LIVRE I, CHAPITRE. niHllit
esté qu'une pure dispute de paroles , et débat de langage. Or ces affections que nous sentons en nostre partie raysonnable sont plus ou moins nobles et spirituelles , selon qu'elles ont leurs objetz plus ou moins relevés , et qu'elles se treuvent en un degré plus eminent de l'esprit. Car il y a des affections en nous qui procèdent du discours que nous faysons selon l'expérience des sens ; il y en a d'autres formées sur le discours tiré des sciences humaines ; il y en a encor d'autres qui proviennent des discours faitz selon la foy ; et en fin il y en a qui ont leur origine du simple sentiment et acquiescement que l'ame fait à la vérité et volonté de Dieu. Les premières sont nommées affections naturelles ; car qui est celuy qui ne désire naturellement d'avoir la santé, les provisions requises au vestir et à la nourriture, les douces et aggreables conversations? Les secondes affections sont nommées raysonnables , dautant qu'elles sont toutes appuyées sur la connoissance spirituelle de la rayson, par laquelle nostre volonté est excitée à recercher la tranquillité du cœur , les vertuz morales, le vray honneur, la contemplation philosophique des choses éternelles. Les affections du troisième rang se nomment chrestiennes, par ce qu'elles prennent leur naissance des discours tirés de la doctrine de nostre Seigneur, qui nous fait chérir la pauvreté volontaire , la chasteté parfaite , la gloire du paradis. May s les affections du suprême degré sont nommées divines et surnaturelles, par ce que Dieu luymesme lesrespanden nos espritz, et qu'elles regardent et tendent en Dieu , sans l'entremise d'aucun discours , ni d'aucune lumière naturelle , selon qu'il est aysé de concevoir par ce que nous dirons cy-apres des acquiescemens et sentimens qui se pratiquent au sanctuaire de l'ame. Et ces affections surnaturelles sont principalement trois ; l'amour de l'esprit envers les beautés des mystères de la foy , l'amour envers l'utilité des biens qui nous sont promis en l'autre vie, et l'amour envers la souveraine bonté de la tressainte et éternelle divinité.
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