LIVRE I, CHAPITRE XVIIÏ
nignité divine ne desnie jamais son assistance pour l'avancer de plus en plus.
L'inclination donq d'aymer Dieu sur toutes choses , que nous avons par nature, ne demeure pas pour néant dans nos cœurs ; car quant à Dieu , il s'en sert comme d'une anse , pour nous pouvoir plus suavement prendre et retirer à soy; et semble que par cette impression , la divine bonté tienne en quelque façon attachés nos cœurs , comme des petitz oyseaux , par un filet par lequel il nous puisse tirer quand il plait à sa miséricorde d'avoir pitié de nous ; et quant à nous, elle nous est un indice et mémorial de nostre premier principe et créateur, à l'amour duquel elle nous incite, nous donnant un secret avertissement que nous appartenons à sa divine bonté : tout de mesme que les cerfs ausquelz les grands princes font quelquefois mettre des colliers avec leurs armoiries , bien que par après ilz les font lascher et mettre en liberté dans les forestz , ne laissent pas d'estre reconneus par quiconque les rencontre, non seulement pour avoir une fois esté pris par le prince dont ilz portent les armes , mays aussi pour luy estre encor réservés ; car ainsy conneut-on l'extrême vieillesse d'un cerf qui fut rencontré , comme quelques historiens disent , trois cens ans après la mort de Cesor , par ce qu'on luy treuva un collier où estoit la devise de César , et ces motz : César m'a lasché.
Certes , l'honnorable inclination que Dieu a mise en nos âmes fait connoistre à nos amis et à nos ennemis que , non seulement nous avons esté à nostre créateur, mays encor que si bien il nous a laissés et laschés à la mercy de nostre franc arbitre , neantmoins nous luy appartenons , et il s'est réservé le droit de nous reprendre à soy, pour nous sauver, selon que sa sainte et suave providence le requerra. C'est pourquoy le grand prophète royal appelle cette inclination , non seulement lumière , par ce qu'elle nous fait voir où
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nous devons tendre, mays aussi joye ' et allégresse , par ce qu'elle nous console en nostre égarement, nous donnant espérance que celuy qui nous a emprainte et laissée cette belle marque de nostre origine prétend encor et désire de nous y ramener et réduire , si nous sommes si heureux que de nous laisser reprendre à sa divine bonté.
» Ps. IV, 7.