‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 141 sur 312 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Remèdes aux grandes tentations.

Si tost que vous sentes en vous quelques tentations, faites comme les petitz enfans quand ilz voyent le loup ou l'ours en la campaigne. Car tout aussi-tostilz courent entre les bras de leur père et de leur mère, ou pour le moins les appellent à leur ayde et secours. Pœcourés de mesme à Dieu , reclamant sa miséricorde et son secours : c'est le remède que nostre Seigneur enseigne : a Priés, affin que vous n'entriés point en tentation. »

Si vous voyés que neantmoins la tentation persévère, on qu'elle accroisse , coures en esprit embrasser la sainte croix, comme si vous voyiés Jesus-Christ crucifié devant vous; protestés que vous ne consentirés point à la tentation, et demandés* lu y secours contre icelle; et continués tous-jours à protestei de ne vouloir point consentir tandis que la tentation durera. I. 16

Mais en faysant ces protestations et ces refus de consentement, ne regardés point au visage de la tentation , ains seulement regardés nostre Seigneur ; car si vous regardés la tentation , principalement quand elle est forte , elle pourroit ébranler vostre courage.

Divertisses vostre esprit par quelques occupations bonnes et lotiables; car ces occupations entrans dedans vostre cœur et y prenans place, elles chasseront les tentations et suggestions malignes.

Le grand remède contre toutes tentations, grandes ou petites, c'est de déployer son cœur, et de communiquer les suggestions , ressentimens et affections que nous avons à nostre directeur. Car notés que la première condition que le malin fait avec l'ame qu'il veut séduire , c'est du silence , comme font ceux qui veulent séduire les femmes et les filles , qui de prim'ahord défendent qu'elles ne communiquent point les propositions aux pères, ni aux marys ; oii, au contraire, Dieu en ses inspirations demande sur toutes choses que nous les fassions reconnoistre par nos supérieurs et conducteurs.

Que si après tout cela la tentation s'opiniastre à nous travailler et persécuter, nous n'avous rien à faire sinon à nous opiniastrer de nostre costé en la protestation de ne vouloir point consentir ; car comme les filles ne peuvent estre mariées pendant qu'elles disent que non, ainsy l'ame, quoy que troublée , ne peut jamais estre offensée pendant qu'elle dit qu»^ non.

Ne disputés point avec vostre ennemy , et ne luy respondés jamais une seule parole, sinon celle que nostre Seigneur îuy respondit , avec laquelle il le confondit : « Arrière , 6 'Sathan î tu adoreras le Seigneur ton Dieu , et à luy seul serviras, y) Et comme la chaste femme ne doit respondre un seul mot , ni regarder en face le vilain poursuivant qui lui propose quelque deshonnesteté , mais, le quittant tout court, doit à mesme instant retourner son cœur du costé de son

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