DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
Après avoir souffert avec peine notre séparation, mon très-clier neveu, je ne puis mieux commencer notre commerce de lettres qu'en vous adressant les mômes paroles que je vous disais naguère à votre départ : Faites toujours, je vous prie, de François de Sales vos amours et vos délices; soyez son lecteur assidu, son fils obéissant, son imitateur fidèle. C'est à sa Fliilothée, ou Introduction à la vie dévote, que je dois surtout, après Dieu, ce qu'il peut y avoir de bien en moi; après l'avoir lue dix fois, je la relirais cent fois , et il me semble qu'elle me dit toujours quelque chose de nouveau : prenez-la pour la règle de votre vie , et conformez-y soigneusement toute votre conduite. Elle ne porte pas à un genre de vie austère, solitaire, exotique, mais tel qu'il convient dans la société, mais noble, mais tempéré, c'est-à-dire, convenable à chacun, et néanmoins atteignant à une solide perfection et sainteté. Si la vertu - a-t-on dit , pouvait être représentée avec ses couleurs propres , elle attirerait puissamment tous les cœurs, et les contraindrait de l'aimer. Or c'est, à mon avis, à quoi a réussi François de Sales : tant il en exprime suavement et au vif, tant il en met bien sous les yeux la beauté, la majesté, l'éclat €t les grâces ! Et ce qui tout ensemble lui attire les éloges et la vénération, et ne contribue pas peu à émouvoir et à persuader ,
' I/original de cette lettre est en latin; l'auteur était nonce en Allemagne lorsqu'il récrivit. Devenu pape , c'est lui-même qui béatifia saint François de ^es en 1661, et qui le cauoiusa en 166ô*
XrV LETTRE D ALEXANDRE VIT.
lecteurs, c'est que, à Texemple du Sauveur, il a commence 'par faire , et ensuite a enseigné, de sorte qu'il semble qu'on lise sa vie en considérant ses conseils , et que, Tayant vu d'abord donner l'exemple, on trouve ses préceptes plus faciles à pratiquer. Né d'une famille noble et riche , il a été instruit, d'une manière conforme à sa naissance, dans la piété et les lettres. Dans les cours des princes et des rois, dans ^es maisons des particuliers, dans la société de ses amis, dans les affaires, dans les exercices de piété, et dans tous les travaux convenables à un évêque, nous avons vu sa vertu et sa sainteté briller en notre âge d'un tel éclat qae nous sommes forcés de rougir de notre lâcheté et de la condamner, nous tous à qui les relations avec les hommes , les affaires ou la naissance, servent de prétexte pour nous dispenser de vivre dans la piété et la sainteté. Ce que j'ai dit de Thilothée, je le dis de ce livre d'or de V Amour de Dieu, et de tous les ouvrages de ce grand homme. En les lisant jour et nuit, je ne puis m'empêcher de recueillir et de mettre à part ses plus belles paroles, et comme les principes de sa doctrine, pour les ruminer ensuite à loisir, afin de les faire passer, autant qu'il m'est possible, en mon sang et en ma substance. Tel est mon sentiment, tel est le conseil que je vous donne, mon cher neveu ; car si vous prenez ce saint homme pour le témoin de vos actions, pour votre compagnon inséparable, et, conformément à l'avis de Sénèque, pour votre censeur et votre maître, et que vous l'ayez toujours présent pour vous régler par ses avis, ni je n'aurai jamais sujet de me repentir du conseil que je vous donne , ni vous de la peine que vous aurez prise pour le suivre. Je finis avec Horace :
Vive, vale : si quid novisti rectius istis, Candidus imperti; si non, his utere mecuffi.
Cologne, 1«» avril 164î«
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