‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 156 sur 312 · IV* PARTIE, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

IV* PARTIE, CHAPITRE XIV

qui VOUS semble avoir causé cette sécheresse , ne vous amu-» ses point à une plus curieuse recherche ; mays avec toute simplicité, sans plus examiner aucune particularité, faites ce que je vous diray.

1. Humiliés-vous grandement devant Dieu en la connois-; sance de vostre néant et misère. Helas! qu'est-ce que de moy, quand je suis à moy-mesme? Non autre chcse , ô Seigneur ! sinon ime te?re seiche , laquelle, crevassée ae toutes par tz, tesmoigne la soif qu'elle a de la pluye du ciel , et cependant le vent la dissipe et réduit en poussière.

2. Invoqués Dieu, et lui demandés son allégresse : Rendesmoy, 6 Seujneiirl V allégresse de vostre saint. Mon père , s'il est jiossihle, transportés ce calice de moy. Oste-toy d'icy, ô bize infructueuse qui dessèche mon ame î et venés, ô gracieux vent des consolations ! et soufflés dans mon jardin, et ses bonnes affections respandront l'odeur de suavité.

3. Allés à vostre confesseur, ouvrés-luy bien vostre cœur, faites-luy bien voir tous les replis de vostre ame , prenés les advis qu'il vous donnera avec grande simplicité et humilité ; car Dieu , qui ayme infiniment l'obeïssance , rend souvent utiles les conseilz que l'on prend d'autruy, et sur tout des conducteurs des âmes , encor que d'ailleurs il n'y eust pas grande apparence : comme il rendit profitables à Naaman les eaux du Jourdain, desquelles ïlelisée, sans aucune apparence de rayson humaine , lui avoit ordonné l'usage.

4. Mais après tout cela, rien n est si utile, rien si fructueux en telles seicheresses et stérilités que de ne point s'affectionner et attacher au désir d'en estre délivré. Je ne dis pas qu'on ne doive faire des simples souhaitz de la délivrance ; mays je dis qu'on ne s'y doit pas affectionner, ains se remettre à la pure mercy de la spéciale providence de Dieu , aifin que tant qu'il luy plaira il se serve de nous entre ceii espines et parmy ces désirs. Disons donc à Dieu en ce tenis là : 0 Père ! s'il est /jobsiblc , transportés de moy ce calice

mays adjoustons aussi de grand courage : toutefois , non ma volonté, mais la vostre soit faite; et arrestons-iious à cela avec le plus de repos que nous pourrons. Car Dieu nous voyant en cette sainte indifférence nous consolera de plusieurs grâces et faveurs , comme quand il vid Abraham résolu de se priver de son enfant Isaac, il se contenta de le voir indiffèrent en cette pure résignation, le consolant d'une vision tresaggreable , et par de tres-douces bénédictions. Nous devons donq en toutes sortes d'afflictions , tant corporelles que spirituelles , et éb distractions ou soustractions de la dévotion sensible qui nous arrivent , dire de tout nostre cœur et avec une profonde sousmission : Le Seigneur vn'a donné àes consolations , le Seigneur me les a ostées : son saint nom soit béni ; car , perseverans en cette humilité , il nous rendra ses délicieuses faveurs, comme il fît à Job, qui usa constamment de pareilles paroles en toutes ses désolations.

5. Finalement , Philothée , entre toutes nos sécheresses et stérilités ne perdons point courage , mays , attendans en patience le retour des consolations, suivons tous-jours nostre train , ne laissons point pour cela aucun exercice de dévotion, ains, s'il est possible , multiplions nos bonnes œuvres ; et ne pouvans présenter à nostre cher espoux des confitures liquides, presentons-luy en des seiches; car ce luy est tout un, pourveu que le cœur qui les luy offre soit parfaitement résolu de le vouloir aymer. Quand le printems est beau , les abeilles font plus de miel et moins de mouschons , par ce qu'à la faveur du beau tems elles s'amusent tant à faire leur cueillette sur les fleurs qu'elles en oublient la production de leurs nymphes. Mays quand le printems est aspre et nubileux , elles font plus de nymphes et moins de miel ; car, ne pouvans pas sortir pour faire la cueillette du miel, elle's'employent à se peupler et multiplier leur race. Il arrive maintesfois, ma Philothée, que l'ame, se voyant au beau printems des consolations spirituelles , s'amuse tant à les amasser et

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