puisque je doy ce tesmoignage à la vérité, je vous diray.

Ibid., ligne 14 : sadite Majesté, au lieu de : sa divine Majesté.

Mais en voilà assez. Cependant nous ne pouvons nous empêcher de citer encore le passage suivant de la 44e lettre , page 119 , qu'on a étrangement altéré , faute de le comprendre : Atque ita deinceps omnibus difficultatibus quse ex locorum et temporum injuria ortrenf wr sigillatim {occurrere).

Ita factura est satis ut...; au lieu de : ... quse ex locorum et temporum injuria oriebantur sigillatim ita factura est satis ut... C'est apparemment k

Vlir PRÉFACE.

Une bonne édition des GEuvres de saint François de Sales est donc encore à faire ; elle est , de plus , un besoin urgent. Si on ne donne pas enfin le texte exact de ces chefs-d'œuvre , il est évident que les fautes des éditions actuelles se perpétueront, et les originaux qui restent venant peu à peu à disparaître , le mal finira par être sans remède.

C'est ce travail si nécessaire que nous avons entrepris , et

double ita qui a embarrassé : on n'a pas vu que le premier devait se traduire par ainsi, de cette manière , mais on l'a joint à ut; puis, comme le second ita devenait par là inutile , pour lui donner un emploi quelconque , on en a fait le commencement d'une nouvelle phrase, et la précédente n'ayant plus de sens, on a changé oriebantur en orirentur, et on a ajouté {pccurreré) pour lui donner celui qu'on avait dans l'esprit ; après quoi on a commencé un nouvel alinéa. Il n'est guère possible de mieux réussir à bouleverser une phrase. Telle est la quantité de fautes que nous rencontrons dans un si petit nombre de pages (a) ; fautes qui, chose remarquable, se retrouvent exactement, depuis la première jusqu'à la dernière, dans l'édition de MM. Gaume de la même année. Mais ce n'est rien encore en comparaison des fautes sans nombre qui défigurent les deux volumes, sans cela si précieux, des Nouvelles Lettres ine'dites, formant le complément de l'édition Biaise, et les rendent souvent illisibles. Prenons pour échantillon l'intéressante lettre latine que le jeune apôtre du Chablais adressait au célèbre P. Canisius quelque mois après le commencement de sa mission; elle est la 29» du recueil, tom. \, page 106. On y lit : Pag. 107, ligne 1 : ut etiam reddat cospicuos et amabiles : qui ; au lieu de: Us etiam reddat conspicuos et amabiles qui. Trois fautes dans une ligne. Page 107, ligne 3 : indigène mereor, au lieu de : indigere me reor.

Ibid., — 12:Eum, — Gum.

Ibid., — 24 : ad causas Ecclesise, — ad caulas Ecclesiae.

Ibid. , — 25 : Allobrogus princeps, — Allobrogum princeps.

Ibid., — 27 : ad Chistum, — ad Christum.

Page 108, — 3 : ad Ecclesiam videat, — ad Ecclesiam redeat.

Ibid,, — 10:aprirem, — aperirem.

Ibid., — 22 : a Buses descriptis, — a Busaeo descriptis.

(a) Nous n'avons pas pris le commencement du volume, parce que presque toutes les lettres y sont tirées de la Vie du B. François de Sales par C.-A. de Sales , que nous n'avons pas maintenant sous les yeux.

nous ne négligerons rien pour le mener à toute la perfection dont il est susceptible. Notre premier, notre plus grand soia sera de donner le texte pur de saint François de Sales, sans le moindre changement. Nous rétablirons même , aussi exactement qu'il nous sera possible , son orthographe ; et nous pouvons dire que notre édition,sera la première où elle paraîtra, si on excepte quelques lettres de l'édition de M. Biaise, où elle

Page 108, ligne 27 : appetibus, au lieu de : appetitus. Ihid.j — 20: rationemque ex Calvino reddebat. Quod in Haebreo; au lieu de : rationemque ex Calvino reddebat quod in hebraeo. Phrase coupée par un point.

Page 109, livre 5 : locis nodum, au lieu de : loci nodum. Ibid., — 7 : fœmininium, — fœminlnum.

Toutes ces fautes se trouvent dans une lettre qui ne remplit pas trois pages; encore passons-nous sous silence un endroit que nous n'avons pu rétablir, ainsi que plusieurs fautes de ponctuation.

Citons encore ce passage , tout-à-fait inintelligible, ainsi que tant d'autres, de la 309e lettre, tom. II, page 353 : « Mais se faut-il pourtant sçavoir des nouvelles de ma pauvre malade avant desner commandes. Donq je vous prie que de la main de Madamoyselle de Chantai, ma fille bien aymée, ou de ma chère sœur de Chantai, me soit envoyé quelque petit billet qui m'en apporte. » Nous rétablissons ainsi cet endroit : « Mais si faut-il pourtant sçavoir des nouvelles de ma pauvre malade avant disner. Commandés donq, je vous prie, que de la main , etc. »

Nous ne parlons pas de la traduction des lettres latines et italiennes : elle est très-infidèle, et parfois absurde. Ainsi ce passage de la 328» lettre, tom. II, page 383 , écrite au duc de Savoie par son ambassadeur en France au sujet du renvoi du corps de saint François de Sales : « E le monache di questo coiivento délia Visitatione di questa città supplicano V. A. che vuogli trovar bon» che essendo state fondate da esso ritenglano {lisez : ritengano) il cuore; » c'està-dire : « Et les religieuses de ce couvent de la Visitation de cette ville (de Lyon) supplient V. A. de vouloir trouver bon qu'ayant été fondées par lui, elles retiennent son cœur ; » ce passage, dis-je, est ainsi traduit : « Et les religieuses du couvent de la Visitation de la même ville (de Lyon) supplient V. A. de trouver pour agréable qu'elles retiennent son cœur, comme y étant autorisées par les statuts fondamentaux dudit évéquc III»

est assez fidèlement reproduite. Dans ce l)ut, nous avons étudié avec soin les fac-similé et les autographes que nous avons pu découvrir , et nous y avons trouvé toutes les données nécessaires pour nous fixer sur les points généraux et caractéristiques ; quant à quelques détails de peu d'importance , pour lesquels ces secours ont été insuffisants , nous suivrons les éditions originales \ Et qu'on ne vienne pas nous accuser ea cela de minutie : nous ne faisons pour saint François de Sales que ce que nous voyons les meilleurs éditeurs de nos jours faire à Tégard des auteurs du même temps. Et qui mieux que le saint évêque de Genève mérite ce respect, qui d'ailleurs est loin d'être sans avantage pour qui veut remonter aux origines de notre langue.

Pour atteindre le but que nous nous sommes proposé de donner un texte aussi pur que possible, nous le reverroni; soigneusement pour chaque ouvrage sur les meilleures édi

» Les principaux traits qui caractérisent l'orthographe de saint François de Sales sont : 1» Il termine en e^ la 2^ pers. plur. des verbes et le pluriel des substantifs, que ses contemporains faisaient généralement en ez ; orthographe qui se retrouve encore beaucoup plus tard, comme on le voit, entre autres, par une lettre de Bourdaloue à madame de Maintenon, imprimée avec l'orthographe du manuscrit dans l'édition de Méquignon-Havard. 2» Il met z au lieu d'* à la fm de certains mots; ainsi il écrit : lesquelz, seulz, motz, je remetz, etc. 3° Il tend à supprimer les lettres et signes inutiles; ainsi, au lieu de sainct, il faict^parfaict, fruictj bon-heur, mal-heur, etc., comme on écrivait de son temps, il écrit : saint, il fait, parfait, fruit, bonheur, malheur, etc. , comme nous faisons aujourd'hui. Observons encore qu'il y a certains mots qu'il écrit de différentes manières. — Nous ajouterons que dans toutes les anciennes éditions le titre d'un chapitre est placé avant l'indication du chapitre même.

tions , principalement sur les éditions originales , et sur tous les manuscrits que nous pourrons découvrir ; ni peines ni dépenses ne seront épargnées pour que notre édition puisse satisfaire l'homme de goût.

Nous partageons tous les écrits qui doivent former cette collection en cinq classes. La première comprendra les ouvrages ascétiques et de piété ; la seconde , les sermons et discours; la troisième, ce que saint François de Sales a écrit spécialement pour le diocèse de Genève , et les règles et constitutions qu'il a données à diverses congrégations religieuses ; la quatrième , ses livres de controverse ; la cinquième , ses lettres. Chaque classe sera précédée d'un avertissement, contenant de courtes indications sur les ouvrages qui doivent y «ntrer. On trouvera des détails plus étendus dans la Yie du saint par Ch.-A. de Sales , qui sera imprimée en tête de ses ouvrages , et leur servira d'introduction.

Les Œuvres de saint François de Sales seront suivies d'un vocahulaire des mots et des locutions surannés qui s'y trouvent, beaucoup plus complet que celui des éditions précédentes.

En terminant cette préface , nous faisons un appel à tous ceux à qui le nom de saint François de Sales est cher, et qui sont assez heureux pour posséder quelque autographe ou copie manuscrite de quelqu'un de ses écrits , soit inédit, soit même déjà publié , l'expérience nous ayant appris combien souvent les manuscrits ont été mal lus ou inexactement imprimés ; et

nous les prions de vouloir bien nous en donner communication , soit en nous l'envoyant , soit en nous en transmettant une copie aussi fidèle que possible, même pour l'orthographe, à laquelle on a généralement trop peu fait attention jusqu'ici. Les autographes, et même les simples copies, si on le désire , seront au plus tôt transcrits et renvoyés à leurs possesseurs. Nous espérons que cet appel sera entendu, d'autant qu'il s'agit , non pas de nous, mais de la gloire d'un saint chéri de Dieu et des hommes, dont la mémoire est en bénédiction si particulière auprès de toutes les personnes pieuses, et dont les écrits, vrai présent du ciel à la terre, resteront à jamais, sous le rapport littéraire, un des plus beaux monuments de notre langue ; il sera entendu surtout de ses bien-aimées filles , les religieuses de la Visitation, qui, héritières en cela, comme pour le reste, de son esprit , se sont toujours montrées si disposées à communiquer aux autres les biens dont la libéralité divine les a favorisées , et qui seront jalouses d'augmenter encore un trésor qui leur est déjà redevable de plusieurs des plus beaux joyaux dont il se compose.

L'ABBÉ H.-J. CRELIER.

Besançon, 8 décembre i8b6#

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