‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 103 sur 312 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Quelques autres advis sur le sujet des amitiés.

J'ai encor un advertissement d'importance sur ce sujet. iLi'amitié requiert une grande communication entre les amans : autrement elle ne peut ni naistre , ni subsister. C'est pourquoy il arrive souvent qu'avec la communication de l'amitié , plusieurs autres communications passent et se glissent insensiblement de cœur en cœur par une mutuelle infusion et réciproque escoulement d'affections, d'inclinations et d'impressions. Mais sur tout cela arrive quand nous estimons grandement celuyque nous aymons; car alors nous ouvrons tellement le cœur à son amitié qu'avec icelle ses inclinations et impressions entrent aysément toutes entières, soit qu'elles soient bonnes ou qu'elles soient mauvaises. Certes, les abeilles qui amassent le miel d'Heraclée ne cherchent que le miel ; mais, avec le miel, elles succent insensiblement les qualités vénéneuses de l'acpnit , sur lequel elles font leur cueillette. Or donc, Philothée , il faut bien pratiquer en ce sujet la parole que le Sauveur de nos âmes souloit dire , ainsy que les anciens nous ont appris : a Soyés bons changeurs et monnoyeurs : » c'est à dire , ne recevés pa's la fausse monnoye avec la bonne, ni le bas or avec le fin or ; séparés le précieux d'avec le chelif : ouy, car il n'y a presque celuy qui n'ait quelque imperfection. Et quelle rayson y a-il

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