‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 221 sur 312 · LIVRE I, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVII

l'unité divine , et avoit tant de goust de la bonté d'icelle , pourquoy n'a -il pas eu la sainte jalousie de l'honneur divin, affin de ne point, gauchir ni dissimuler en un sujet de si grande importance ?

En somme , Theotime , nostre chetive nature , navrée par le péché, fait comme les palmiers que nous avons de deçà, ■qui font voirement certaines productions imparfaites, et comme des essais de leurs fruitz ; mais de porter des dattes entières , meures et assaysonnées , cela est réservé pour des contrées plus chaudes. Car ainsy nostre cœur humain produit bien naturellement certains commencemens d'amour envers Dieu ; mays d'en venir jusques à l'aymer sur toutes choses , qui est la vraye maturité de l'amour deu à cette suprême bonté, cela n'appartient qu'aux cœurs animés et assistés de la grâce céleste, et qui sont en Testât de la sainte charité ; et ce petit amour imparfait , duquel la nature en elle-mesme sent les eslans , ce n'est qu'un certain vouloir sans vouloir, un vouloir qui voudroit, mais qui ne veut pas, un vouloir stérile , qui ne produit point de vrais effetz , un vouloir paralytique, qui voit la piscine salutaire du saint amour, mais qui n'a pas la force de s'y jetter ; et en fin, ce vouloir est un avorton de la bonne volonté , qui n'a pas la vie de la généreuse vigueur requise pour en effet préférer Dieu à toutes choses : dont l'I^postre, parlant en la personne du pécheur, s'escrie * : ce Le vouloir est bien en moy, mays je ne treuve pas le moyen de l'accomplir. »

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