CHAPITRE XVIII
Que Vinclination naturelle que nous avons d'aymer Dieu n*est pas inutile.
Mais si nous ne pouvons pas naturellement aymer Dieu sur toutes choses , pourquoy donc avons-nous naturellement
. i Rom., VII 18.
374 DE l'amour de dieu,
inclination à cela? la nature est -elle pas vaine de nous inciter à un amour qu'elle ne nous peut donner? pourquoy nous donne-elle la soif d'une eau si précieuse , puisqu'elle ne peut nous en abhreuver? Ha! Theotime, que Dieu nous a esté bon ! La perfidie que nous avions commise en l'offensant meritoit certes qu'il nous privast de toutes les marques de sa bien veuil lance , et de la faveur qu'il avoit exercée envers nostre nature lorsqu'il imprima sur elle la lumière de son divin visage , et qu'il donna à nos cœurs l'allégresse * de se sentir enclins à l'amour de la divine bonté , alfin que les anges voyaRS ce misérable homme eussent occasion de dire par compassion : « Est-ce là la créature de parfaite beauté , l'honneur de toute la terre ^ ? »
May s cette infinie debonnaireté ne sçeut onques estre si rigoureuse envers l'ouvrage de ses mains. Il veid que nous estions environnés de « chair, un vent qui se dissipe en courant, et qui ne revient plus ^ : » c'est pourquoy, selon les entrailles de sa miséricorde, il ne nous voulut pas du tout ruiner, ni nous oster le signe de sa grâce perdue, aiïin que le regardans , et sentans en nous cette alliance et propension à l'aymer, nous taschassions de ce faire, et que personne ne peut justement dire : «Qui nous monstrera le bien? S) Car encor que par la seule inclination naturelle nous ne puissions pas parvenir au bonheur d'aynier Dieu comme il faut , si est-ce que si nous l'employions fidellement , la douceur de la pieté divine nous donneroit quelque secours, par le moyen duquel nous pourrions passer plus avant ; que si nous secondions ce premier secours , la bonté paternelle de Dieu nous en fourniroit un autre plus grand , et nous conduiroit de bien en mieux, avec toute suavité, jusques au souverain amour auquel nostre inclination naturelle'" nous pousse , puisque c'est chose certaine qu'à celuy qui est fidèle en peu de chose , et qui fait ce qui est en son pouvoir, la be-
1 Psal. IV, 7. — a Thren. II, 15. — » Psal. LXXYII, 39. — * Psal. IV, 7.