‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 130 sur 312 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

QuHl ne faut point s'amuser aux paroles des enfans du monde.

Tout aussitost que les mondains s'appercevront que vous voulés suivre la vie dévote , ilz décocheront sur vous mille traitz de leur cajolerie et médisance. Les plus malins calomnieront vostre changement d'hypocrisie, bigotterie et artifice; ilz diront que le monde vous a fait mauvais visage, et qu'à son refus vous recoures à Dieu. Vos amis s'empresseront à vous faire un monde de remonstrances fort prudentes et charitables, à leur ad vis : Vous tomberés (diront-ilz) en quelque humeur melancholique , vous perdrés crédit au monde , vous vous rendrés insupportable , vous envieillirés devant le tems, vos affaires domestiques en pâtiront , il faut vivre au monde comme au monde , on peut bien faire son salut sans tant de mystères ; et mille telles bagatelles.

Ma Philothée , tout cela n'est qu'un sot et vain babil ; ces gens-là n'ont nul soin ni de vostre santé, ni de vos affaires : a Si vous estiés du monde , dit le Sauveur, le monde aymeroit ce qui est sien , mays par ce que vous n'estes pas du monde, pourtant il vous haït. » Nous avons veu des gentilzhommes et des dames passer la nuit, entière , ains plusieurs nuitz de suite à jouer aux echecz et aux cartes : y a-il une attention plus chagrine , plus melancholique et plus sombre

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