‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 149 sur 312 · IV* PARTIE , CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

IV* PARTIE , CHAPITRE XI

avant toutes choses mettes vostre esprit en repos et tranquillité, faites rasseoir vostre jugement et vostre volonté, et puis tout bellement et doucement pourchassés l'issue de vostre désir, prenant par ordre les moyens qui seront convenables. Et quand je dis tout bellement , je ne veux pas dire négligemment , mais sans empressement , trouble et inquiétude : autrement, en lieu d'avoir l'effet de vostre désir, vous gasterés tout et vous embarasserés plus fort.

(( Mon ame est tous-jours en mes mains, ô Seigneur 1 et je n'ay point oublié vostre loy, » disoit David. Examinés plus d'une fois le jour, mays au moins le soir et le matin , si vous avés vostre ame en vos mains, ou si quelque passion ou inquiétude vous l'a point ravie. Considérés si vous avés vostre cœur à vostre commandement , ou bien s'il est point eschappé de vos mains pour s'engager à quelque affection déréglée d'amour, de haine, d'envie, de convoitise, de crainte, d'ennuy, de joye. Que s'il est égaré, avant toutes choses cherchés-le et le ramenés tout bellement en la présence de Dieu , remettant vos affections et désirs sous l'obeïssance et conduite de sa divine volonté. Car, comme ceux qui craignent de perdre quelque chose qui leur est précieuse la tiennent bien serrée en leur main , ainsy, à l'imitation de ce grand roy, nous devons tous-jours dire : 0 mon Dieu! mon ame est au hazard ; c'est pourquoy je la porte tous-jours en mes mains, et en cette sorte je n'ay point oublié vostre sainte loy.

Ne permettes pas à vos désirs , pour petitz qu'ilz soient et de petite importance, qu'ilz vous inquiètent; car après les petitz, les grands et plus importans treuveroient vostre cœur plus disposé au trouble et dérèglement. Quand vous sentirés arriver l'inquiétude , recommandés-vous à Dieu et resolvésvous de ne rien faire du tout de ce que vostre désir requiert ile vous que l'inquiétude ne soit totalement passée , sinon que ce fust chose qui ne se peust différer, et alors il faut

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avec un doux et tranquille effort retenir le courant de vostre désir, Tattrempant et modérant tant qu'il vous sera possible, et sur cela faire la chose , non selon vostre désir, mais selon la rayson.

Si vous pouvés descouvrir vostre inquiétude à celuy qui conduit vostre ame , ou au moins à quelque confident et dévot amy, ne doutés point que tout aussi tost vous ne soyés accoysée ; car la communication des douleurs du cœur fait le mesme effect en Famé que la saignée fait au corps de celuy qui est en fièvre continue : c'est leremede des remèdes. Aussi le roy saint Louys donna cet advis à son filz : ce Si tu as en ton cœur aucun malayse, dis-le incontinent à ton confesseur, ou à aucune bonne personne, et ainsy pourras ton mal légèrement porter par le réconfort qu'il te donnera. »

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